Les petites histoires des grands gagnants du Loto

SOCIÉTÉ

QUE SONT-ILS DEVENUS ? - Dans son livre "Les millionnaires du loto – 49 histoires de sacrés veinards !", le journaliste Vincent Mongaillard s'est amusé à aller retrouver ces heureux fortunés. Alors, qu'ont-ils fait de leur nouvelle fortune ? Et surtout, surtout : l'argent fait-il le bonheur ?

On l'admet volontiers : ils nous font tous un peu rêver. Ces inconnus, qu'ils soient ouvriers, chômeurs, cadres ou chefs d'entreprise et qui, un jour, en validant leur ticket de loto, se sont découverts millionnaires. Comment ont-ils réagi ? Ont-ils tout dépensé ? Vivent-ils heureux, cachés ? Et surtout, l'argent a-t-il fait leur bonheur ? Pour avoir la réponse à ces questions existentielles, le journaliste Vincent Mongaillard est allé à la rencontre de 49 heureux veinards, qui lui ont raconté leurs "sacrées histoires". Tout ça a donné un livre, "Les millionnaires du loto, 49 histoires de sacré veinards !" qui sort, heureux hasard, alors que le loto fête bientôt ses 40 ans. Metronews s'est plongé dedans et a ressorti quelques histoires…

Tous, quand ils ont décroché le pactole, ont connu des nuits blanches, des sueurs froides ou des bouffées de chaleur. Et, parfois, attendu des mois avant de débourser leurs premiers euros…  Mais Dédé, sexagénaire, n'a rien changé. Depuis ses 13 ans, il a été jardinier, ouvrier, carreleur, maçon ou peintre en bâtiment. Alors, quand il a décroché 9 millions, en mars 2014, il a continué ses services, en se faisant payer. Tout juste a-t-il remplacé son vieux moto-bécane par une pétrolette à 2 000 euros. Le luxe discret. Ah, si : Dédé aime les voitures. Les Ferrari. Mais de celles qui tiennent dans les vitrines. Avec ses millions, il a pu compléter sa collection. "À l’âge que j'ai, j'ai pas envie de faire le con", dit-il. "Bon, je dis pas, si j’avais eu 20 ans de moins... "

"La personne en face de moi ne sait pas ce que je possède sur mon compte"

Justement, Guillaume, est l'un des plus jeunes gagnants du loto. A 19 ans, en 2013, il a gagné 5 millions. Premier achat : il s'est séparé de sa vieille voiture, a opté pour une Mercedes. Et puis il a construit sa maison. Mais n'a pas flambé plus que ça. Il a placé son pactole et est devenu sapeur-pompier professionnel. Parce que ça, l'argent ne l'achète pas : "C'est ma passion. Je n’ai jamais l’impression de travailler quand je vais au boulot", raconte-t-il dans le livre. "Quand j’interviens, la personne en face de moi ne sait pas ce que je possède sur mon compte". Et l'été, il n'emmène pas sa petite copine en goguette sous les Tropiques : il est dans le sud, occupé à éteindre les incendies.

Quand même, les gains du loto ont fait basculer des vies. Pas forcément des tempêtes, mais des petites vaguelettes. Comme celle de Josette, livreuse de pain dans la baie de Paimpol, en 1982. Elle est alors mariée à un marin, et craint pour sa vie dès qu'il part en mer. Mais voilà, il n'y a pas le choix. Alors elle prie, part en pèlerinage à Lourdes, pour gagner de quoi lui acheter une petite boutique de vélo. Et toutes les semaines, elle va jouer. La prière a-t-elle marché ? Un jour, c'est le jackpot. Quand Josette apprend qu'elle est multimillionnaire, elle envoie un télégramme à son mari marin, en route vers la Corée du Sud : "Gagné six numéros – Forte somme". Il n'y croit pas. Elle doit le rappeler, et par deux fois, lui reconfirmer. Il rompt son contrat, et rentre au pays.

Bernadette rachète la maison de ses patrons, Alexandre rétrograde le sien

La fortune soudaine a aussi permis à des talents, qui seraient sans doute restés méconnus, de se réaliser. Comme Eddy, 40 ans, grand fan de gros rock. Avec ses 7 millions, en 2005, il a pu s'offrir une guitare et le prof qui va avec. Il a monté son groupe, et a enregistré un CD. Même si le disque n'a jamais atterri dans les bacs, Eddy ne désespère pas de monter, un jour, sur scène. Bernadette, femme de ménage, elle a aussi assouvi ses rêves de grandeur : elle s'est payé un orchestre philharmonique de 200 musiciens, pour l'accompagner sur le CD deux titres qu'elle a enregistré. Elle n'a pas fait décoller le Top 50. Alors elle s'est lancée dans l'écriture, donnant ses conseils pour gagner au loto, s'est acheté un lit plaqué or et un beau manteau de fourrure… Ah, et tant qu'à faire, elle s'est aussi acheté la demeure de ses anciens patrons.

Dans le genre revanche sur le destin, Alexandre, routier dans le Calvados a pu, avec ses 10 millions d'euros, racheter la société de transports dans laquelle il était simple chauffeur. Et rétrograder son patron. En vrai, son ancien chef est plutôt "un bon copain". Reste que la société, qui était en mauvaise passe, n'a pas mieux décollé. Alexandre, qui voulait à tout prix éviter que la dizaine d'employés ne se retrouvent au chômage, a tout de même dû la fermer quelques années après.

Marie envoie des enveloppes anonymes avec de l'argent

Il y a aussi les gagnants qui distribuent l'argent à leur famille, ou, encore mieux, à des associations de solidarité. C'est ce qu'a fait un généreux donateur du Sud-Ouest, qui, sur ses 72 millions récoltés, en a donné 50 à des ONG. Tout ça, dans le plus total anonymat. En Charente, Christian lui, paie chaque année le repas de rentrée aux écoliers de son village. Marie, une agricultrice qui a touché 2, 5 millions en 2012, a choisi d'aider anonymement les gens : "J’envoie directement des enveloppes contenant un ou plusieurs billets à des personnes qui ont un projet", raconte-t-elle dans le livre. Sans leur dire. Parce que "partager, ça me fait plaisir', dit-elle. 

Il est vrai que, souvent, les gagnants ne font pas mentir l'adage : pour vivre heureux, mieux vaut être caché. Et ça a l'air d'être encore plus vrai quand on est fortuné. Xavier, quadra du Sud de la France n'en a même pas parlé à sa famille, les laissant penser qu'il a bien réussi dans les affaires. "C’est pour se protéger. Les gens ont tendance à considérer que notre portefeuille leur appartient", disent aussi Raoul et sa femme, 2 millions en 2003. 

35 ans d'amitié détruites par un million

Car non, l'argent ne fait pas toujours le bonheur. A Villeneuve-sur-Lot, le jackpot a ainsi détruit une amitié de 35 ans. Celle qui liait Cheikh, le patron du bar-tabac à Messaoud, son client. Cheikh a prêté 20 euros à Messaoud pour jouer, ils se sont promis que s'ils gagnaient, ils partageraient. Mais quand le million est tombé, Messaoud a contesté le prêt. L'autre l'a trainé en justice. Ils ne se parlent plus.  

Quant à Philippe, 30 ans, en couple avec Marie-Ange, il a "pété les plombs" quand ils ont gagné 10 millions en 1994 : discrètement, il a viré tout l'argent sur son compte en banque, et est parti mener grand train sur la Côte d'Azur. Sauf que la belle esseulée, enceinte qui plus est, n'a pas voulu lâcher le morceau : Marie-Ange a fini par le rattraper à coups de procès, pour lui faire partager la moitié du gâteau. Finalement, Philippe a fini par s'excuser. Tout est rentré dans l'ordre. Il paraît même que Johnny him les a appelés le jour de leur mariage pour les féliciter. Elle est pas belle, la vie de millionnaire ?

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