Les particuliers vont pouvoir mesurer les ondes émises par leur compteur Linky : suffisant pour rassurer ?

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INTERVIEW – L’Agence nationale des fréquences (ANFR) a fait évoluer le dispositif de mesure des ondes électromagnétiques : désormais, toute personne peut demander à connaître l’exposition associée à des objets communicants fixes, notamment les compteurs communicants Linky.

La mesure existait déjà, notamment pour les antennes de téléphonie mobile. Mais mercredi, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a élargi le dispositif de surveillance et de mesure des ondes électromagnétiques aux compteurs communicants controversés. 


Les particuliers peuvent désormais demander gratuitement des mesures des émissions d'ondes électromagnétiques de leur compteur communicant, ces compteurs qui télétransmettent des données sur la consommation d'électricité, de gaz ou d'eau des usagers.


Il faut pour cela adresser une demande de mesure signée par un organisme habilité, comme une collectivité locale, une association de protection de l'environnement ou familiale. Les mesures seront ensuite confiées à des laboratoires spécialisés et financées par un fonds public alimenté par une taxe payée par les opérateurs de téléphonie mobile.


Alors que l’installation de ces compteurs, et en particulier de Linky, a suscité des frondes chez les usagers ou dans des communes, ce dispositif est-il un plus ? LCI a demandé son avis à Nicolas Mouchnino, chargé de mission énergie à l’UFC-Que choisir.

LCI : Permettre aux particuliers de mesurer les ondes de leur compteur Linky, est-ce une grande avancée et une bonne chose ?

Nicolas Mouchnino : C’est un dispositif qui existait déjà pour les antennes téléphoniques. Au regard de l’inquiétude générée par un certain nombre de consommateurs, ils ont choisi de l’élargir. Cette mesure peut rassurer le consommateur. Cela peut-être aussi important car, comme sur la téléphonie mobile, il y a des normes à respecter, et mesurer ces ondes permet de voir si ces normes le sont.

LCI : Pensez-vous que l’inquiétude est justifiée autour de ces compteurs, ou que cela procède d’une mauvaise information ?

Nicolas Mouchnino : Il y a plusieurs choses. Sur cette problématique d’effets des ondes sur la santé, on ne peut que se référer aux diverses études qui existent sur le sujet, sur les évaluations, les rapports comme celui de l'ANFR, chargée par la loi de contrôler le respect des valeurs limites d’exposition du public aux ondes électromagnétiques, ou celui de l’Association santé environnement France, qui ont montré que les seuils étaient respectés, et que les niveaux d’émission des compteurs sont bien en dessous des valeurs limites réglementaires. Ce sont les seules données officielles et mesurées. C’est difficile d’aller plus loin, nous ne sommes pas des scientifiques.

LCI : Comment expliquer alors ces craintes ?

Nicolas Mouchnino : Il y a eu dans la question de la communication et du déroulé de cette problématique quelques erreurs : il a fallu attendre entre six mois et un an, que le rapport de l’ANFR ne sorte après le déploiement du compteur, et que des mesures indépendantes soient faites avant le déploiement. Cela a laissé une inquiétude se mettre en place, et il n’y avait pas de réponse officielle. Il a été difficile après d’enrayer ce phénomène-là. A noter que l’Etat a aussi été largement absent sur la question de la communication et Enedis n’était pas audible. Il y a peut-être un souhait de reprendre la main, car nous sommes conviés à une réunion sur Linky au mois de juin. Souhaitons que ce soit le signe d'une volonté d’informer davantage sur les évolutions de ce compteur. Après, quelque chose interroge : même le rapport de l’ANFR dit que la question du compteur est une inquiétude générée par un questionnement général sur les ondes. Aujourd’hui, tous les équipements dans le logement fonctionnent avec des ondes, plaque à induction, téléphonie, équipements wifi... Le rapport ouvre la question de l’augmentation de ces sources d’émission. Ce n’est donc pas une inquiétude spécifique au compteur, mais le compteur Linky est révélateur d’une inquiétude plus générale, même s’il émet moins d’ondes que les antennes. Il est d’ailleurs intéressant de voir que sur cette question des compteurs Linky, on retrouve des associations qui travaillaient avant sur les ondes téléphoniques.

LCI : Vous qui avez un point de vue général sur les appréhensions des consommateurs, est-ce que c’est un sujet qui interroge ?

Nicolas Mouchnino : On avait fait un sondage qui montrait que les ondes n’étaient pas le premier élément dans le refus ou l’inquiétude de ces compteurs. En fait, il y a une panoplie de raisons dans le refus de Linky. C’est plutôt la question de l’emploi qui ressort en premier, et du côté inhumain de la relation : où avant quelqu’un venait relever le compteur, et ce contact était important pour certaines personnes. C’est donc plutôt une question de société, derrière la digitalisation qui se met en place. C’est vraiment ce qui ressort le plus. D’autres vont se mobiliser sur la question de la protection de données personnelles, d’autres qui se demandent pourquoi changer et payer alors que l’actuel compteur fonctionne très bien. Ce ne sont pas des sujets spécifiques au compteur, mais que ce compteur a la spécificité de regrouper.

LCI : L’opposition de l’UFC Que Choisir est plus générale ?

Nicolas Mouchnino : Nous avons deux principaux reproches. D’abord sur le financement : le rapport de la Cour des Comptes a montré qu’il y avait un surcoût important dans l’installation de ces compteurs. Autre point, essentiel pour nous : ce compteur avait deux objectifs, une meilleure maîtrise du réseau, pour baisser certains coûts, et surtout, dans la lignée du Grenelle de l’environnement permettre une meilleure information au consommateur pour l’aider à maîtriser sa consommation. Sur ce point, clairement, le compteur ne va pas assez loin. Ce compteur permet ainsi d'avoir son historique de consommation, ce qui permet de connaître son profil, mais n'est pas suffisant. Il est nécessaire d’avoir une information en temps réel, pour avoir une corrélation directe entre l’usage qu’on fait de l’électricité et son comportement. Ce deuxième pilier n’a toujours pas été mis en œuvre, alors que 11 millions de compteurs sont déjà installés (le déploiement doit se poursuivre jusqu’en 2021, ndlr) et pourtant, le gain pour le consommateur était l’élément le plus pertinent de ce compteur.

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