Les terrasses, cette singularité française "où s'expriment la joie de vivre et la liberté"

Les terrasses, cette singularité française "où s'expriment la joie de vivre et la liberté"

SYMBOLE - Après six mois de privation, ils sont nombreux à se réjouir à l'idée de renouer, dès le mercredi 19 mai, avec la tradition du verre en terrasse. Comment expliquer qu'elle soit à ce point ancrée en France ?

"Un verre en terrasse ?" Tombée aux oubliettes pendant près de sept mois, cette petite phrase si chère aux Français promet d'être prononcée de nouveau à tout-va à compter de mercredi, à l'heure des réouvertures, même partielles, des bars et restaurants.

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Symboles forts de notre "vie d'avant", les terrasses sont aussi et avant tout emblématiques de cet "art de vivre à la française" auquel a fait si souvent référence Emmanuel Macron lors de ses allocutions annonçant leur retour. Et ce de longue date, comme l'explique à LCI Joanne Vajda, architecte DPLG, docteure en Histoire et maîtresse de conférences à l'École nationale supérieure d'architecture Paris-Malaquais.

LCI : D'où vient cet attachement des Français aux terrasses des cafés et bistrots ?

Joanne Vajda  : Je dirais qu'il vient avant tout du rapport à la rue. Quand on est installé en terrasse, puisqu'il s'agit d'un espace qui permet de créer une sorte d'intermédiaire entre l'intérieur et la rue, on est à la fois voyant et voyeur, c’est-à-dire dans un rapport qui permet d'observer et d'être observé. Tout en faisant partie du décor. Et donc en ce sens, la terrasse n'est pas seulement utile au consommateur, elle l'est aussi aux passants et aux touristes. Or, si l'on regarde comment cela se passe dans d'autres pays, généralement, ce rapport à la rue n'est pas le même qu'en France. En Allemagne, au Danemark ou en Autriche par exemple, il y a bien sûr aussi des espaces extérieurs et des terrasses, mais souvent un peu cachés, contrairement aux terrasses françaises qui elles sont bien visibles, ouvertes et accessibles à tout passant. N'importe qui peut s'y rendre.

Mais la terrasse et le café sont aussi des lieux de séjour et de sociabilité urbaine puisque ce sont nos lieux de rendez-vous, de travail avec des relations beaucoup moins formelles qu'ailleurs. Et sans doute assistons-nous en ce moment à une sorte de prise de conscience de ce point de vue là.

À quand remonte cette habitude très française ? 

Elle ne date pas d'aujourd'hui. À l'origine, les terrasses se sont développées dans les quartiers où les touristes de passage pouvaient se poser, elles ont pris pas mal d'ampleur entre les deux guerres, comme une espèce de joie de vivre à la française qui se donnait à voir entre les terrasses. Sur les Champs-Élysées notamment, mais aussi dans tous les lieux fréquentés par les touristes en général où elles occupaient pas mal de place sur les trottoirs. 

Dans les années 60, on a vu des quartiers qui ne vivaient que par leurs terrasses avec des tables réservées aux habitués et d'autres à ceux de passages comme à La Palette dans le 6e arrondissement de Paris ou encore le Café de Flore et les Deux Magots. Il y avait un peu ce sentiment, une fois attablé, d'être le roi du monde et, paradoxalement, ce rapport particulier aux passants et aux clients attablés qui donnait le sentiment inverse : d'être un peu tous logés à la même enseigne...

La pandémie qui a frappé de plein fouet ces lieux emblématiques pourrait-elle encore renforcer leur lien avec les Français ?

On l'a vu après les attentats, et aujourd'hui encore avec cette pandémie, les terrasses sont véritablement le lieu où l'on continue à faire la fête et ce, quelle que soit la situation. C'est un lieu où s'expriment la joie de vivre et la liberté, mais qui donne aussi à voir toute la jeunesse et son engagement pour d'autres modes de vie et d'autres façons de faire. En témoignent les terrasses éphémères implantées sur les lieux de stationnement, mais aussi ces lieux insolites destinés à la jeune génération où l'on est debout, il n'y a même plus besoin forcément d'être assis. C'est là encore la preuve de cet attachement des Français à ce symbole que sont les terrasses, mais aussi de cette capacité à rebondir après des évènements difficiles et douloureux. D'ailleurs, on compare souvent cette pandémie à une guerre, mais notons que même pendant la guerre, les cafés et terrasses n'étaient pas fermés...

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En ce sens, cette période pourrait bien nous faire prendre davantage conscience de ce à quoi l'on tient au-delà de la simple question de la consommation, à commencer par nos valeurs, notre rapport à la rue, à la sociabilité, à l'échange. En d'autres termes : combien l'on tient à ces lieux qui nous sont indispensables au quotidien, pour notre travail et notre bien-être, tout simplement. On est tous un peu paumés sans ce lieu incontournable pour se poser ne serait-ce que quelques minutes entre deux rendez-vous, ou pour un apéro...

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