Les rats à Paris : faut-il vraiment en faire tout un fromage ?

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RAFFUT - Une vidéo publiée ce lundi 22 janvier 2018 par Le Parisien a relancé la polémique sur la prolifération des rats dans la capitale. Fin décembre 2016, la Mairie de Paris avait pourtant lancé une nouvelle grande campagne de dératisation. Néanmoins, rien ne dit que la population de rats parisiens ait augmenté. Ces rongeurs sont de plus très utiles pour éliminer les déchets et assurer le bon fonctionnement des égouts.

Ils cavalent dans les jardins publics, affluent sur les quais de Seine et squattent les poubelles. A Paris, les rats pullulent… comme d’habitude. Une vidéo réalisée par des éboueurs et postée ce dimanche par le Parisien a remis le rongeur sur le devant de la scène médiatique. Mais y a-t-il vraiment plus de rats ?  "Selon nos études, on compte en centre-ville 1,75 rat pour 1 habitant. Les populations de rats se stabilisent d’elles-mêmes en fonction des ressources vitales disponibles. En cas de surpopulation, les femelles repoussent les mâles et certaines mères peuvent même tuer leurs petits. A Paris, il n’y a absolument pas plus de rats qu’avant", nous confiait, déjà en 2016, Pierre Falgayrac, spécialiste de l’hygiène et auteur de Des rats & des hommes


Si les surmulots, espèce la plus répandue à Paris, ne sont pas plus nombreux, ils sont en tout cas plus visibles. En cause notamment, des modifications de leur environnement : comme la hausse du niveau de la Seine ou des chantiers de travaux publics. "Des travaux d’excavation ont délogé les rats qui se trouvaient dans les égouts. Dérangés par les vibrations, ils sont remontés à la surface", explique Pierre Falgayrac pour expliquer une proliférationle centre de la capitale il y a quelques mois. C’est ce qui a motivé la Mairie de Paris à lancer moultes campagne dératisation dans les lieux les plus touchés comme, en décembre 2016, le square de la Tour Saint-Jacques, dans le IVe arrondissement. 

"Des épisodes de prolifération dans les jardins il y en a tout le temps. On a une augmentation des signalements mais on a du mal à savoir si cela correspond à une réalité objective ou s’il y a un effet d’entraînement", estime, pour sa part, Georges Salines, responsable du service parisien de santé environnementale. Ce spécialiste de l'hygiène, qui n’adhère pas à la méthode de comptage de Pierre Falgayrac, met ainsi en cause la série d’articles alarmistes sur le sujet. Les réseaux sociaux ainsi que les médias français et même étrangers ont, en effet, amplement relayé le phénomène à l’instar du New York Times, du Guardian du Telegraph

Invasion ou pas, entre la tache sur la carte postale et la colère des riverains, la Ville se devait d’agir. Résultat : "On progresse mais difficilement, notamment au niveau de la Tour Saint-Jacques, où l’on est passé d’une situation très sérieuse à une situation plus modérée", déclare Georges Salines, qui admet rencontrer des difficultés dans le processus de dératisation. Pour Pierre Falgayrac, les méthodes employées sont tout simplement inefficaces : "Les appâts empoisonnés aux anticoagulants ne sont consommés que partiellement. Or cette consommation non létale renforce la résistance métabolique et génétique des rats aux anticoagulants". 


Cet inconvénient, Georges Salines le reconnaît tout en assurant ne pas avoir le choix : "Avant nous contrôlions la population en plaçant des appâts empoisonnés en vrac dans les terriers. Mais depuis trois ans nous ne le faisons plus à cause d’une directive européenne visant à protéger les espèces non cibles et en particulier les oiseaux. Nous sommes donc obligés de placer nos appâts dans des boîtes hermétiques mais les rats s'en méfient." 

Les gens qui nourrissent les pigeons et ceux qui jettent leurs déchets par terre représentent un autre problème. De plus, Vigipirate oblige, les poubelles transparentes sont très faciles d’accès pour les bestioles. Enfin, se pose la question de l’heure de ramassage des ordures ménagères. "A Paris, les poubelles sont sorties le soir et enlevées le matin ça revient à mettre le couvert pour les rats, qui vivent la nuit, puis à débarrasser la table", note Pierre Falgayrac. 


Si l’heure de ramassage des ordures ménagères varie selon les arrondissements, au niveau de la Tour Saint-Jacques, les camions passent effectivement au petit matin. Et pour l’heure, il n’est pas prévu que cela change.  

Paris n’est donc pas prêt à se débarrasser de ses rats. Et c'est tant mieux ! "Un surmulot adulte mange 10% de son poids par jour soit une consommation journalière de 25 grammes. Chaque année, un rongeur nous débarrasse de 9 kilos de déchets. Ils assurent également le bon fonctionnement des égouts. En creusant leur terrier dans le limon, ils l’affaiblissent et permettent qu’il soit lessivé lors de forts épisodes orageux. De plus, en circulant entre les grilles, ils évitent qu’elles se bouchent", analyse Pierre Falgayrac. 


Quant aux risques sanitaires, ils sont réels mais minimes. La leptospirose représente la principale maladie transmise par l’urine des rats. "Une fois qu’elle est excrétée dans l’urine, la bactérie survit très peu de temps dans l’environnement sauf si elle se trouve dans un milieu humide, où elle peut survivre pendant plusieurs semaines. A priori il n’y a donc pas de risque pour des enfants qui jouent dans le bac à sable d'un parc où l’urine va se dessécher rapidement", rassure Mathieu Picardeau, chercheur à l’Institut Pasteur. 

Contaminations limitées

Pour être contaminé, il faut donc être en contact prolongé avec un sol souillé. A New York, trois habitants d’un immeuble insalubre ont contracté cette infection bactérienne et l’un d’eux est décédé la semaine dernière. En 2016, deux détenus de la prison de Fresnes ont également été atteints de leptospirose à cause de la présence massive de rongeurs dans l’établissement. 


"En France métropolitaine, 600 cas de leptospirose sont recensés chaque année depuis deux ans. Depuis deux ou trois, nous avons constaté un doublement du nombre de cas mais nous n’en connaissons pas vraiment la raison. Nous ne savons pas non plus si cela est lié aux rats car d’autres animaux, comme le ragondin, peuvent transmettre la maladie", poursuit Mathieu Picardeau en précisant que la leptospirose est beaucoup plus répandue dans les pays tropicaux. 

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Pour contracter une autre zoonose, comme la teigne ou le sodoku, il faudrait être en contact direct avec le rat. "La morsure, ça peut arriver mais dans des situations très particulières quand le rat se sent en danger. Des jardiniers se sont, par exemple, déjà fait mordre", explique George Salines. "Si on lui fait peur ou qu’on l’attaque, il peut mordre mais le risque est très faible.  Les rats sont craintifs. Ils ont le plus petit territoire possible pour se déplacer le moins possible. Généralement, ils fuient l’homme", confirme Pierre Falgayrac. Quant à ceux qui auraient l'idée farfelue - "ça arrive", selon George Salines - de caresser le rongeur, il faut rappeler que cette marque d'affection est formellement déconseillée. A vos risques et périls. 

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