Le FLNC 22 octobre menace Daech : "Ça empeste la fanfaronnade et la démagogie"

Le FLNC 22 octobre menace Daech : "Ça empeste la fanfaronnade et la démagogie"

CORSE – La branche dite du 22 octobre du FLNC a menacé les djihadistes de Daech de rendre coup pour coup en cas d'attentat en Corse. Un coup d'éclat accueilli avec une certaine circonspection sur l'Ile de Beauté.

Les menaces ont été envoyées ce mercredi à la rédaction d'Ajaccion de  Corse-Matin . L'une des branches les plus récentes du Front de libération nationale corse (FLNC), dite du "22 octobre", interpelle les "islamistes radicaux de Corse". Toute attaque de leur part, écrivent-ils dans leur communiqué, déclencherait "une réponse déterminée, sans aucun état d'âme".

Cette branche dissidente du mouvement clandestin corse se dit prête à faire face à la "volonté des salafistes" de "mettre en place chez nous [en Corse, ndlr] la politique de Daech". "Votre philosophie moyenâgeuse ne nous effraie pas", ajoute le "22 octobre", qui a récemment déposé les armes. "Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait de notre part une réponse déterminée sans aucun état d'âme".

EN SAVOIR +
>>  Quand les nationalistes clandestins corses menacent Daech

Ils "ne pèsent plus rien sur l'île"

Un coup d'éclat accueilli avec une certaine circonspection en Corse. "Ça empeste la fanfaronnade et la démagogie", raille Antoine Albertini, rédacteur en chef adjoint de Corse Matin sur Twitter.

Xavier Crettiez , professeur de sciences politiques à l'UVSQ-Sciences Po (Saint-Germain-en-Laye), lui, oscille "entre consternation et rires". "Ils jouent les gros bras pour tenter de revenir sur le feu de la rampe, d'exister politiquement, alors que leur mouvement ne pèse plus rien dans l'île", analyse ce spécialiste du FLNC, contacté par metronews.

Groupuscules identitaires émergents

En surfant sur la peur engendrée par la vague d'attentats islamistes qui frappent la France depuis deux ans, "le '22 octobre' (nommé ainsi en raison de la date de sa création, ndlr) montre sa volonté de reprendre du terrain sur les nationalistes non violents, qui sont actuellement en pouvoir en Corse, sur fond de concurrence avec les groupuscules identitaires fleurissants", poursuit Xavier Crettier.

L'agression de pompiers et de policiers tombés dans un guet-apens en décembre dernier à Ajaccio avait entraîné une flambée de débordements racistes sur l'Ile de Beauté. Des incidents qui avaient mis en lumière l'émergence dans la société civile de nébuleuses identitaires, comme Vigilance Nationale Corse (VNC) devenue Lia Nazionale ("Loi nationale").

EN SAVOIR +
>> Deux pompiers et un policier blessés dans un guet-apens à Ajaccio

Intimider les musulmans

Dans son communiqué, le FLNC 22 octobre s'adresse aussi aux "musulmans de Corse", en leur demandant de "prendre position en manifestant à nos côtés contre l'islam radical [...] en nous signalant des dérives que vous constateriez chez des jeunes désœuvrés, tentés par la radicalisation".

Xavier Crettier y voit une volonté non dissimulée d'intimider les musulmans, qui représentent près de 25% de la population en Corse. Avec l'espoir, selon le chercheur, de "récupérer une clientèle d'extrême droite en Corse, l'un des territoires où le Front national est le moins implanté".

"Même discours" que celui des identitaires

Thierry Dominici, chercheur en sciences politiques à l'Université de Corse, spécialiste des questions de nationalisme et de violences politiques, va plus loin. "Le fait de proférer des menaces contre des salafistes et d'interpeller des musulmans semble s'inscrire dans la droite ligne de ces mouvements nationalistes d'extrême droite. Ce sont exactement les mêmes discours", s'étonne-t-il.

Pour lui, "ça ne colle pas" : ces individus cherchent "à récupérer la geste, l'image du FLNC, pour la détourner". Le mode opératoire, souligne Thierry Dominici, ne ressemble pas du tout à celui employé par le mouvement clandestin originel. "Si cette nébuleuse était structurée, pour faire passer un tel message, elle aurait donné une conférence de presse en armes, dans le maquis, pour montrer ses capacités guerrières", développe Thierry Dominici. "Quand le FLNC menaçait des gens, c'était nominatif – du moins jusqu'en 1998. Ils envoyaient directement des lettres de menaces aux intéressés", précise-t-il.

Un attentat déjoué ? "Difficile à croire"

Enfin, dans leur communiqué, les nationalistes assurent, sans plus de précision, "avoir permis au mois de juin de déjouer un attentat sur notre territoire dans un lieu fréquenté par le public". "Ils sont forts, jusqu'à présent, leur boulot, c'était plutôt de perpétrer des attentats", ironise Thierry Dominici. 

Pour le chercheur, ces affirmations ne tiennent pas. "Difficile de croire qu'ils aient pu déjouer un attentat sans le médiatiser, alors qu'ils ont besoin de se légitimer auprès de la population, et qu'ils ont, de surcroît, déposé les armes". Et de conclure: "Tout cela pour quelque chose qui ne sert pas leurs propres revendications".

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Al-Jazeera dénonce "un crime de guerre" après les frappes israéliennes sur ses bureaux

Val-de-Marne : une adolescente de 17 ans tuée à coups de couteau, le suspect arrêté

EN DIRECT - Cévennes : après sa reddition, Valentin Marcone "était dans une volonté de dialogue"

VIDÉO - "Une femme libérée et de pouvoir" : Amandine Petit a défilé en Marianne à Miss Univers

Amandine Petit en finale de Miss Univers : ses parents sont ses plus grands fans

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.