"Les enfants du Mont-Blanc ne peuvent plus respirer " : le clip choc d’une école de Haute-Savoie pour dénoncer la pollution fait le buzz

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POLLUTION - Les élèves de primaire et maternelle de Saint-Joseph-de-Sallanches, ville moyenne de 15.000 habitants située en Haute-Savoie, ont réalisé cette semaine un "mannequin challenge" un peu particulier. Ils y dénoncent la pollution dont ils sont victimes dans leur vallée, au pied du Mont-Blanc. Le clip fait le buzz.

C’est un clip, en noir et blanc. On y voit des enfants, dans une cour d’école. Figés, masqués. C’est un clip effrayant. Qui donne l’impression d’avoir pénétré dans une école fantomatique, irréelle, de traverser une ville morte, où les humains sont gris et noirs, où les enfants ne bougent plus.  Sans vie, arrêtés. 


L’école de Saint-Joseph de Sallanches, petite ville de Haute-Savoie, a utilisé la mode du mannequin challenge, ces vidéos qui consistent à se filmer sans bouger dans des situations arrêtées. Son objectif : dénoncer. Dénoncer la pollution de l’air dont sont victimes les élèves. Depuis trois semaines, cette commune, nichée au pied du Mont-Blanc, fait en effet face à des niveaux de pollutions très élevés. Au point que dans cette école de 400 élèves, la vie en a été directement impactée. 

"La pollution nous plombe depuis deux, trois semaines, les enfants n’ont pas le droit de courir pendant les récréations, ni de faire du sport. Des sorties piscines ou patinoires ont été annulées", explique à LCI la direction de cette école privée. "A force de subir ces contraintes, les parents d’élèves ont eu l’idée de frapper un coup pour prendre conscience de l’ampleur du problème, notamment les maires et les associations locales. "


La vidéo a été tournée mardi dernier. Mise en ligne sur Youtube, elle a été vue près de 5.000 fois. Mais elle a surtout été énormément relayée sur les réseaux sociaux, où elle accumule là aussi les milliers de vues. Un succès que l’école n’attendait pas.  "Cela a dépassé nos espérances ! On ne s’attendait pas à une célébrité pareille", se réjouit-on. "C’était un petit clip pour alerter au niveau local. Mais au final, ça a concerné tout le monde. Cela montre une réelle prise de conscience aujourd’hui."


Alerter, faire bouger. Parce que Sallanches est de plus en plus touchée. "Nous sommes au pied du Mont-Blanc, mais dans un fond de vallée", explique la direction. "Nous sommes en montagne, l’air est censé être pur. Et nous avons pourtant presque le même taux de pollution qu’à Paris ! C’est désolant."

Ils ne mesurent peut-être pas l’impact que cela peut avoir sur le quotidien des enfantsEcole Saint-Joseph à Sallanches

En cause, la très dense circulation, mais aussi des incinérateurs de retraitement de déchets ou l'usine de production de graphite, installés dans la région. "Les élus locaux sont conscients du problème", estime-t-on, à l’école. "Mais ils ne sont pas tout puissants : une grande partie des décisions est prise par le préfet. Il y a aussi des enjeux économiques…" Mais si la conscience du problème est là,  les autorités zappent peut-être le concret. "Ils n’avaient peut-être pas mesuré l’impact que cela peut avoir sur le quotidien des enfants, les mesures pour les empêcher de respirer l’air à pleins poumons.  Nous avons 400 enfants. Nous ne sommes pas une petite école. Ils vivent confinés depuis deux semaines."


Toute l’année, l’école Saint-Joseph essaie aussi de faire un vrai travail de sensibilisation. "Nous incitons les parents à ne pas laisser tourner le moteur de leurs voitures devant l’école, nous mettons tous les jours une chouette devant l’école, avec une couleur différente, du vert au noir, suivant le seuil de pollution." 

En pleine montagne, ces enfants ne peuvent plus respirer Marie-Madeleine, une internaute

La vidéo, partagée sur les réseaux sociaux, a recueilli de vifs soutiens. "On se croirait en zone de quarantaine, c'est désolant", estime Andrew. Marie-Madeleine, habitante de la vallée, abonde : "Il faut partager au maximum cette vidéo, c'est inadmissible ! Il faut que cela cesse car en pleine montagne ces enfants ne peuvent plus respirer !" Pour Annie, également du coin, "le défilé journalier de camions a une grosse responsabilité" : "Honte aux pouvoirs publics de n'avoir pas su mettre en place un vrai ferroroutage, de n'avoir pas mis en œuvre l'élargissement de canaux pour permettre le transport fluvial." 


Quelques internautes, cependant, posent la question de "la place des enfants pour ce problème" : "Ils subissent déjà, pourquoi faut-il leur faire peur ?", questionne ainsi Mathilde. Mais à l’école, on trouve la démarche justifiée : "Personne n’a été forcé, c’est une idée venue des parents d’élèves", rappelle-t-on. "Les enfants ont été informés et préparés, et étaient libres de ne pas participer. Mais ce sont eux qui subissent", note Saint-Joseph. "Plusieurs ont été malades, hospitalisés, après des crises d’asthme. Dans les classes, les enfants ne sont pas à l’abri. Ce clip, ce n’est que la cristallisation d’un problème réel." Il a aussi été tourné dans la meilleure des ambiances, sous un grand soleil. Le montage, la facture en noir et blanc, la musique angoissante, ont derrière créé l’aspect anxiogène. 


Sur le terrain en tout cas, le petit buzz va peut-être faire bouger les choses. "Le maire d’une commune voisine a dit qu’il démissionnerait si le préfet ne prend pas des mesures draconiennes… ", indique l'école. "Ce qui est important, c’est la santé de nos enfants. Il faut prendre des mesures tout de suite, avant que la situation ne devienne beaucoup plus grave."

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