L'affaire du bikini de Reims : les origines d'un emballement médiatique

SOCIÉTÉ

TOUT PETIT BIKINI - L'affaire de l'agression d'une jeune femme en bikini à Reims attise commentaires xénophobes et récupérations de toutes parts, alors que l'origine religieuse de l'agression est loin d'être établie. Retour sur un emballement médiatique sur fond d'amalgames.

Suite à l'agression d'une jeune femme en maillot de bain dans un parc du centre-ville de Reims, l'indignation est totale... du moins sur Twitter. Car si le hashtag #jeportemonmaillotauParcLeo est ce dimanche repris des milliers de fois sur le réseau social à l'oiseau bleu, le rassemblement ainsi prévu par SOS Racisme n'a pas amassé les foules. Vers midi, au parc Leo Lagrange où mercredi 22 juillet une jeune femme s'est faite agresser par plusieurs filles sous prétexte qu'elle bronzait en bikini, seule une dizaine de personnes a fait le déplacement en maillot de bain, bien maigre cortège grelottant sous la pluie fine.

Une mobilisation à deux vitesses ? Un désintérêt soudain pour ce fait divers estival ? C'est surtout que, quelques heures après la révélation de l'affaire, les raisons de l'altercation semblent être de plus en plus floues et la révolte … de plus en plus diluée. Le journal local L'Union est le premier à relater les faits, en ces termes : "Effarée par un tel discours aux relents de police religieuse, le jeune femme se rebiffe en rétorquant qu'on n'a pas à lui dicter sa façon de se vêtir." Une expression reprise dans la foulée par d'autres médias et dont les internautes, sur les réseaux sociaux, se délectent. Très vite, les commentaires d'extrême droite se multiplient, amalgamant cette agression à l'Islam, tandis que le comité de Reims de SOS racisme appelle au rassemblement pour "refuser une morale qui réduit nos libertés".

"Pas de mobile religieux"

Seulement voilà, aucun lien n'est clairement établi entre l'agression et un quelconque motif religieux. Au contraire. Le Parquet de Reims s'est exprimé sur l'affaire, annonçant que "ni la victime ni les auteures des coups n'ont fait état, lors des auditions, d'un mobile religieux ou d'un mobile moral qui aurait déclenché l'altercation". Par ailleurs, le député maire de Reims (Les Républicains), qui a d'abord jugé "intolérable sur notre territoire" une telle agression, a estimé plus tard sur TF1 qu'il n'y avait pas la preuve d'un "argument religieux" dans cette histoire.

De son côté, SOS Racisme, contacté par metronews, se défend de toute récupération. "On se mobilise pour soutenir la jeune fille, que le motif de l'agression soit la morale, la politique ou la religion. La lutte contre l'obscurantisme, c'est l'affaire de tous, aucune morale bienfaitrice ne peut limiter nos libertés " souligne Tiguda Diaby, responsables des comités de région de SOS Racisme. En attendant, la Brigade de répression des violences de Reims a identifié les cinq agresseuses présumées. Elles sont âgées de 16 à 24 ans. Les trois majeures devraient être jugées le 24 septembre par le tribunal correctionnel.

A LIRE AUSSI >> Reims : elles l'agressent parce qu'elle bronze en maillot de bain

Lire et commenter