La SPA dans la tourmente : un colonel de gendarmerie élu pour ramener la paix

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CRISE - Licenciements à répétition, discordes internes, procès en nombre et mauvais comptes : la SPA traverse une lourde crise. Pour y faire face, le colonel Jacques-Charles Fombonne a été élu à sa tête lundi. Il remplace Natacha Harry, qui a démissionné alors qu’elle était au cœur de la tourmente.

Temps de chien à la SPA. Le colonel Jacques-Charles Fombonne a été élu lundi à la tête de la Société de Protection des Animaux (SPA) par son conseil d’administration. Une annonce qui fait suite à la démission de l’ex-présidente, Natacha Harry. Le nouvel arrivant  aura la lourde tâche de rétablir l’ordre dans une association en crise. LCI résume en cinq dates comment la plus vieille association de défense des animaux est arrivée à ce point de rupture.

  • 1Mars 2017 : la Cour des Comptes épingle de nouveau la Société

    Dans les années 2000, la SPA n’a cessé d’être dans le collimateur de la Cour des Comptes. A tel point qu’elle avait même été placée sous administration judiciaire en 2009, et ce jusqu’en juin 2013. Date à laquelle Natacha Harry prend la tête du groupe. Ex-journaliste et productrice pour la télévision, elle veut rendre à la SPA une image plus glamour et sortir le groupe du rouge. Mais en 2017, un rapport de la Cour des Comptes pointe du doigt un contrôle interne des dépenses qui reste "insuffisant". 

  • 2Mars 2018 : licenciements à la chaîne

    Trois directeurs licenciés en un mois. La crise interne surgit au grand jour avec les départs successifs du directeur général, Joël Pain, du directeur administratif et financier Vincent Boursier, ainsi que celui de  la directrice juridique, Anne Tholy. Les raisons avancées par Natacha Harry : leurs comportements sont inappropriés. Concernant Joël Pain, il aurait eu des ''propos parfaitement inacceptables et sexistes''  dans l’exercice de ses fonctions, selon l’avocat de la SPA. Pour les deux derniers, ils auraient fait preuve d’un "intolérable irrespect". Ainsi, ils se seraient moqués, dans certains e-mails, de bénévoles ''déjà empaillés'' ou d’une donatrice ''un peu fossilisée''. Mais surtout, la présidente était aussi tournée en bourrique, décrite comme une ''Miss météo''.


    Simples "blagues potaches", se défend Anne Tholy, arrivée en 2016. De son côté, Joël Pain parle d’accusations diffamatoires. Selon lui, tout ça n’est qu’un prétexte. En réalité, la Présidente aurait voulu l’évincer car il émettait des doutes concernant certaines dépenses de communication et le "caractère irrationnel et coûteux de certains investissements". Il estimait notamment que des paiements importants étaient destinés à l’unique image de la Présidente. 

  • 3Mai 2018 : la SPA se fracture, Natacha Harry au cœur de la tourmente

    Emmanuel Macron adopte son chien, Nemo, dans un refuge de la SPA. Le bilan de Natacha Harry semble également plus que positif. Elle affirme notamment qu’en cinq ans de présidence, l’association a réalisé près de 50 000 adoptions d’animaux de plus que lors des cinq années précédentes. Le beau temps semble revenir dans les rangs de l’association. Et pourtant, les critiques à son égard deviennent de plus en plus vives. D’un côté, ceux qui défendent son mandat : elle a mené des combats forts, comme la lutte contre la corrida et les animaux de cirque. De l’autre, ceux qui voient en elle une femme narcissique tout droit sortie de la télé, pour qui l’image propre prévaut avant tout.


    Fracture qui émerge lorsqu’éclate le scandale des euthanasies dans un refuge. A Hermeray, dans les Yvelines, la directrice Céline Ravenet est licenciée après avoir été accusée d’avoir pratiqué des euthanasies "de façon non justifiée". Elle aurait médicalement tué environ dix chiens, en cinq ans, sans suivre la procédure obligatoire, qu’elle juge inadaptée dans le cas d’animaux dangereux. Mais encore une fois, la principale concernée pense que l’affaire des euthanasies n’est qu’une excuse. Elle dit payer pour ce qu'elle appelle "l’affaire Nemo". Dans Le Parisien, elle témoigne avoir été victime "d’harcèlement" après avoir trouvé un chien pour Emmanuel et Brigitte Macron. Selon elle, Natacha Harry ne supportait pas qu’une directrice d'un petit refuge soit la nouvelle icône médiatique de la SPA elle aurait donc tout fait pour l'écarter.

  • 417 juin 2018 : la présidente annonce sa démission

    Dans un communiqué, la présidente fait savoir qu'elle abandonne alors que son mandat allait jusqu’en juin 2019. Elle indique faire ce choix pour deux raisons. D’abord pour l'association, afin de la protéger des "violentes attaques" dont elle se sent victime.  Ensuite, de façon plus personnelle, parce qu'elle est trop "lasse de ces attaques ignobles et mensongères". 

    Dix jours avant, le colonel Jacques-Charles Fombonne avait intégré le conseil d’administration de la SPA sous proposition de la présidente. Alors commandant du Centre national de formation de la police judiciaire (CNFPJ) à Rosny-Sous-Bois, il enseignait le métier aux futurs enquêteurs et peaufinait leur savoir-faire. 

  • 512 juillet : une perquisition au siège de la SPA

    A la suite de l’ouverture d’une enquête préliminaire en octobre, le siège de la SPA est perquisitionné. Les policiers de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) cherchent à savoir s’il y a eu "prise illégale d’intérêts". Une enquête et une perquisition qui entachent encore la société. Mais que la présidente décrit dans le Journal du Dimanche comme des contrôles "classiques et normaux pour une grande association reconnue d'utilité publique".  Quoi qu’il en soit, ces mauvais comptes contrarient les amis des bêtes, qui participent à 75% au budget annuel de l’association, et les bénévoles des 64 refuges saturés de la SPA.  

La SPA est la plus ancienne association de protection animale en France. Créée en 1845, elle recueille chaque année plus de 45.000 bêtes et a un budget de fonctionnement de 67  millions d'euros. 

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