Les dossiers sont examinés ce lundi : entre expulsion ou discussion, où en est-on sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

Les dossiers sont examinés ce lundi : entre expulsion ou discussion, où en est-on sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

Société
SUITE (ET PAS FIN) - Un comité de pilotage présidé par le ministre de l’Agriculture examine ce lundi les dossiers déposés par les habitants illégaux de la ZAD. Dans la foulée, peut s'ensuivre une nouvelle vague d'expulsion.

L’évacuation de la ZAD a été relayée, médiatisée, quasiment minute par minute. Depuis, les caméras se sont détournées de l’actualité de Notre-Dame-des-Landes. En effet, après le débarquement de 2.500 membres des forces de l’ordre le 9 avril dernier, après la mobilisation des opposants à la suite de la destruction d’un lieu baptisé "La ferme des 100 Noms", après les affrontements, avait succédé une sorte de pax romana. Le gouvernement avait posé un nouvel ultimatum, celui du 23 avril, pour que les habitants illégaux de la ZAD déposent des dossiers afin de se régulariser ou quittent la zone. Au total, 41 dossiers ont été remis par les occupants. Ils sont actuellement étudiés par les services de l'Etat. 


Pendant ce temps, les armes se sont baissées, chaque camp s’est retranché sur ses positions. La destruction des "lieux de vie" a été suspendue. Et un dialogue a repris entre le "mouvement" et la préfecture. Mais les forces de l’ordre sont toujours présentes sur le site, "pour sécuriser les routes qui traversent la ZAD", indique la préfecture de Loire-Atlantique à LCI ce vendredi. Entre 150 à 200 personnes sont pour leur part toujours présentes sur la ZAD.

L'échéance du 14 mai

Et voici donc qu’une nouvelle échéance arrive : ce lundi, un comité de pilotage présidé par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert examine les dossiers déposés. De quoi sera fait l’après-comité de pilotage ? Reprise des évacuations ou poursuite du dialogue ?  "Il restera vraisemblablement une part d'irréductibles, de 'refuzniks', ceux qui disent non à tout et qui évidemment n'ont pas vocation à rester sur site", avait lancé dès le 27 avril dernier Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, semblant ouvrir la porte à une reprise des expulsions. 


De son côté, la préfecture de Loire-Atlantique botte en touche. "Il est prématuré de communiquer sur ce sujet ce jour " répond-elle. "Une communication interviendra à l'issue de cette réunion présidée par le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation." 

Divisions sur la ZAD

Avec le dépôt de ces dossiers, les Zadistes estimaient avoir fait un pas. Selon eux, c’est donc au gouvernement de faire désormais "un geste d’apaisement". Reste que les problématiques de dépôts de dossiers ont profondément divisé le "mouvement", comme le front anti-aéroport s'appelle lui-même. Sur la ZAD, s'affrontent en effet les "irréductibles", sorte de jusqu’au-boutistes, tendance anarcho-autonomes, qui ne veulent pas faire confiance au gouvernement, et les "appelants", plus intégrés, qui estiment que l’abandon de l’aéroport étant acté, il convient maintenant de s’inscrire dans l’Etat de droit et rentrer dans le processus de régularisation en déposant des projets en préfecture. Des divergences idéologiques, qui se soldent parfois à coups de règlements de comptes entre Zadistes, rapportés dans la presse locale.


Comme pour les héritages, les problématiques de redistribution des terres ont aussi fissuré les soutiens indéfectibles au mouvement, associations, agriculteurs, ou riverains. Une cinquantaine de paysans de la ZAD ou en lisière ont également monté en janvier une association pour le maintien des exploitations légales sur l’ancienne zone aéroportuaire (Amelaza). Objectif : défendre leurs intérêts étant donné qu'ils représentent la moitié des terres concernées. Ils avaient accepté l'indemnisation en échange de l'abandon des terres et veulent désormais les récupérer, ne voulant pas entendre d’une redistribution aux Zadistes. Quatre agriculteurs historiques de Notre-Dame-des-Landes, qui avaient refusé les expropriations et les indemnisations, ont quant à eux signé en avril des conventions d'occupation précaire avec la préfecture, sans suivre les consignes du "mouvement".

En vidéo

REPORTAGE - Qui sont ces militants qui ont choisi de rester sur la ZAD ?

Les associations ont pris leurs distances

Les stratégies de l’après-aéroport ont aussi éloigné les soutiens plus institutionnels, ceux des associations. Pendant les évacuations, certains collectifs, soutiens de longue date, comme le Cédpa (collectifs d'élus) ont pris leurs distances. Sa co-présidente Françoise Verchère, figure historique du mouvement anti-aéroport, qui appelait à remplir les formulaires, n’a d’ailleurs pas hésité, dans une longue tribune sur Facebook,  à pointer du doigt les éléments "les plus radicaux" de la ZAD, et "défiant quiconque de passer une après-midi avec eux". Elle est devenue depuis une "persona non grata" sur la ZAD et s’est retirée de la lutte.

Une trêve "extrêmement fragile" pour les Zadistes

 L’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes) avait, elle aussi, pris ses distances. Lors des expulsions, Julien Durand, autre leader historique, avait pris la parole pour "supplier les occupants de ne pas basculer dans un engrenage de violence". "Certains paysans sont pris en otage par la ZAD. Cela devient du n’importe quoi", dénonçait-il. L’Acipa a d’ailleurs pris la décision début mai d’ajourner le traditionnel rassemblement d’été, prévu les 7 et 8 juillet prochains pour fêter  ette fois la victoire de la lutte anti-aéroport. "Force est de constater que depuis plusieurs semaines, le climat s’est beaucoup dégradé sur la zone", indique le communiqué, rappelant cependant que l'organisation "soutient la mise en place des différents projets agricoles et autres sur la zone et s’investit dans la délégation de négociation avec la préfecture depuis des mois".


L’Acipa et plusieurs collectifs ont d’ailleurs lancé un appel à se mobiliser lundi prochain, à 13h à Nantes, au moment de la tenue du comité de pilotage en préfecture. "Un dialogue a repris entre le mouvement et la préfecture après le dépôt collectif d’un dossier présentant plusieurs dizaines de projets agricoles, artisanaux, sociaux, ou culturel", indique le document. "Mais la trêve apparaît extrêmement fragile : des centaines de gendarmes sont toujours déployés sur le bocage, maintenant une pression quotidienne et mettant à mal la possibilité de mettre en oeuvre les travaux agricoles en plein début de saison." Par ce rassemblement, ils veulent signifier "le refus de toute tentative d’expulsion", et "apporter un soutien aux différents projets présentés."

La ZAD a également lancé via son site un appel à "mobilisation et à reconstruction", en cas de nouvelles expulsions. Chez ses partisans, court la rumeur d’une possible nouvelle évacuation dès le lendemain du comité de pilotage, le 15 mai.  "Nous n’avons aucune idée de son ampleur et de sa durée. Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons avoir aucune confiance dans les annonces officielles et que nous nous mobiliserons face à tout nouveau tri et expulsion des habitants de la ZAD", écrivent les Zadistes. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter