Le viticulteur bio qui a dit non aux pesticides devant le tribunal

Le viticulteur bio qui a dit non aux pesticides devant le tribunal

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AGRICULTURE – Viticulteur bio en Côte-d'Or, Emmanuel Giboulot a refusé de traiter à l'insecticide ses parcelles de vigne comme l'ordonnait un arrêté préfectoral. Il est convoqué lundi au tribunal correctionnel où il risque six mois de prison et 30.000 euros d'amende.

C'est une affaire qui fait du bruit dans le Landerneau du vin. Emmanuel Giboulot, viticulteur bio près de Beaune , dans la Côte-d’Or, sera convoqué ce lundi au tribunal. Son crime ? Avoir refusé de traiter à l'insecticide ses parcelles de vignes, allant ainsi à l'encontre d'un arrêté préfectoral.

L’affaire remonte à l'année 2011 quand est découvert en Saône-et-Loire - juste au sud de la Côte-d’Or - un foyer de flavescence dorée. Il s'agit d' une des plus graves maladies de la vigne . Causée par une bactérie qui est transmise grâce à un insecte, la cicadelle, elle est extrêmement contagieuse et se traduit, entre autres, par un jaunissement et un flétrissement des feuilles avant de provoquer la mort du pied.

Eliminer la cicadelle

Face à la menace, c'est le branle-bas de combat au sein des directions régionales concernées et des organisations professionnelles afin de lutter contre le fléau. Le 7 juin 2013, le préfet de la Côte-d'Or qui craint une épidémie dans son département, décide de prendre un arrêté où il ordonne de pulvériser un insecticide sur les ceps de vigne pour éliminer la cicadelle, et d'arracher les pieds malades.

Mais Emmanuel Giboulot refuse de traiter ses parcelles, pour des raisons environnementales. Il y a bien, parmi les insecticides recommandés, un d'origine naturelle donc utilisable par les viticulteurs bio, le pyrévert, à base de pyrèthre. Or, explique au JDD le frondeur, "qu'il soit naturel ou de synthèse, le pyrèthre est un neurotoxique. Il affectera la cicadelle mais aussi les oiseaux, les animaux, voire les viticulteurs selon les doses pulvérisées." Et de s'interroger : "A quoi bon déséquilibrer l'écosystème alors qu'aucun pied malade n'a été détecté dans le département ?"

Pétition et comité de soutien

Mais cette résistance a un prix. Après le passage d'un inspecteur de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf) en juillet, une convocation au commissariat tombe en octobre puis un rendez-vous au tribunal de Dijon ce lundi où Emmanuel Giboulot risque six mois de prison et 30.000 euros d'amende. Un comité de soutien , où figurent les partis EE-LV et le NPA, Greenpeace ou encore Attac s'est constitué en solidarité au viticulteur bio, tandis qu'une pétition en sa faveur a été lancée par l' Institut pour la protection de la santé naturelle . D'ailleurs, face à l'afflux d'internautes, le site était momentanément fermé ce dimanche.

Mais Emmanuel Giboulot est loin de faire l'unanimité au sein de la profession. Vendredi les professionnels du secteur tenaient conférence de presse pour certifier que "non, la Bourgogne ne pollue pas en traitant ses vignes". "On ne peut pas être d'accord avec cette position un peu individualiste", souligne Pascal Lambert, directeur du Sedarb , une association qui promeut le bio en Bourgogne. Il faut dire qu'entre l'infection et les premiers symptômes, il peut se passer d’un à trois ans. D'où pour les autorités, la nécessité de traiter en préventif et la crainte que la parcelle d'Emmanuel Giboulot, ne se transforme en réservoir à bactéries. A la justice de trancher.

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