Le Tonnerre à Saint-Martin : le couteau suisse de la marine française raconté par son commandant

Société
ENTRETIEN - Le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, l'un des plus grands navire de la Marine nationale, est arrivé le 23 septembre à Saint-Martin. Venu soutenir l'effort de reconstruction après le passage des ouragans Irma, José et Maria, le Tonnerre a débarqué véhicules, matériel et militaires. Le capitaine de vaisseau Ludovic Poitou nous en dit plus sur ce bâtiment d'exception.

Le Tonnerre a mouillé au large de l'île de Saint-Martin samedi dernier. Le deuxième plus grand navire de la Marine nationale a débarqué plus d'une centaine de véhicules, 1200 tonnes de frêt de matériel ainsi que 528 militaires. Sa mission : participer à l'effort de reconstruction et de rétablissement des structures après le passage dévastateurs des ouragans Irma et José. Aux commandes de ce bâtiment de projection et de commandement (BPC), le capitaine de vaisseau Ludovic Poitou a accepté de nous parler de ce bijou de la Marine nationale.

Le Tonnerre est surnommé le "couteau suisse" de la Marine nationale. En quoi est-ce un bâtiment d'exception ?

La particularité du Tonnerre, c’est sa polyvalence. C’est un navire amphibie capable de projeter des forces de la mer vers la terre :  on peut envoyer des hélicoptères - il peut en embarquer seize - et il comporte également un petit port intérieur qu’on appelle le "radier" qui permet de mettre en œuvre des chalands de débarquement. Cela nous permet de nous affranchir des zones portuaires. C'est aussi un bâtiment de commandement : nous pouvons embarquer 150 officiers d’état-major pour commander les opérations (850 m² de locaux modulaires et pré-connectés offrent des conditions de travail similaires à celles d’un poste de commandement à terre, ndlr). Pour intervenir dans les zones de crise et, le cas échant, être en mesure de soutenir les soldats qui sont descendus  à terre, nous avons également un hôpital de réserve avec 170 lits et deux blocs opératoires. 


Et enfin, c'est un bâtiment-école. Une année sur trois, l’un des trois BPC accueille les élèves de l'école navale (l’école d’application des officiers élèves de la Marine nationale, ndlr). C’est une mission un peu particulière qu’on appelle la mission Jeanne d’Arc. Alors que le BPC parcourt les zones d’opération, les zones d’état-major sont transformées en amphithéâtres et en salles de classe. À tout moment, le bâtiment peut être un vecteur ou un pion opérationnel pour l’état-major des armées. Pour vous donner une illustration, lorsqu'en 2015 le BPC Dixmude (un navire similaire, ndlr) réalisait l’opération Jeanne d’arc, le bateau a été détourné pour évacuer des ressortissants au Yémen. Certains élèves ont même pris part à l’organisation et à la préparation de l’opération, ils sont vraiment au cœur de l’action.


Au-delà de cette polyvalence, le Tonnerre est le deuxième plus grand bâtiment de la Marine nationale, il mesure 199 mètres de long et 32 mètres de large avec un équipage de 150 personnes à bord. Il est capable de déplacer 22.000 tonnes, on peut notamment embarquer 80 à 100 véhicules et 450 hommes de troupe.


Le BPC Tonnerre n'est cependant pas unique au sein de la Marine nationale, il est le deuxième d’une série de trois bâtiment de projection et de commandement. Nous avons donc trois couteaux suisses : le Mistral, le Tonnerre et le Dixmude.

Au-delà du débarquement, quelle va être la suite de votre mission ?

Après cette phase de mise à terre qui a duré un peu plus de 48 heures, on se place maintenant dans une deuxième phase qui consiste à soutenir les éléments qui ont été "projetés" depuis le Tonnerre. Concrètement, c'est du ravitaillement en vivres, en eau, en carburant, c’est également de la maintenance d’équipement et du soutien médical, nous sommes un peu la base arrière des différents élements "projetés" à terre.


Nous sommes arrivés après la mission de réaction immédiate de l'armée, il s'agit maintenant d'aider à la reconstruction et au rétablissement des structures. Les choses ont déjà évolué, la vie reprend son cours. Par exemple, on avait envisagé d'effectuer des liaisons avec la Guadeloupe et Fort-de-France, c'est une option qui reste toujours possible, mais les ports ont été rouverts grâce notamment à l’action des hydrographes et des plongeurs démineurs qui ont pu déblayer un certain nombre d’épaves (des membres de la Marine arrivés avec le Tonnerre samedi, ndlr). Le transport de frêt redevient à peu près normal progressivement. De la même façon, l'hôpital ne va pas servir dans l’immédiat puisque les infrastructures à terre ont été rétablies, l’hôpital est de nouveau fonctionnel.


Pour autant, mon équipage n'est pas à l'arrêt, les soldats participent au quotidien, humblement et à leur mesure, à l'énorme solidarité qui s'est mise en place sur l'île. Mardi matin, par exemple, ils étaient en train de déblayer et de nettoyer une école, la veille, c’en était une autre. Ils aident comme ils peuvent, mais ça donne un peu de sens aussi à cette mission pour laquelle on éprouve une grande fierté d'être aux côtés des citoyens.

Le Tonnerre est-il souvent mobilisé pour venir en aide aux civils comme c'est le cas aujourd'hui ?

Pour le Tonnerre, c'est une première mais d’autres bâtiments de la Marine ont pu intervenir à de nombreux endroits. L’exemple que j’ai en tête c’est celui de Haiti avec un navire amphibie, un prédécesseur du Tonnerre qui s’appelle le Sirocco, venu en soutien après le tremblement de terre en 2010. Il y a eu d’autres événements notamment à Bali où des navires ont contribué aux efforts de soutien à la population (après le terrible tsunami de décembre 2004, ndlr), ces sont des choses qui malheureusement sont assez classiques.


Jusqu'à aujourdhui, le BPC Tonnerre avait participé à des opérations plus militaires. On compte deux opérations emblématiques : des projections d’hélicoptères au-dessus de la Libye en 2011 pour l’opération qu’on a appelé Harmattan (mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et protection de la population, ndlr) et auparavant, une mission de soutien à la force Licorne au large de la Côte d’Ivoire. Il a également participé à de nombreuses autres opérations de sécurité maritime et de patrouille dans les différentes zones d’opération de la Marine nationale au large de l’Afrique de l’Ouest, dans l’Océan Indien ou encore en Méditerranée.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Ouragan Irma : les Antilles pansent leurs plaies

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter