Limiter la vitesse à 80 km/h baissera-t-elle le nombre de morts sur les routes ? Ce que disent les statistiques des accidents

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SÉCURITÉ ROUTIERE - Le projet du gouvernement de limiter la vitesse à 80 km/h sur route au 1er juillet continue de provoquer la fronde des élus locaux et des associations de motards et d'automobilistes. L'expérimentation déjà menée ne permettant pas de tirer des conclusions, le bilan de l'accidentalité routière peut aider à se faire une opinion. La vitesse est directement en cause dans 29% des accidents mortels hors agglomération.

C'est l'une des réformes du gouvernement qui suscite le plus de passion depuis de début de l'année. Et, selon certains sondeurs, l'une des principales raison du décrochage de l'exécutif dans l'opinion... La limitation de vitesse à 80 km/h (contre 90 km/h actuellement) sur les routes à double sens sans séparateur central à compter du 1er juillet suscite une fronde commune d'élus locaux, associations d'automobilistes et de motards, dont l'association 40 millions d'automobilistes qui conteste les bénéfices de la décision. 


Si le gouvernement et les acteurs de la sécurité routière argumentent depuis plusieurs semaines en faveur de cette mesure, il ne peuvent pas s'appuyer pour cela  sur l'expérimentation menée par le gouvernement précédent, entre 2015 et 2017, sur 86 kilomètres de tronçon... Alors que le réseau de routes secondaires représente 400.000 km. Une expérimentation beaucoup trop restreinte, de l'aveu même des organismes chargés de l'analyser, pour en tirer des enseignements fiables en matière d'accidentologie. Pour étayer son argumentaire, le gouvernement a donc choisi d'appuyer sa campagne d'information sur l'effet de mesures antérieures, comme la multiplication des radars depuis 15 ans, sur la mortalité routière. 

La campagne "pédagogique" indique également que "2 personnes tuées sur 3 le sont sur les routes hors agglomération", et qu'une réduction de la vitesse sur les routes à double sens permettrait de sauver "350 à 400 vies chaque année". 

Ce que disent les statistiques

Si l'expérimentation de 2015-2017 n'a pas permis de mesurer correctement l'effet d'une réduction de 10 km/h sur ces routes (le rapport mentionne malgré tout une diminution de 11 à 9 accidents corporels par an sur cette période), on sait que cette baisse peut avoir un impact avéré. Ce fut notamment le cas du boulevard périphérique parisien, où le passage de 80 à 70 km/h en 2014 - malgré d'innombrables critiques à l'époque - a permis de réduire de 13% le nombre d'accidents, selon la préfecture de police. D'autres études ont été menées par le passé, montrant qu'une baisse de 10% de la vitesse réduisait de 10% les accidents matériels, de 20% les accidents corporels, et de 40% le nombre de décès. 


Par ailleurs, les statistiques de l'accidentalité donnent quelques informations complémentaires sur le rôle de la vitesse sur ces axes. Selon le dernier bilan annuel de la Sécurité routière, qui porte sur l'année 2016, les routes hors agglomération représentent pas moins de 63% de la mortalité routière, soit 2.188 personnes tuées en un an. La mortalité a connu une hausse de 0.6% par rapport à 2015, alors qu'elle avait diminué de 50% entre 2000 et 2010 sur ces axes qui ont été notamment équipés de radars. 


Les routes bidirectionnelles, concernées par le passage à 80 km/h au 1er juillet, représentent à elles seules 87% de la mortalité sur les routes hors agglomération, soit plus la moitié de la mortalité routière en France. Sur les 2188 personnes tuées en 2016, 1771 l'ont été sur routes départementales et 258 sur des routes nationales. 

Des causes variées, la vitesse récurrente

Sur ces axes, 1362 automobilistes et 372 motocyclistes ont été tués en 2016, et quatre victimes sur dix avait entre 18 et 34 ans. Les accidents sans tiers représentaient 38% des accidents mortels (bien supérieur à la moyenne européenne, selon l'ONISR), contre 42% pour les chocs impliquant deux véhicules. Enfin, la plupart de ces accidents se sont produits le jour (61% des cas).


Parmi les principaux facteurs invoqués dans ces accidents mortels : l'inexpérience, la vitesse, l'alcool et le défaut de maîtrise d'un nouveau véhicule. Ainsi, dans 29% des accidents étudiés, la vitesse a été à l'origine de l'accident. Cela dit, l'ensemble des causes mentionnées ci-dessous sont cumulables, et la vitesse peut également apparaître comme un facteur aggravant sans être la première cause directe. 

La France mauvaise élève

Enfin, une étude inédite dévoilée dimanche par le JDD, conduite par le professeur Claude Got et présentée au Sénat, s'est donnée pour objectif d'évaluer l'intérêt de la baisse de 10 km/h souhaitée par le gouvernement, en analysant la base de données du ministère de l'Intérieur et le nombre de morts pour 1 million d'habitants sur les routes de campagne. Il a conclu à une forte surmortalité dans les zones rurales les plus concernées par ces routes bidirectionnelles sans séparation centrale. 


A l'échelle européenne, les routes hors agglomération représentaient, en 2016, 55% des accidents mortels, selon des chiffres communiqués par l'Union européenne. Globalement, la mortalité routière tend à diminuer au sein des Etats-membres, alors qu'elle augmente à nouveau en France depuis 2014. 

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