"La violence, elle va jamais s'arrêter" : calme précaire et rivalités de cités au lycée Utrillo de Stains

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REPORTAGE - Après un enchaînement de violences ces dernières semaines aux abords de ce lycée de Seine-Saint-Denis, suivi de manifestations de parents d'élèves et du personnel, les élèves sont revenus en cours lundi. Mais la rivalité entre plusieurs bandes de quartiers voisins n'a pas disparu.

Ce lundi matin, toutes les 30 minutes environ, une voiture de police patrouille devant l'esplanade du lycée polyvalent Maurice Utrillo de Stains, sans s'arrêter. Une "équipe mobile de sécurité", envoyée par le rectorat de Créteil et composée de neuf hommes en noir, leur uniforme siglé "EMS", se charge de dissuader toute nouvelle flambée de violence dans et en dehors de l'établissement.


Dans ce quartier de la "banlieue rouge" en pleine reconstruction, à 15 minutes à pied du terminus de la ligne 13 et du RER D, l'ambiance est calme. Quelques parents d'élèves sont restés devant le lycée après avoir accroché des banderoles sur les grilles bleues de l'établissement. Depuis les violences, ils se relaient pour occuper le terrain.

Menace à main armée, agression au marteau

Sur cette même esplanade, le 3 avril, deux personnes cagoulées dans une voiture ont menacé deux élèves. Un autre individu a menacé à l'arme blanche un membre de l'équipe éducative, puis un autre élève a été frappé devant le lycée. Le 12 mars, un élève a été frappé à la tête à coups de marteau avant qu'un groupe armé d'un hachoir et de couteaux ne menace d'autres jeunes.


Dans la foulée, professeurs et surveillants ont fait valoir leur droit de retrait. Le rectorat de Créteil et de la préfecture de Seine-Saint-Denis ont alors annoncé la mobilisation de patrouilles de police supplémentaires et d'équipes mobiles de sécurité jusqu'aux vacances d'avril, ainsi que la pérennisation d'un poste de surveillant. Pas de quoi tranquilliser les parents, dont une centaine a manifesté devant le lycée ce dimanche, jugeant ces mesures insuffisantes.


Ce lundi, leurs revendications n'ont pas changé, mais après une semaine de paralysie, ils veulent que les jeunes retournent en cours. Samia* et Renaud, dont les enfants sont en classe de première, veulent "un car de CRS devant le lycée", mais aussi des médiateurs et "plus de moyens" pour "faire discuter les jeunes entre eux". Jeudi 12 avril, ils marcheront jusqu'à la mairie et la sous-préfecture, avec les parents d’élèves d’autres lycées confrontés à la violence.

Il y a eu beaucoup de construction, beaucoup de rénovation urbaine, mais la pauvreté est toujours làSamia, parent d'élève

"Il y a eu beaucoup de construction, beaucoup de rénovation urbaine, mais la pauvreté est toujours là", estime Samia. "Ce conflit pose une question de moyens", lance pour sa part Azzédine Taïbi, maire (PCF) de Stains, venu sur l’esplanade lundi matin. Dénonçant le "mépris" de la part des pouvoirs publics, il réclame, lui aussi, "une présence policière plus importante" et "les moyens de faire de la prévention".


L’élu affiche son soutien aux parents et estime que “quand il y a une situation d’urgence, ça s’agite, mais pas pour grand chose”. Du côté du rectorat, on met en avant les mesures déjà prises et une meilleure "coordination" des moyens policiers existants. 


De l'avis de tous, ou presque, cette violence ne vient pas de l'intérieur de cet établissement, au demeurant assez réputé. "Les élèves ont de bonnes notes au bac, les professeurs leur inculquent de bonnes valeurs, abondent les deux parents. L'année dernière, l'établissement a même refusé des candidatures !" Utrillo est effectivement classé parmi les meilleurs lycées publics du département. 

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Avant, c’était les grands frères, et ils l’ont transmis aux plus jeunesUn élève du lycée Utrillo

Alors qui sont les agresseurs ? "Je pense que les jeunes le savent, mais ils ne parlent pas", poursuivent les parents. Et qu’en disent les jeunes en question ? Pour ce groupe de trois élèves de seconde, assis sur un banc devant le lycée, tout ça remonte "à beaucoup trop loin", tellement loin que les assaillants "ne savent même plus pourquoi ils se vengent". 


À les entendre, la rivalité entre les cités voisines a toujours été et sera toujours présente. Eux sont du Clos, la cité la plus proche, dont on distingue les tours blanches depuis l’esplanade. Le Clos, La Cité jaune, Lavoisier, Fauvettes, Moulin-Neuf… Ces quartiers répartis entre Stains et sa voisine Pierrefitte-sur-Seine sont en proie aux rancœurs tenaces depuis de nombreuses années.


Cette rivalité, à laquelle s’ajoute parfois le trafic de drogue, a déjà causé des morts dans ces cités. "La violence, elle va jamais s’arrêter", estiment les trois élèves. "Avant, c’était les grands frères, et ils l’ont transmis aux plus jeunes". D’autres, le long des grilles bleues, se veulent plus belliqueux et lancent que "la violence [sic] est un plat qui se mange froid". Un autre élève, qui sort sans s'attarder sur l'esplanade, résume une opinion tout aussi partagée : "Moi je suis en terminale S, et avec le bac je n’ai même pas eu le temps de manifester."

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