Limitation à 80 km/h : pour 40 millions d’automobilistes, la mesure n’a pas réduit le nombre d'accidents

Limitation à 80 km/h : pour 40 millions d’automobilistes, la mesure n’a pas réduit le nombre d'accidents

DirectLCI
VITESSE - D’après l’association d’automobilistes, la limitation de vitesse n'a pas permis de réduire la mortalité routière sur les tronçons concernés au cours des 18 premiers mois de l'expérimentation.

RN 57 entre Échenoz-le-Sec et Rioz : bilan "très mauvais". RN 7 entre Gervans et Bourg-lès-Valence : bilan "non significatif". RN 151 entre Auxerre et Varzy : bilan "mauvais". Voilà les conclusions générales que dresse 40 millions d’automobilistes, sur les trois tronçons sur lesquels a été mise en œuvre, depuis 2015, l’expérimentation à 80 km/h sur les routes du réseau secondaire. Pas convaincue. L'association va même plus loin : selon elle, il y aurait même une "augmentation de 10%" de l'accidentalité sur les tronçons de routes concernés entre 2012 et 2016.


L’association de défense des automobilistes a en effet dressé le bilan de l’expérimentation des routes à 80 km/h en s’appuyant sur les données officielles des Bulletins d'analyse des accidents corporels de la circulation (BAAC). "Malgré les demandes multiples formulées à la fois par les associations impliquées dans la sécurité des routes et les élus locaux, le gouvernement a toujours refusé de communiquer les données d'accidentalité recueillies au cours de l'expérimentation", indique dans un communiqué Daniel Quéro, président de 40 millions d'automobilistes. "Nous étions donc en droit de nous interroger sur les véritables intentions du gouvernement ; c'est ce qui a motivé notre démarche."

Efficace ou pas ?

Selon 40 millions d’automobilistes, l’analyse des données montre que l’abaissement de la vitesse à 80 km/h n’a pas permis de réduire le nombre d’accidents, et plus particulièrement le nombre d’accidents mortels. Sur certaines portions, l’accidentalité est même en augmentation depuis la mise en œuvre de l’expérimentation. "L’année 2016, première année pleine de l’expérimentation à 80 km/h sur ces axes voit l’ensemble des indicateurs repartir à la hausse", explique l'association. "Trente blessés sont alors à déplorer, soit autant qu’en 2013, plus qu’en 2012 (26) et non loin de 2014 (31). 2016 est aussi la deuxième plus mauvaise année, après 2013 et 2014, en termes de personnes hospitalisées et de nombre de tués sur ces axes."


"En comparaison des données de mortalité routière relevées à l’échelle nationale, les statistiques issues de l’accidentalité des 86 km de routes secondaires révèlent l’inefficacité de cette mesure", écrit encore l'association.

Bataille de chiffres pour débat politique

La bataille de chiffres est donc lancée. Le 9 janvier dernier, le Premier ministre Edouard Philippe avait déclaré que "l'accidentalité [avait] diminué" durant l'expérimentation, citant notamment une baisse de 25% des accidents et de 50% de tués. Mais Pierre Chasseray, délégué général de l'association, affirme que "le gouvernement à tordu les chiffres pour faire dire à l'expérimentation ce qui les arrange". Il demande à Édouard Philippe "de renoncer à la mesure de généralisation des 80 km/h" qui devrait entrer en vigueur au 1er juillet. Le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, lui a répondu, contestant "le sérieux" des résultats de l'étude. Contrairement au gouvernement, l'association, dit-il, "n'a pas retenu les années 2010 et 2011 car elles étaient bonnes" en termes d'accidentalité.


Cette étude relance en tout cas les manifestations de mécontentement autour de cette mesure. "C'est une mesure stupide", a ainsi jugé le sénateur (LR) de la Vienne, Alain Fouché. "Le gouvernement, à un moment, va être obligé d'écouter. Il ne peut pas prendre de résolution contre l'avis populaire", a-t-il déclaré lors d'un point presse commun avec 40 millions d'automobilistes et la Fédération française des motards en colère (FFMC). Un groupe de travail sénatorial, dont les travaux ont commencé mardi, doit rendre ses conclusions courant avril, après avoir "évalué l'efficacité et l'impact" de la mesure. Selon le gouvernement, l'abaissement de 90 km/h à 80 km/h de la vitesse maximale sur 400.000 km de routes secondaires à double sens sans séparateur central permettrait de sauver de 350 à 400 vies par an. 

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter