Le Foll n’a pas le 06 du PDG de Lactalis : et si on le lui trouvait ?

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Les enjeux de la crise du lait

AUX ABONNES ABSENTS – Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a assuré lundi matin ne pas avoir le numéro de portable du PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier. LCI s’est lancé à sa recherche...

"On ne le voit jamais. Je ne l'ai jamais vu, je n'ai pas son portable". Curieuse confidence du ministre de l’Agriculture au micro de France Info lundi matin : non seulement Stéphane Le Foll admet qu’il n’a aucun moyen de pression sur le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, dans le conflit sur les prix qui oppose le numéro un mondial de l’industrie laitière aux producteurs. Mais il assure aussi ne même pas avoir sa ligne directe pour le joindre.

"Et si on tentait d’aider le ministre à contacter ce grand patron ? On trouve ce 06 et on le lui envoie ! ", s’est-on donc dit - naïvement, on l'admet -  à la rédaction de LCI. Un petit tour des quelques articles consacrés à "l'empereur du lait" nous montre toutefois d'emblée que ce ne sera pas chose aisée. En 2011, Le Point avait dépêché une "envoyée spéciale" pour partir à la recherche d’Emmanuel Besnier. En vain : "On n’a pas vu l’homme invisible", concluait la journaliste. Ce quadragénaire aux lunettes fines, qui se classe aujourd’hui 13e fortune de France selon Challenges, est "à la limite de la paranoïa", estimait même L'Expansion dans une enquête publiée en mai 2015 : "Les agences de presse ne recensent que trois clichés de lui" et il n’accorde aucune interview à la presse, assurait le magazine économique…

"Ne nous lançons pas dans le jeu du ’qui connaît qui’ !"

Essayons tout de même. En commençant, à tout hasard, par les pages blanches : et si le mystérieux homme d’affaires figurait tout bonnement dans l’annuaire ? Le siège social de Lactalis étant situé à Laval - là où se concentrent depuis une semaine les actions des producteurs de lait -, on tente notre chance en associant ses noms et prénoms à la capitale de la Mayenne. Sans surprise, la requête fait chou blanc : les résultats nous donnent 19 Besnier, mais aucun Emmanuel…

Tout aussi simple, mais plus périlleux : contacter directement le siège de Lactalis. Là, le directeur de la communication du groupe, Michel Nalet, coupe très vite court à nos (maigres) espoirs. "On ne fera aucun commentaire sur les propos de Stéphane Le Foll : nous ne sommes pas dans le monde politique, ne nous lançons pas dans le jeu des petites phrases et du ‘qui connaît qui’ ! Laissez-nous travailler à ce qui nous occupe aujourd’hui, la question des prix du lait !". Message reçu. 

Les syndicats du groupe seront-ils plus disposés à nous répondre ? Le délégué FO que nous avons en ligne semble en effet amusé par notre demande. Mais il se montre bien incapable de nous aider : "Je ne l’ai jamais rencontré, je ne sais même pas à quoi il ressemble, et à ma connaissance mes collègues du syndicat non plus, assure-t-il. Lorsque nous avons des discussions avec la direction, c’est avec son bras droit Daniel Jaouen (le président du directoire de Lactalis, ndlr). Emmanuel Besnier, lui, est effectivement très discret".

"Vous cherchez son numéro ? Vous ne le trouverez jamais !"

On n’abandonne pas pour autant. Un article publié la semaine dernière par Les Echos nous apprend l’existence d’un livre sur le groupe industriel français, "Lactalis, une histoire du lait". Appelons son auteure ! Mais là aussi, la piste ne débouche sur rien. Claire Moyrand, qui nous explique être historienne, a certes rencontré à plusieurs reprises ce grand patron "discret" (décidément), "réservé" et "travailleur" pour l’écriture de son ouvrage sur l’épopée Lactalis, depuis la fondation du groupe par le grand-père d'Emmanuel Besnier, André, en 1933. "Mais c’était il y a huit ans, je n’ai pas son numéro de portable et je ne vois pas qui pourrait vous aider", nous répond-elle. Avant d’ajouter d'une voix douce : "Même si j’avais ce numéro, je ne vous l’aurais pas donné car je ne vous connais pas". On comprend.

Et si l’on se tournait vers ceux qui ferraillent avec Emmanuel Besnier, les responsables de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) qui mettent aujourd’hui la pression sur le géant laitier ? Au début du mois, selon un article du Figaro, le dirigeant du syndicat, Xavier Beulin, avait écrit au patron de Lactalis pour solliciter "en urgence"  une rencontre. Peut-être a-t-il eu des nouvelles… "Nous avons reçu une réponse positive à ce courrier et une entrevue devait être organisée avec Emmanuel Besnier, mais vu l’ampleur prise par la crise ces derniers jours, les choses sont aujourd’hui en stand-bye ", nous indique Philippe Jéhan, président de la FDSEA Mayenne. "Vous cherchez son numéro de téléphone ?, sourit-il. Vous ne le trouverez jamais ! J’aimerais moi-même beaucoup le rencontrer mais quand il va voir des matchs de foot à Laval, il reste dans une loge derrière des vitres fumées. Et il ne sort jamais du château familial d’Entrammes (en Mayenne, ndlr) et de son bureau parisien situé dans la tour Montparnasse."

Le PDG ne vit donc pas ou plus à Laval… Nous pourrions lancer une nouvelle recherche dans l’annuaire, mais il semble désormais certain que ce soit perdu d’avance. Tentons alors une ultime démarche :  solliciter le député de Mayenne Guillaume Garot, prédécesseur de Stéphane Le Foll au ministère de l’Agriculture et ancien maire de Laval.  Si lui n'a pas le fameux 06... Mais là encore, c'est l'impasse : "Lorsque j'étais au gouvernement, je n'avais pas non plus le portable d'Emmanuel Besnier, j'appelais directement l'entreprise, confie-t-il. Discuter avec les pouvoirs publics n'est pas son mode de fonctionnement :  les contacts avec Lactalis existent, fort heureusement, mais lui a toujours veillé à garder ses distances et veut rester indépendant. Il est dans une logique économique mondiale". Cette fois, on abandonne. Stéphane Le Foll et les producteurs laitiers vont sans doute devoir patienter encore longtemps avant de voir l'ombre de ce milliardaire décidément très secret. 

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