Liens entre les attentats du Caire et du Bataclan : Dude Hoxha entendue par la juge d'instruction

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ENQUÊTE - Elle avait révélé dès 2010 aux policiers qu'un projet d'attentat visait le Bataclan. La française a rendez-vous ce lundi dans le bureau d'une juge antiterroriste. Un interrogatoire attendu par les familles de victimes qui veulent savoir si les services de renseignement auraient pu déjouer les attaques de novembre dernier.

C’est un interrogatoire très attendu par les familles de victimes. Mais qui risque de pointer l'inertie des autorités policières. La première femme à avoir évoqué devant les services de renseignement, dès octobre 2010, une attaque terroriste ciblant le Bataclan doit être entendue ce lundi 7 mars dans le cadre de l'enquête sur l’attentat du Caire. Selon les éléments recueillis par metronews, Dude Hoxha, une française d’origine albanaise mise en examen pour soutien financier présumé dans ce dossier, va être interrogée par la juge d’instruction en charge de l’attaque terroriste du 22 février 2009. Au cours de cet attentat, qui a visé dans la capitale égyptienne un groupe de lycéens de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), une de leur camarade, Cécile Vannier, 17 ans, y a trouvé la mort.

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Les soupçons de l’implication de Dude Hoxha dans l’attentat du Caire remontent à mai 2009. La Sécurité d’Etat égyptienne interpelle sept personnes dont la française, déjà connue des services antiterroristes français pour sa proximité avec les activistes islamistes. Extradée vers l'Hexagone en mars 2010, elle est placée sous surveillance. Quelques mois plus tard, les policiers de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI) l’interpellent et la cuisinent pendant 96 heures. Et s’intéressent surtout à son carnet intime qu’elle avait rédigé lorsqu’elle était en prison au Caire. Du fond de sa geôle, Dude Hoxha écrivait dans son carnet que Farouk Ben Abbes, arrêté lui aussi par la police égyptienne, avait "pour projet de faire exploser le Bataclan, à Paris". La raison ? "Sûrement que le patron est un juif qui finance l’armée israélienne et que ça ferait un trou dans les caisses", écrivait-elle, désapprouvant par ailleurs le dessein de son acolyte.

Première audition depuis les attentats du 13 novembre

Cette page de carnet a été versée à la procédure de l’attentat du Caire en octobre 2010. Autant dire que depuis cette date, la justice française et surtout les services de renseignement connaissaient l’existence d’un projet d’attaque dans la salle de spectacle. "Pourquoi le Bataclan n’a-t-il pas été sécurisé ?", questionne un proche du dossier. Et surtout, "pourquoi le renseignement contenu dans ce carnet n’a-t-il pas été davantage exploité ?", poursuit notre source. Farouk Ben Abbes, l’homme désigné par Dude Hoxha dans son journal intime, a bénéficié d’un non-lieu après avoir été dans un premier temps mis en cause pour ces menaces visant le Bataclan. L’homme, un proche des frères Clain, ceux qui ont revendiqué au nom de Daech les attaques du 13 novembre, est assigné à résidence depuis les attentats dans le cadre de l’état d’urgence. Mais, malgré toutes ces connexions, il n’a pas encore été entendu dans l’enquête sur les attentats de Paris et de Saint-Denis.

"C’est la première fois que Dude Hoxha est questionnée depuis les attentats du 13 novembre. On espère qu’elle va être interrogée sur la nature des liens des différents protagonistes de ce dossier et de ceux du 13 novembre. Elle a forcément des choses à dire", avance auprès de metronews Marion Lissot, l’avocate de la famille Vannier. Parmi les rapprochements les plus flagrants, figure le lien entre Farouk Ben Abbes et Fabien Clain, le Français qui a revendiqué les attentats de novembre. Selon nos informations, il est établi que Farouk Ben Abbes a porté un soutien, a minima financier, à ce redoutable prédicateur lorsqu’il se trouvait en Egypte en sa compagnie. Fabien Clain, qui est par ailleurs impliqué dans le projet terroriste de Sid Ahmed Ghlam à Villejuif, était aussi, avec son frère, un intime de Mohamed Merah. "On dit que l’affaire Merah marque le retour du djihadisme visant des Français. C’est faux, les premières victimes françaises sont celles du Caire, dès 2009", appuie-t-on dans l'entourage des anciens lycéens.

Des ponts entre le Caire et le Bataclan

Un autre nom de fratrie connu dresse un pont direct entre l’attentat du Caire et celui de Paris. Il s'agit des frères Dahmani. L’aîné, Mohamed, a été entendu comme témoin dans l’enquête sur l’attentat qui a tué Cécile Vannier en 2009. Or son petit frère, Ahmed, avait été contrôlé le 4 août 2015 en compagnie de Salah Abdeslam dans un bateau entre la Grèce et l’Italie. Il a ensuite été interpellé en Turquie, quatre jours après les attaques du 13 novembre, alors qu’il projetait de rejoindre les rangs de Daech.

Dude Hoxha sera très certainement interrogée sur cette batterie de noms qui gravitent dans la galaxie franco-belge des terroristes. "C’est l’occasion ou jamais de comprendre leurs relations", espère-t-on du côté des parties civiles. D’autant que celle qui est aujourd’hui sous contrôle judiciaire "coopère avec la justice", appuie son avocat Pascal Garbarini. "Elle a dénoncé dans son journal intime ce projet d’attentat. Et elle n’a cessé de s’en détacher tout au long de l’instruction et réprouve ces faits", précise-t-il auprès de metronews. "Elle parlera à nouveau sans difficulté, elle est très claire dans ses propos", promet-il. Selon nos informations, la juge d’instruction devrait recevoir les parties civiles "dans la foulée" de l’interrogatoire. Avant de clore l’enquête dans les prochains mois.

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