Le facteur interdit d'emmener son chien Prunelle en tournée : son quartier et les internautes se mobilisent

Le facteur interdit d'emmener son chien Prunelle en tournée : son quartier et les internautes se mobilisent
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MOBILISATION - A Nantes, dans le quartier des Bourgeonnières, Philippe Ricolleau, facteur de 52 ans, avait l’habitude de faire sa tournée avec son chien. Sauf que la direction de La Poste vient de lui signifier que cela ne serait plus possible, à partir de lundi prochain, pour des raisons de sécurité. Le quartier s’émeut, et la mobilisation s’organise sur internet.

Philippe est facteur. Grandes jambes, cheveux nuageux, lunettes rondes, allure de rêveur sur son vélo. Et du genre original : depuis dix ans, tous les jours, il fait sa tournée avec sa chienne, Prunelle, dans le quartier de la Bourgeonnière à Nantes (Loire-Atlantique). Enfin, il faisait sa tournée. Parce qu’à partir de lundi prochain, Prunelle ne pourra plus l’accompagner... Philippe Ricolleau a appris la nouvelle il y a un mois et demi, avant de partir en vacances. "La Poste m’a annoncé que la présence de Prunelle n’étais pas compatible avec ma mission", raconte-t-il à metronews. Surprise, et choc, pour Philippe, tellement habitué à son duo. 

Philippe a récupéré Prunelle à sa naissance. Un petit bâtard type épagneul breton. "Un 15 août, le chiot devait avoir un an, je l’ai emmené pour ma tournée : il n’y avait personne, je partais toute la matinée. Prunelle était toute seule. Elle s’embêtait alors je l’ai prise avec moi." La tournée s’est bien passée, alors Philippe a continué. "Tous les gens ont trouvé ça sympa, et comme on ne m’a rien dit, j’ai continué. Je pensais que ça donnait une bonne image de la Poste." Du coup, il n’a pas compris le recadrage de la Poste, même s’ils ont été "très corrects", insiste-t-il. "Je comprends bien qu’on ne peut pas emmener tous les chiens. Mais celle-là est adorable… Et on ne me l'avait jamais interdit avant." 

"Esprit de village"

Avant les vacances, Philippe a commencé à expliquer la situation à ses clients. "Ils sont énervés", souffle-t-il. Dans le quartier, tout le monde connaît Prunelle. C’était un moment de plaisir pour les petits enfants, les mamies. Il y a certaines à qui je n’ai pas osé le dire : elles sont seules toute la journée, voir Prunelle leur faisait plaisir, elles lui offraient souvent des douceurs. Ca va finir de les achever…" Commerçants, boulangère, opticien, apprécient aussi ce "côté village", cet "esprit de quartier", cet "air de campagne", insufflés par ce duo par vraiment dans les clous. 

Très vite, la fronde s'est orchestrée. Christophe, habitant du coin, s’est improvisé attaché de presse du facteur rêveur et pas très connecté pour faire médiatiser son histoire. Il a lancé une page Facebook de soutien et réalisé une vidéo sur la tournée du duo. Carton plein : elle a déjà été vue plus de 50 000 fois sur Youtube.

Pourtant, Christophe n'est pas un grand fan des canidés. "Mais j’ai senti tout de suite la belle relation qu'il y avait entre cet animal et son maître Philippe. Ce couple est fusionnel, et les voir depuis tant d'années livrer le courrier aux habitants de ce quartier est un spectacle singulier et qui met du sourire dans une période où on en a bien besoin." Mieux, Christophe plaide pour le lien social. "Les Bourgeonnières, c’est un quartier tranquille de Nantes nord, où la mixité sociale est réelle, rempli d'étudiants, de retraités, de salariés", raconte-t-il à metronews. "Le soir, c'est un peu vide. Le facteur est notre trait d'union. Ce monsieur est d'ailleurs un mélange de M. Hulot et du facteur s'envole, de Charles Trenet. Lui et Prunelle, c'est un vrai moment de poésie urbaine."

"Pourquoi nous enlever ça ?"

D’autres soutiens se sont manifestés. "Une dame de la SPA a mis des flyers dans les boîtes aux lettres, j’ai été contacté par 30 millions d’amis et la fondation de Brigitte Bardot", raconte Philippe. Mais la mobilisation s’est aussi opérée hors des frontières de la Loire-Atlantique : deux pétitions ont été lancées sur Change.org et MesOpinions.com , pour que Prunelle puisse continuer à suivre son maître en tournée. Chacune accumule plus de 20.000 signatures. Un vif soutien, qui n’ôte pourtant pas ses questions de Philippe. "C’est que ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi, pour une fois qu’on a un truc sympa, dans un contexte difficile, pourquoi ils veulent nous enlever ça ?"

Pourquoi ? Pour le respect des règles, sans doute. Contactée, la Poste invoque des "mesures de sécurité" : "Le facteur est au contact de la clientèle", répond le service de communication. "Même si ce chien est très gentil, nous devons prendre nos précautions. Nous ne connaissions pas la situation avant. Mais il y a une nouvelle organisation, la tournée a un peu changé, et à partir du moment où nous sommes informés, on doit faire respecter le règlement." Et la mobilisation actuelle n’a pas l’air de les faire flancher. "Ca émeut beaucoup de monde, on en a bien conscience", indique la Poste. "Mais il y a des règles tacites : on ne vient pas avec nos enfants ni nos animaux au travail." Dommage.

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