Les règles, un tabou ? Une exposition interroge ce sujet très peu représenté

Les règles, un tabou ? Une exposition interroge ce sujet très peu représenté

MENSTRUATIONS - "La liste est longue des interdits qui s’avèrent souvent cruels, concernant les règles" : ainsi commente son propre travail Marianne Rosenstiehl, une photographe qui a mis en image un sujet très peu représenté dans l’art tout comme dans l’espace social.

Des flots de menstruations de l’artiste allemande Kiki Smith dessinant des trains , aux performances de l’artiste Orlan exposant son vagin pendant la période rouge, en passant par le sang symbolique d’Annette Messager et Christian Boltanski, des artistes se sont essayé à représenter les règles. Mais ces témoignages sont rares, relève Marianne Rosenstiehl, auteure d’une série de photographies sur le sujet exposée en ce moment au Petit espace à Paris . "C’est si rare que ça en est suspect…", fait-elle remarquer.

Car les règles sont toujours une "sécrétion honteuse", nous explique l’enseignante-chercheuse Aurélia Mardon, qui a enquêté sur les discours familiaux et éducatifs des "ragnagnas". Si l’universitaire constate une certaine "banalisation" de ce sujet délicat, elle a aussi observé, de manière concomitante, la persistance d’un discours très négatif. A côté de la petite fille à laquelle sa mère achète un cadeau le jour J, en lui disant "c’est bien tu as grandi", la chercheuse a aussi rencontré nombre de jeunes femmes qui culpabilisaient. "J’étais dégoutée et je m’en suis voulue d’être une fille", lui a dit l’une d’elles. Marianne Rosenstiehl a quant à elle recueilli des témoignages, dont celui d’une femme d’une trentaine d’année qui confiait avoir reçu une "baffe initiatrice".

 

"L’importance du premier message"

De la façon dont l’arrivée des règles est vécue va largement dépendre, ensuite, le dégoût ou l’acceptation ressenti(e). Dans l'exposition, une photo de Marianne Rosenstiehl témoigne de ce passage, intitulée "Premier rendez-vous chez le gynécologue". "Elle représente une toute jeune fille dans une salle d’attente, dans laquelle il y a des miroirs. Ils se reflètent les uns dans les autres et symbolisent le cycle du temps à venir et la transmission d’un message de génération en génération. La petite fille est dans un état de suspension, dans une situation où on va lui transmettre des mots. Je voulais mettre l’accent sur l’importance de ce premier message", raconte la photographe.

Pour dire l’indicible, témoigner de ce qui ne se raconte pas, l’artiste a travaillé autour d’expressions populaires dans toutes les langues, qui sont autant de périphrases pour évoquer les règles : "C’est le moment de la Lune", "j’ai mes affaires", "le général rouge est en ville", "la saison des fraises" ou encore, "les Anglais ont débarqué". Autant de matière poétique, qui donnent au sujet une beauté singulière, comme en témoigne cette photo :
 

"Les tabous liés à la religion ont la peau dure"

Pourquoi toujours un tel tabou autour des règles, alors qu’elles font partie de la vie quotidienne ? Les magazines féminins abordent en permanence le sujet de l'orgasme et du plaisir féminin, mais très peu celui des règles, qui sont pourtant le symbole d’un vrai "pouvoir de fécondité", comme l’explique Aurélia Mardon. Pour la photographe, il y a tout un "enchevêtrement de raisons très complexes", avec, au centre, "l’obscurantisme religieux", toujours présent, de manière consciente ou inconsciente, dans nos mœurs : "Les tabous liés à la religion ont la peau dure".

Peut-être que le fait que les règles soient quelque chose de typiquement féminin, dans ce qu’il y a de plus intime et de plus inaccessible à l’autre sexe, joue-t-il aussi. "Si les garçons avaient leurs règles, ils auraient trouvé un moyen de rendre cela positif", disent en substance, souligne Aurélia Mardon, deux féministes, Ilana Löwy et Catherine Marry, dans Pour en finir avec la domination masculine. De A à Z . Impossible à vérifier…

- "The Curse, la malédiction" de Marianne Rosenstiehl. Exposition au Petit Espace , 15, rue Bouchardon, 75010 Paris, jusqu’au 24 décembre.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

La Mexicaine Andrea Meza sacrée Miss Univers, Amandine Petit aux portes du top 10

EN DIRECT - Covid-19 : deux nouveaux décès associés à AstraZeneca, annonce l'agence du médicament

Amandine Petit aux portes du top 10 de Miss Univers : "C’est un résultat assez incroyable"

EN DIRECT - Proche-Orient : Macron et Sissi "soulignent la nécessité absolue de mettre fin aux hostilités"

Les bénéfices réalisés sur Vinted sont-ils déclarés aux impôts ?

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.