"Le pays a changé" : comment l'armement des policiers municipaux s'est imposé dans les esprits

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SÉCURITÉ - Un rapport parlementaire préconise l'armement généralisé des policiers municipaux, que ces derniers réclament largement. Une proposition qui s'inscrit dans un contexte où ces fonctionnaires apparaissent de plus en plus comme une "police nationale bis".

"Qu'on soit armés ou pas, la cible est sur notre dos. Que ceux qui s'opposent à l'armement des policiers municipaux aillent parler aux parents de Clarissa Jean-Philippe, tuée d'une balle dans le dos sans pouvoir se défendre car elle n'était pas armée, et son collègue non plus." Pour Yves Bergerat, président du Syndicat national des policiers municipaux (SNPM), le meurtre de cette policière municipale, tuée le 8 janvier par Amedy Coulibaly, démontre la nécessité du port d'arme généralisé pour tous ces fonctionnaires de police, qui dépendent des municipalités.

Armer tous les policiers municipaux, c'est ce que préconise - entre autres - le rapport des députés Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, remis ce mardi au Premier ministre. Alors que 44% des policiers municipaux disposent actuellement d'une arme à feu, les deux élus veulent qu'ils puissent tous être armés de pistolets semi-automatiques, comme les policiers nationaux et les gendarmes. Les maires qui ne le souhaitent pas devraient alors motiver leur décision. "Il ne s'agira pas nécessairement d'imposer l'armement permanent de tous mais bien d'acter le fait que tous peuvent être en situation de l'être", précisent les deux députés.

Ça peut nous tomber dessus à tout momentYves Bergerat

Cette proposition d'Alice Thourot et de Jean-Michel Fauvergue - connu pour être l'ex-patron du Raid - va dans le sens des revendications des syndicats de policiers municipaux. "Nous sommes exposés au terrorisme et au banditisme", explique Yves Bergerat, qui estime que "le pays a changé" et qu'il serait "irresponsable de ne pas armer quelqu'un qui porte l'uniforme". Et de prendre pour exemple la récente agression au couteau de 7 passants à Paris : "ça peut nous tomber dessus à tout moment, nous ne pouvons pas choisir ce que l'on doit faire ou pas".


"Cette revendication est de plus en plus consensuelle chez les policiers municipaux", explique Virginie Malochet, sociologue à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme Ile-de-France. "Dans les années 1990, et même jusque dans les années 2000, ils y étaient moins favorables. Il y avait moins de crispations sur cette question."

La dégradation des rapports police-population ne concerne plus seulement les policiers nationauxVirginie Malochet

Pour la chercheuse, cette évolution est "révélatrice d'un changement parmi les policiers municipaux dans leur rapport au métier" et illustre une "dégradation des rapports police-population qui ne concerne plus seulement les policiers nationaux". Tout en relativisant l'image idéalisée de policiers municipaux d'antan, parfaitement insérés dans le tissu social, elle indique que ces derniers "échappaient à un contexte dégradé". Mais, dit-elle, "cet imaginaire a évolué, à la fois dans la population et chez les policiers municipaux eux-mêmes".


Comment expliquer cette dégradation des relations avec la population ? Pour Virginie Malochet, les policiers municipaux ont connu un "durcissement de leur activité" et "un mode d'emploi plus interventionniste de la part des maires". En bref, leurs missions dans les faits se sont rapprochées de celles de la police nationale. "C'est un mouvement continu depuis de longues années, même si 2015 - et les attentats de Paris - ont été un tournant, notamment chez les maires", devenus plus réceptifs aux arguments de leurs policiers,  ajoute la chercheuse.

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VIDÉO - À Martignas-sur-Jalle, les policiers municipaux sont armés depuis 1996

"Effectivement, conclut Virginie Malochet, les policiers municipaux sont souvent en première ligne. Ils sont devenus une police de voie publique, d'autant plus qu'ils sont moins encombrés de taches administratives par rapport aux policiers nationaux." Et si, selon la sociologue, ils paraissent encore plus "proches des préoccupations quotidiennes des administrés", ils  sont de plus en plus "perçus comme une police nationale bis, notamment par leur tenue et leur arme qui leur donne une apparence de police d'intervention, même si tout cela varie énormément en fonction des communes et des maires".

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