La vidéo de Vincent Lambert va "au-delà du droit à l'information"

La vidéo de Vincent Lambert va "au-delà du droit à l'information"

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POLEMIQUE - Mercredi 10 juin, le CSA a été saisi après la diffusion d'une vidéo à la télévision montrant Vincent Lambert sur son lit d'hôpital. "Preuve" de ses réactions à leurs stimulations pour une partie de son entourage, atteinte à la dignité pour l'autre partie. Eclairage avec une avocate spécialiste en droit des médias.

Quelques jours après la validation par la CEDH de l'arrêt des soins de Vincent Lambert, une vidéo publiée par un "comité de soutien" fait polémique. Gravement accidenté en 2008, l'homme de 38 ans y apparaît sur son lit d'hôpital, portable plaqué contre son oreille. A l'autre bout de fil, sa mère lui annonce la décision de la CEDH. Ses parents espèrent ainsi montrer que leur fils "interagit" aux stimulations. Certaines chaînes ont choisi de diffuser l'enregistrement, sans floutage. Des images qui ont ému des médecins, sa femme et ses frères et sœurs qui dénoncent une manipulation et une atteinte à sa dignité. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a été saisi. Metronews a interrogé Aline Mugard, avocat spécialiste en droit des médias, afin de comprendre la frontière entre droit à l'information et respect du droit à l'image.

Le CSA a simplement indiqué qu'il allait se pencher sur "ce sujet délicat dans des délais rapides". Concrètement, que peut-il faire ?
Le CSA peut uniquement rappeler à l'ordre les chaînes d'information qui ont relayé la vidéo. Il n'a pas compétence pour les sites d'information. Les médias doivent d'eux-mêmes avoir une nuance dans le traitement de l'information et garder une certaine neutralité et objectivité. On sent pourtant dans ces images une sorte de "mise en scène" pour servir les intérêts d'un "camp", la famille qui veut garder Vincent Lambert en vie. Elles outrepassent le droit à l'information.

Que dit le droit ?
Dans cette affaire, deux "droits" de valeur égale entrent en jeu. Celui de l'image et de la vie privée d'un côté et le droit à la liberté d'expression et de l'information de l'autre. Mais un élément important rentre également en compte : le respect de la dignité humaine. On voit une personne malade sur son lit d'hôpital et qui n'est pas capable d'exprimer son avis. L'information dans cette affaire avait déjà été dite et redite. La CEDH a récemment tranché. A mon sens, ces images n'étaient pas nécessaires à titre "d'information du public".

Mais seul Vincent Lambert pourrait demander justice pour son droit à l'image...
Effectivement, nous sommes face à une vraie question procédurale. Le droit à l'image est personnel, seule la personne concernée peut autoriser la publication et la diffusion de son image. Sauf si celle-ci est sous tutelle ou curatelle (Vincent Lambert ne l'est pas, ndlr). Or Vincent Lambert n'est pas capable d'exprimer son consentement et on est face à une famille divisée. On peut cependant imaginer que les proches favorables à l'arrêt des soins puissent contourner l'obstacle en mettant en avant qu'ils ont eux-mêmes subi un préjudice avec cette image de Vincent ainsi dévoyée dans les médias.

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