Victime de harcèlement de rue, elle dénonce l'indifférence des forces de l'ordre

Victime de harcèlement de rue, elle dénonce l'indifférence des forces de l'ordre

L'HISTOIRE - Mardi dernier, Fatima s’est fait prendre à partie par un jeune homme, qui a fini par l’insulter. Trois policiers sur place se sont contentés d’en rire, affirme-t-elle dans le texte d'une pétition qu'elle a lancée sur change.org. Cette militante féministe y demande que les forces de l’ordre soient sensibilisées au harcèlement de rue.

L’histoire a débuté de manière presque banale. Mardi dernier, en milieu d’après-midi, Fatima sors de la mairie de Paris, traverse le parvis de l’hôtel de ville. Un jeune homme l’apostrophe : "Bonjour, tu fais quoi dans la vie ?" ; Fatima répond : "Pardon, on se connaît ?" - "Non, justement, c’est pour mieux te connaître." Elle rétorque : "Désolée, je ne suis pas intéressée."

Sauf qu’au lieu de la laisser continuer, il s’écrie : "Et cette fois-ci, tu baisses ton t-shirt et tu t'habilles autrement !" Elle répond : "Je m'habille comme je veux !" Fatima raconte la suite : "Il m'a alors hurlé plusieurs insultes dessus, dont "Je baise ta mère !" sous le nez de trois policiers, postés à l'entrée de la mairie."

"Les policiers ont éclaté de rire"

Cette scène, la jeune femme la raconte dans le texte d'une pétition qu'elle vient de mettre en ligne sur Change.org. Face à cette situation qu’elle décrit, elle demande que a police soit "formée" "contre le harcèlement de rue". Car mardi, quand elle est allée voir les agents pour qu’ils "fassent quelque chose", ils ont "éclaté de rire", affirme-t-elle. " À aucun moment ils ne se sont adressés ni n'ont interpellé le harceleur, qui n'a pourtant jamais quitté la place, sinon à la toute fin."

Fatima Benomar n’est pas vraiment une jeune femme lambda : elle est aussi porte-parole du collectif féministe des Effrontées. Elle est donc sensibilisée à ce sujet, et sait comment il faut répondre. Ironie du sort, elle sortait justement ce jour-là d’une réunion avec le cabinet d’Hélène Bidard, adjointe à la mairie de Paris en charge des questions d’égalité hommes-femmes. Alors que le Conseil de Paris et la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, se sont récemment positionnés contre le harcèlement de rue, elle demande à la préfecture de police que ces trois agents soient sanctionnés - elle dit avoir photographié la plaque de leur véhicule - ou "au moins" "sensibilisés" à la question, "afin qu'ils se comportent différemment et surtout qu'ils soient informés, car ils avaient vraiment l'air de ne trouver rien de répréhensible dans toute cette scène... si ce n'est ma réaction !". Le cabinet de la Secrétaire d'état a également tenu à préciser qu'il travaillait "depuis plusieurs semaines avec le ministère de l'Intérieur sur ce sujet".   

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De nombreux témoignages et réactions

La pétition, elle, a passé le cap des 2.000 signatures ce samedi après-midi. Elle bénéficie déjà de soutiens de poids. En premier lieu celui d'Hélène Bidard, qui indique avoir "écrit au Préfet de police de Paris pour l'informer de cet incident grave." Elle a également demandé les mesures envisagées "pour rappeler aux agents qu'ils se doivent d'intervenir face à du harcèlement de rue".  Une autre élue, Dorothée Villemeaux, conseillère municipale PS de Montreuil, a également signé. Elle aussi, "excédée", raconte avoir été "récemment enquiquinée dans le métro par un jeune homme qui m'a rétorqué que je n'avais pas à la ramener parce que j'étais une femme (littéralement). Une fois parmi d'autres fois."

Dans les commentaires des signataires, beaucoup de témoignages de  femmes ayant déjà vécu ce genre de situation. "On m’a agressée et éclatée la tête contre un mur en me soulevant par la gorge au Touquet", raconte Eleonore. "Devant les yeux des policiers. Je suis venue vers eux pour qu’ils fassent quelque chose, ils n’ont rien fait. J’étais scotchée, abasourdie... On veut être protégées ! Des agressions physiques et orales !" Marine, elle, explique signer "parce que ce n'est pas normal, comme d'entendre un policier (lors d'un dépôt de plainte pour agression) dire que 'de toutes façons, il ne faut pas se promener en shorts toute seule le soir mademoiselle'". 

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Depuis son adolescence, Emmanuelle qui a grandi en banlieue et vit aujourd’hui à Paris, assure n'avoir "cessé d’être harcelée même en plein hiver avec doudoune et pantalon !" Marjolaine, elle, a eu plus de chance. "J'ai été sauvée un soir par trois policiers alors que quatre hommes visiblement alcoolisés me harcelaient dans la rue", raconte-t-elle. "Ils m'ont ensuite arrêté un taxi pour que je puisse rentrer chez moi en sécurité. Mon cas ne devrait pas être une exception."

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Sans donc généraliser, les signataires réclament une formation "correcte" pour les forces de l'ordre et leur apprendre comment réagir dans ce genre de cas. "Tous les policiers ne sont pas comme ça", abonde Mathilde. "Mais ils doivent comprendre que c'est important et que c'est leur rôle de faire respecter la loi."

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