Le FN entre à Sciences Po Paris : faut-il en faire tout un plat ?

Le FN entre à Sciences Po Paris : faut-il en faire tout un plat ?

ILS ONT VOTE - Les étudiants de Sciences Po ont validé par vote électronique la constitution d’une association Front national ce jeudi. Forcément, la nouvelle crée des remous. Mais l’entrée du FN dans la vénérable école a-t-elle un réel impact ? Qu’en pensent les étudiants concernés ? Eléments de réponse.

Depuis cet été, c’est la bronca médiatique : le FN veut, et va entrer à Sciences Po. Un symbole qui tombe. Et depuis ce jeudi matin, c’est officiel : oui, les étudiants ont bien soutenu la constitution d’une association Front national à Sciences Po Paris, lors d'une consultation par vote électronique portant sur 121 associations candidates.

A quelques mois des régionales, les premiers à s’en glorifier sont évidemment les responsables du Front National. Marine Le Pen, Florian Philippot y sont aussitôt allé de leur tweet , de leur communiqué , et de leurs métaphores sismiques, se félicitant de cette "entrée fracassante",  de ce "tremblement de terre dans le temple de la pensée unique".


Les responsables frontistes s’arrangent au passage avec la réalité : non, le FN n’est pas la seconde force politique à Sciences Po. C’est juste lui qui, la deuxième association politique après Les Républicains, a obtenu les 120 voix nécessaires à la constitution de son association. Le vote, qui s’est alors arrêté, ne permet aucunement de mesurer l’importance du parti en termes de voix : le FN est le deuxième reconnu, pas forcément la deuxième force à l’école. Et avec 13 000 potentiels votants, il est particulièrement délicat de savoir quels sont les réels soutiens du FN.


D’accord, le FN est donc rentré à Sciences Po. Avec des parrainages obtenus très rapidement, en trois petites heures, alors que les votes sont ouverts jusqu’au 4 octobre. Et cela a fait du bruit dans les médias. Un peu trop ? En tout cas, quelques jours avant le vote, Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po, gardait son flegme sur le sujet, regardant de loin cette "hystérie médiatique", comme il le raconte à Sciences Po TV.

"La nouveauté n'est pas si radicale"

Pour lui, l’entrée du FN dans cette école réputée pour former les élites n’est pas vraiment une nouveauté. Il s’agit surtout d’une belle opération communication d'étudiants frontistes, David Masson-Weyl, 22 ans, président du collectif Marianne , Aymeric Merlaud, étudiant frontiste, Antoine Chudzik, ancien du PS et Thomas Laval, ex-UMP. "La nouveauté est que trois étudiants de Sciences Po ont eu l’idée ingénieuse, je la salue car elle est bien trouvée, de faire un communiqué cet été pour dire : "le FN veut s’implanter". Ce simple communiqué a déclenché des échos de presse qui m’interrogent sur la manière dont les médias sont capable de mettre en perspective les nouvelles qui lui sont communiquées", explique-t-il.

Mais pour le directeur, il n’y a rien de nouveau : "Il y a eu un FN à Sciences Po sous diverses formes associatives, notamment dans les années 1980-1990", rappelle-t-il. "La nouveauté n’est donc pas si radicale, notre mémoire est toujours très courte en la matière." Sur le fond, c’est-à-dire le fait que le FN prétende à une association officielle, il estime que Sciences Po est "par essence le lieu du débat, et a vocation à laisser s’exprimer toutes les familles de pensée que l’opinion peut comporter, et le FN est un parti qui a pignon sur rue, qui bénéficie d’ailleurs de financements publics." Malin, il indique "faire assez confiance à l'intelligence de mes étudiants pour qu'ils sachent trouver leur position dans ce débat".

"Un réel changement"

Les étudiants justement, ont beaucoup discuté de ce projet d'implantation polémique. "Avant la procédure de reconnaissance, il a beaucoup été question de démocratie, et de liberté d’expression", explique Emmanuelle Lejeune, présidente de l’association Lapeniche.net , le journal des étudiants de Sciences Po, qui avait en août retranscrit les différentes positions sur le sujet . "La médiatisation du FN Sciences Po a bien sûr contribué à exacerber les débats. Cela étant, les étudiants n’ont pas eu ce seul sujet de discussion pendant le mois de septembre. Il y a aussi à Sciences Po plus d’une centaine d’autres projets associatifs et un évènement tous les soirs." 

Reste que l'arrivée du FN dans l'école n'est pas nouvelle, mais fait toujours discuter : "Il y a toujours eu une petite minorité d’étudiants proches de l’extrême droite à Sciences Po", indique Emmanuelle Lejeune. "La dernière apparition officielle du FN remonte à la venue de Wallerand de Saint-Just (trésorier du parti, ndlr), en 2014, qui avait d’ailleurs donné lieu à des vives oppositions". Reste que pour elle, "croiser aujourd’hui des sciences pistes dans la péniche (hall du 27, rue Saint-Guillaume) s’associant ouvertement au Front National est un réel changement, qui continue de nous perturber. Deux courants d’opinions partagent les étudiants : ceux qui refusent les idées du FN mais acceptent sa présence au nom de la démocratie, et ceux qui la refusent tout simplement."

Le FN est donc admis. Et sera sans doute surveillé de près. Frédéric Mion, le directeur, prévient qu'il sera "très vigilant sur la manière dont tout cela se passe", notamment sur le respect des valeurs de la démocratie, et du respect de l'ordre public. "Si des manifestations devaient trouver la sécurité de notre établissement, bien sûr nous prendrons des mesures."

A LIRE AUSSI >> Après le FN, le PCF veut lui aussi entrer à Sciences Po Paris

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : nouvelle forte baisse du nombre de patients hospitalisés en réanimation

"Mes choix sont toujours guidés par une seule idée, le bien de l'équipe de France", assure Didier Deschamps

EN DIRECT - Tensions au Proche-Orient : la France dépose une résolution à l'ONU pour un cessez-le-feu

Les variants sont-ils créés par les vaccins, comme l'affirme un ancien prix Nobel ?

Aveyron : une éleveuse sous le choc après l’attaque de sa jument par des vautours

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.