Le vol AH 5017 ne s'est pas désintégré en vol, selon le BEA

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AH 5017 – Le Bureau d'enquêtes et d'analyses a communiqué mercredi les premières conclusions issues de l'analyse des boîtes noires du vol AH 5017, qui s'est crashé au Mali. La trajectoire reconstituée de l'appareil montre qu'il a décroché en vol mais ne s'est pas désintégré alors qu'il traversait une zone orageuse.

Un décrochage rapide et une chute brutale. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a tenu mercredi une conférence de presse au Bourget pour présenter les premières conclusions sur les causes du crash du vol AH 5017, deux semaines après la catastrophe. Dans l'état actuel des investigations, le BEA s'est montré très prudent n'excluant aucune hypothèse, notamment en raison de la défaillance de l'un des deux enregistreurs de vol , appelé Cockpit Voice Recorder (CVR), censé conserver les conversations des pilotes, des données essentielles pour comprendre ce qui s'est joué dans la nuit du 23 au 24 juillet.

L'éparpillement des débris de l'avion, qui s'est littéralement pulvérisé, sur un espace restreint dans une zone isolée située à 80 km de Gossi (est du Mali), laissait penser à un décrochage de l'avion, un McDonnell Douglas 83, avec à son bord 116 personnes. Un scénario que semble confirmer la trajectoire reconstituée grâce aux données de la seconde boîte noire , où sont conservés 90 paramètres techniques de l'appareil.

"Une vitesse de descente extrêmement importante"

Selon cet enregistreur toujours en cours d’analyse, le vol AH 5017 a atteint son altitude de croisière 30 minutes après son décollage de Ouagadougou, au Burkina Faso, soit vers 01h45. Deux minutes plus tard, ce dernier a commencé à perdre de la vitesse et à effectuer un très brusque virage à gauche, perdant de l'altitude "avec des changements d'inclinaison et d'assiette très importants", selon le BEA.

"La rotation vers la gauche continue jusqu'à la fin de l'enregistrement. Et le dernier point enregistré, à 1H 47mn 15s, correspond à une altitude de 1.600 pieds (490 mètres), une vitesse de 380 noeuds environ (740 km/h) et une vitesse de descente extrêmement importante", a détaillé le directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), Rémi Jouty.

L'avion a tenté d'éviter des orages

Alors qu'il était entré dans une zone orageuse, l'appareil aurait donc décroché, perdant très rapidement de la vitesse et de l'altitude jusqu'au crash. "Quand on voit la trajectoire, cela conduit à penser que l'avion ne s'est pas désintégré en plusieurs morceaux en vol. Cela n'exclut pas des dommages en vol", a déclaré Rémi Jouty. "La thèse d'une action délibérée", soit un attentat ou un détournement, n'est donc pas éliminée à ce stade.

Avant même la découverte de la zone du crash, la situation météorologique dans cette zone avait été mise en cause. En effet, le vol qui devait rallier Alger a dû dans un premier temps traverser la ligne de front intertropicaux, un espace aérien particulièrement agité en cette période de l'année. Les données de vols et météorologiques recueillies montrent d'ailleurs que l'appareil a adapté sa trajectoire afin d'éviter des orages avant de pénétrer dans l'un d'eux. "La trajectoire de l'avion (...) fait apparaître une montée et un début de croisière normal, avec des changements de route modérés, typiques d'une stratégie d'évitement des développements orageux", a ainsi précisé le directeur du BEA.

Un rapport d'étape présenté en septembre

Si ce phénomène s'avère être à l’origine du crash du MD83 affrété par la compagnie Air Algérie, de nombreuses questions liées à l'anticipation et la réaction des pilotes, ainsi qu'aux données techniques, notamment radars, qui leur étaient fournies et la lecture qui en a été faite devraient se poser. Des questions auxquelles il sera toutefois difficile de répondre en l'absence de la retranscription des conversations de l'équipage.

Sur ce point, le BEA a affirmé continuer de travailler pour tenter de récupérer les données, pour le moment inexploitables, du CVR. Selon les premiers éléments de l’enquête, le crash n'est pas la cause de ce dysfonctionnement. Un travail d'analyse minutieux doit désormais se poursuivre. Il donnera lieu à un rapport d'étape de la commission d'enquête malienne, à laquelle participe activement le BEA, ainsi que de nombreux experts des pays concernés, en septembre prochain.

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