La salariée de Tati s’était suicidée : son ex-directrice condamnée à un an de prison avec sursis pour harcèlement moral

La salariée de Tati s’était suicidée : son ex-directrice condamnée à un an de prison avec sursis pour harcèlement moral

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JUSTICE - L’ancienne directrice du magasin historique du quartier populaire parisien de Barbès a été condamnée ce mercredi à un an de prison avec sursis. Elle est tenue pour responsable, avec la société, pour la mort de France Javelle, qui s'est suicidée en 2012.

La famille a attendu pendant six ans ce moment. En janvier 2012, France Javelle, salariée chez Tati, en pleine détresse, s’était suicidée en avalant un puissant détergent. Elle avait laissé des lettres accablant sa supérieure.


Six ans plus tard, la justice a donc rendu sa décision concernant la responsabilité de l’ancienne directrice du magasin historique du quartier populaire parisien de Barbès. Catherine C. a été condamnée ce mercredi à un an de prison avec sursis. Une peine lourde, au regard des six mois avec sursis requis par le procureur.

C'est une descente aux enfers chaque jourExtrait d'une lettre de France Javelle

Lors du procès, en juin dernier, trois lettres manuscrites de France Javelle, destinées à sa fille et son beau-fils, avaient été lues et révélé sa détresse. Elles avaient été retrouvées sur son lit, près d'un tract syndical de 2008 intitulé "Une scie pour diriger Tati Barbès" qui dénonçait la brutalité de la nouvelle directrice. Les lettres, elles, retraçaient 15 mois de souffrances et d'humiliations au travail. "Je suis tout et rien. On m'humilie. C'est une descente aux enfers chaque jour", racontait cette employée depuis 25 ans. Elle écrivait encore : "L'année 2011 a été très mauvaise. Le burn-out m'a détruite. Je ressens une fixation sur moi... J'ai tout perdu, mes repères, mes croyances". 


Elle raconte les "humiliations" devant son équipe, quand elle est publiquement "rabrouée" ou quand arrive une livraison à la lingerie homme et qu'"on a prévenu la responsable du rayon et pas (elle)", pourtant sa supérieure hiérarchique directe - France Javelle, simple vendeuse à son entrée dans la société, avait gravi les échelons et était passée cadre en 2010. Elle écrit encore sa difficulté à assumer ce "costume" et la "forte hypocrisie" du poste. Elle maigrit, consulte un médecin qui lui prescrit des antidépresseurs, finit par solliciter les ressources humaines, qui ne lui répondent pas. Elle est "épuisée" par les successions d'ordres et de contre-ordres, ou quand Catherine C. "ment" en mettant en garde contre tout tract syndical contre elle.

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Un harcèlement qui a eu pour "conséquence le long dépérissement de Mme Javelle... et son suicide"

A la barre, la directrice mise en cause avait dénoncé des "calomnies". Elle se retranchait aussi derrière les "cadences infernales" imposées par la direction de la marque, dans un contexte de concurrence tendue, entre deux crises financières. Tati Barbès, expliquait-elle à la barre, "c'est un magasin de 2.500 m2, plus de 11.000 clients par jour" et un personnel surtout féminin, peu qualifié, "parfois depuis plus de dix ans sur le même poste" et qui "a du mal à s'adapter" aux nouvelles techniques de management.


Ce mercredi, dans son délibéré, le tribunal a considéré que "les éléments établissant la culpabilité de Catherine C. étaient nombreux, précis et concordants" et a justifié la peine par "la gravité des faits" de harcèlement qui ont eu pour "conséquence le long dépérissement de Mme Javelle... et son suicide". La justice a également accordé des dommages à la fille de la victime -30.000 euros pour elle et 10.000 pour son fils- et à son beau-fils -8.000 euros-, ainsi que 2.000 euros chacun au titre des frais de justice. 

"L'impératie" de Tati fustigée

Le tribunal a également fustigé "l'entreprise. La présidente de la 31e chambre a précisé que la peine infligée à Mme C. était entièrement assortie du sursis car le tribunal estimait qu'elle n'était pas seule fautive, fustigeant "l'impéritie dramatique de la société Tati", "également responsable du harcèlement moral" de France Javelle, du fait de ses méthodes de management et des cadences folles imposées aux salariées du magasin.


A l’énoncé du jugement, la fille de France Javelle a difficilement réprimé ses larmes. Elle a dit son "soulagement après six ans d'attente", satisfaite d'une décision qui "condamne la directrice et qui parle aussi de la responsabilité de l'entreprise".

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