Le Sénat veut tester le revenu de base : un dispositif que chacun aime... (très) différemment

Le Sénat veut tester le revenu de base : un dispositif que chacun aime... (très) différemment

EXPÉRIMENTATION - Des sénateurs appellent les départements à se porter volontaires pour expérimenter le revenu de base sur 20.000 à 30.000 personnes pendant trois ans.

Le débat resurgit régulièrement en France comme à l’étranger : faut-il établir un revenu de base ? L'idée consiste à accorder de manière inconditionnelle à chaque membre de la société une dotation monétaire au montant identique et ce, quel que soit le niveau de revenus touché par la personne. Un concept qui séduit autant qu'il divise au sein des différents courants politiques et qui pourrait bien constituer l’un des thèmes phares de la campagne de 2017. Dans un rapport intitulé "le revenu de base en France, de l’utopie à l’expérimentation" et rendu public mercredi 19 octobre,  27 sénateurs de tous bords politiques proposent d’expérimenter différentes modalités d’un revenu de base dans des "territoires volontaires". 

Bien que les sénateurs ne préconisent pas la mise en place immédiate d’un revenu de base, faute de "conditions réunies et de preuves de ses avantages", ils jugent "indispensables de mener dès aujourd’hui, l’expérimentation d’un concept qui présente un caractère révolutionnaire". En pratique, la mission sénatoriale plaide pour verser pendant trois ans, 500 euros à des personnes âgées de 18 à 65 ans, sur un échantillon d’au moins "20.000 à 30.000 personnes". Un coût qui atteindrait "de l’ordre de 100 à 150 millions d’euros par an, pris en charge par l’Etat". 

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    Deux visions qui se disputent le modèle du revenu de base

    Le revenu de base constituerait un des outils pour lutter plus efficacement contre la précarité. Car même si la France consacre 690 milliards d'euros, soit un tiers de son PIB, à la protection sociale, le taux de pauvreté s'élève toujours à 14.1%. Les sénateurs estiment que des concitoyens sont "laissés au bord du chemin" en raison de la complexité du système actuel d'allocations. Toutefois, "ne confondons pas fusion des minima sociaux et revenu de base", a cependant souligné au Sénat le président de cette mission d'information, le sénateur UDI, Jean-Marie Vanlerenberghe. 

    Car c'est le principal point d'achoppement entre les partisans du revenu de base. De Benoît Hamon à Nathalie Kosciusko-Morizet, en passant par Frédéric Lefebvre, chacun s'en dispute le modèle. D'un côté, l'approche libérale souhaite simplifier au maximum le système d'aide sociale, en réduisant l'intervention de l'Etat. L'allocation versée viendrait ainsi remplacer toutes les autres aides sociales (retraites, assurance maladie...). Une solution discutable qui, selon ses détracteurs, pourrait placer une partie de la population dans une situation de plus grande pauvreté. Autre argument des libéraux, le revenu de base fluidifierait le marché du travail en incitant certains à se lancer plus facilement dans des projets de création. 

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      L'autre camp partageant une vision "étatiste" du revenu de base, portée par nombre de sympathisants de gauche et d'écologistes, soutient qu'il est du rôle de l'Etat d'assurer à tous ses membres un minimum vital et d'anciticiper, pour reprendre la pensée du philosophe Bernard Stiegler, l'affaiblissement du salariat.  Ce socle commun pourrait ainsi se voir compléter par d'autres aides complémentaires. Dans cette conception, le citoyen ne serait plus dépendant du travail et pourrait créer de la valeur au delà de l'entreprise. 

      En septembre, le Premier ministre Manuel Valls avait choisi son camp, appelant à ouvrir de "nouvelles pistes" en faveur du revenu universel. Le locataire de Matignon avait ainsi avancé : "Remplacer la dizaine de minima sociaux existant en est une".

      VIDÉO - "Que l'Etat garantisse à chacun un filet de sécurité"

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