Le statut de site d'information attribué à FranceSoir a-t-il bien été renouvelé ?

Un durcissement des critères est à l'étude affirme le ministère de la Culture.

SURPRISE - Taxé de conspirationnisme, le site FranceSoir était dans le viseur de Roselyne Bachelot ces derniers mois. Il a pourtant obtenu le renouvellement de son statut de site d'information en ligne, à la surprise générale.

Fin janvier, LCI rapportait que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot appelait à  un réexamen du statut "d'information politique et générale" (IPG) dont bénéficie le site FranceSoir. Un agrément dont le terme était initialement prévu en septembre 2022, mais que la ministre a voulu immédiatement voir vérifié. 

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Roselyne Bachelot souhaitait en effet vérifier que "ses conditions d’octroi" étaient "bien toujours respectées". Ce statut est délivré par une instance indépendante nommée la CPPAP, un acronyme qui désigne la Commission paritaire des publications et agences de presse. Outre le gage de crédibilité qu'il induit, il permet aussi de formuler auprès de l'État des demandes d'aides publiques. Problème : FranceSoir (version site Internet) n'a plus grand-chose à voir avec l'illustre titre de presse écrite qui s'écoulait jadis dans les kiosques. Ces derniers mois, à la faveur du Covid, il a contribué à la propagation de diverses fake news, et s'est transformé en espace de contestation où les théories conspirationnistes succèdent aux discours anti-système. Des prises de position régulièrement dénoncées, mais qui n'ont pas empêché la plateforme en ligne de voir son statut de site d'information confirmé ces derniers jours.

Deux journalistes dans l'équipe

Un bref passage sur Wikipedia permet de retrouver une liste non exhaustive des fausses informations propagées par FranceSoir depuis le début de la pandémie, sources à l'appui. Des dérives dénoncées par d'anciens journaliste du journal, à l'initiative d'une pétition "pour que France-Soir retrouve son honneur et sa déontologie journalistique". Parmi les principales critiques formulées à l'encontre du titre, le fait qu'il ne salarie pas de journaliste. Son statut même de média se voyait remis en cause, malgré une audience croissante estimée à trois millions de visiteurs uniques par mois l'an passé.

Le réexamen du dossier FranceSoir, anticipé à l'initiative de Roselyne Bachelot, laissait présager un retrait de l'agrément de site d'information en ligne. Pourtant, plusieurs médias ont rapporté ces derniers jours que la CPPAP a validé le renouvellement du statut d’information politique et générale (IPG) du site, ce qu'a confirmé à LCI le ministère de la Culture. Pour y prétendre, "l’équipe rédactionnelle doit comporter au moins un journaliste professionnel au sens de l’article L. 7111-3 du code du travail", nous indique-t-on rue de Valois. "Le rappel visait à faire cette vérification. Or, preuve a été apportée de la présence de 2 journalistes permanents et de 4 pigistes." 

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"Réunie en séance plénière le 24 mars 2021, la CPPAP a estimé qu’il n’y avait pas lieu de procéder à un retrait de la reconnaissance actuelle de francesoir.fr sur les registres de la commission puisque toutes les conditions prévues pour la reconnaissance du service de presse en ligne en application de l’article 1er du décret du 29 octobre 2009 étaient remplies", poursuit la ministère dans sa réponse. Il précise en passant que "la CPPAP est une instance indépendante, dont les avis sont susceptibles de recours devant la juridiction administrative".

Un tel recours "peut être introduit par toute personne qui a un intérêt à agir. Peut ainsi introduire une requête, toute personne physique ou morale directement concernée par la décision administrative ou qui subit un dommage causé par l’administration qui a pris la décision visée." Il n'est donc pas impossible que cette décision soit remise en cause. Notons que si l'agrément polémique ouvre théoriquement le droit à des aides de l'État, FranceSoir n’a, à date, "formulé aucune demande d’aide du fonds stratégique de développement de la presse" et ne touche pas d'argent public.

L'incompréhension règne

Que penser de ce renouvellement ? Dans la profession, les réactions sont vives : le Syndicat national des journalistes (SNJ) a rédigé un communiqué virulent pour dénoncer une "dérive honteuse". Le SNJ "s’interroge sur les protections dont bénéfice Xavier Azalbert, propriétaire du média, pour poursuivre la diffusion de fausses informations et de thèses complotistes avec l’aval de la CPPAP". 

Contactée, la CPPAP n'a pour l'heure pas répondu à nos questions. On peut en tout cas s'interroger sur le respect par FranceSoir d'autres éléments indispensables afin de bénéficier de l'agrément officiel. Outre une production respectant un "traitement à caractère journalistique", c'est surtout le besoin "d’intérêt général" mis en avant comme un prérequis qui laisse perplexe. En effet, celui-ci est défini comme tel par la CPPAP : "L’objectif de ce critère est notamment d’exclure tous les services de presse en ligne qui inciteraient par leur contenu à des actions contraires à l’intérêt général. On peut citer par exemple des sites qui seraient dédiés au téléchargement illégal ou qui inciteraient à des comportements contraires aux règles de protection de la santé publique." 

Bien conscient des remous né de ce renouvellement, le ministère de la Culture pourrait agir dans les prochains mois. Il glisse que Laurence Franceschini, présidente de la CPPAP, "a rendu à la Ministre un rapport en cours d’analyse qui formule des propositions pour renforcer l’exigence de traitement journalistique pour accéder aux aides à la presse". Des propositions, nous assure-t-on, qui "sont examinées en ce moment avec la plus grande attention".

En résumé, il est donc exact que FranceSoir a vu son statut de site d'information en ligne IPG renouvelé. Si ce dernier lui ouvre théoriquement l'accès à des aides publiques, il n'a pourtant jusqu'à aujourd'hui pas sollicité le moindre soutien de la part de l'État. Si les conditions requises pour bénéficier d'un tel agrément ont été semble-t-il remplies à l'occasion du réexamen demandé par Roselyne Bachelot, rien n'exclut à l'avenir un renforcement des règles pour y prétendre, hypothèse évoquée par le ministère de la Culture lui-même. Soulignons enfin la possibilité qu'un recours soit formulé, remettant potentiellement en cause la décision de la CPPAP actée ces derniers jours. 

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