Les écoutants du numéro vert au coeur de la lutte anti-djihad

SOCIÉTÉ

TERRORISME - Grâce au lancement d'un numéro vert à destination des familles, 126 candidats au djihad ont été identifiés. Au coeur du dispositif, six écoutants formés aux dérives sectaires et aux méthodes des djihadistes. Metronews a discuté avec leur formatrice.

Dans la foulée du plan anti-djihad mis en place par le gouvernement, un numéro vert destiné aux familles a été créé fin avril. Un mois après son lancement, 126 candidats à la guerre sainte ont été identifiés, dont 32 mineurs, 48 femmes et 20 "départs avérés", revendique le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Au centre du dispositif : six écoutants qui reçoivent les appels des familles concernées. Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention contre les dérives extrémistes*, a participé à leur formation : elle décrypte pour metronews les signes auxquels ils sont attentifs.

Aujourd'hui, ces écoutants sont des fonctionnaires de réserve mais il est question qu'une association spécialisée prenne le relais. Au menu de leur formation : de la psychologie, avec l'étude de l'emprise mentale, mais aussi le fonctionnement de ces filières. La priorité : comprendre la différence entre religion musulmane et embrigadement de type sectaire. "Les écoutants se basent sur des signes de rupture, scolaire, amicale ou familiale. Pour cela ils parlent du comportement de l'enfant : s'il passe de longues heures sur Internet, s'il refuse de discuter ou s'il développe un sentiment de paranoïa", nous explique Dounia Bouzar.

Contrecarrer l'embrigadement

Quand des mineurs, sont signalés, ce sont les parents qui prennent ou non la décision d'arrêter l'enfant à la frontière. "Si tous les signaux d'alerte sont au rouge, par exemple si on a trouvé un deuxième compte Facebook avec des images d'armes, ils font remonter le dossier en préfecture", précise Dounia Bouzar. Car une fois un début d'embrigadement détecté, il s'agit de le contrecarrer. Les parents peuvent demander l'aide et le soutien de travailleurs sociaux. Mais concernant les individus majeurs, la difficulté est plus grande. "Légalement, on ne peut priver un majeur de son droit d'aller et venir. On ne peut pas non plus l'obliger à aller voir un psy. La prévention est compliquée."

Impliquer et aider les familles, c'est bien tout l'enjeu de ce numéro vert. Car si elles se trouvent souvent dans une situation de grande détresse, l'objectif est aussi de briser leur solitude. Il leur est souvent difficile d'interpréter les signes. "Un enfant qui ne fréquente soudain plus ses anciens amis "parce qu'ils ne sont pas dans le vrai", qui refuse ses cours de guitare "pour se protéger du diable" et qui arrête l'école "pour ne penser qu'à Dieu", est-ce une crise mystique? Une rébellion?", interroge Dounia Bouzar. Qui remarque que les parents sont en demande d'interlocuteurs face à des enfants en rupture, prétextant la religion. Parfois, il n'y a aucun signe pouvant alerter les familles. "Même quand l'enfant est encore là physiquement, il n'est plus là mentalement. On a des jeunes filles qui ne montrent rien. Elles mangent du porc avec leurs parents et s'apprêtent à "épouser leur prince barbu pour partir en Syrie" trois jours plus tard", s'inquiète Dounia Bouzar, qui accompagne une soixantaine de ces familles et tente de les aider à reprendre pied, pour "permettre à ces jeunes de retrouver leur raisonnement, leur mémoire et leur identité."

*également auteure de "Désamorcer l'islam radical"

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