Limiter le réchauffement à 1,5°C, c'est encore possible et ça peut faire une grande différence, selon le Giec

SOCIÉTÉ

ENVIRONNEMENT - Commandé lors de la COP21 à Paris, le nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), basé sur 6.000 études scientifiques, a étudié l'objectif d'un réchauffement climatique limité à 1,5°C. Il dessine une petite fenêtre pour l'atteindre et éviter un réchauffement autrement plus dévastateur.

Peut-on raisonnablement espérer que le réchauffement climatique se limite à 1,5°C, sachant que la barre des 1°C a déjà été franchie ? Le nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) s'est penché sur la question, et les délégués des États de l'ONU en prennent connaissance à partir de ce lundi en Corée du Sud. Le texte, dont le résumé doit être approuvé dans la semaine par les représentants des pays du monde entier, explique qu'entre 1,5°C et 2°C, les effets du réchauffement climatique seront bien différents, et que les options sont limitées si le monde veut rester sous ce seuil. 

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Pourquoi ce nouveau rapport ?

Pourquoi ce chiffre de 1,5°C ? Pour le comprendre, il faut revenir à la COP21, qui a eu lieu à Paris fin 2015. Elle avait abouti à l'accord de Paris, dans lequel les pays s'engagent - mais sans contrainte juridique - à limiter le réchauffement "bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels". Mais l'accord vise également à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C". Cette dernière revendication était notamment portée par de petits États insulaires, très menacés par le réchauffement climatique.

"Il y a trois ans, il n'y avait pas beaucoup de littérature scientifique sur un réchauffement à 1,5°C," explique à l'AFP Jim Skea, professeur à l'Imperial College de Londres et co-président du Giec. Le rapport présenté cette semaine aux représentants des pays de l'ONU et qui doit être rendu public le 8 octobre, permet ainsi de faire un état des lieux de la science à partir de l'hypothèse d'un réchauffement de 1,5°C. Il a été rédigé par 86 auteurs de 39 pays, sur la base de 6.000 études scientifiques.

Que dit ce rapport ?

Des versions provisoires du rapport indiquent qu'il existerait une nette différence d'impacts entre des réchauffements de 1,5 et de 2°C, et ce partout, qu'il s'agisse d'ampleur des canicules, de précipitations, d'extinctions d'espèces, de productivité agricole ou de perte du permafrost, le sol gelé situé dans les hautes latitudes.

Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par l'homme gardent leur rythme actuel, le réchauffement terrestre moyen dépassera +1,5°C d'ici environ 2040. Ensuite, le passage à un réchauffement de +2°C aurait des impacts irréversibles sur certaines espèces de plantes et de vertébrés.

Comment limiter le réchauffement à 1,5°C ?

Selon le rapport, la stabilisation du réchauffement à 1,5°C exige d'arriver à une neutralité en émissions de CO2 (issues à 80% de la combustion des énergies fossiles) au milieu du siècle. Le résumé provisoire du rapport suggère aussi que le maximum des émissions mondiales de CO2 soit atteint en 2020. Ces émissions ont augmenté entre 2016 et 2017, après trois années de stagnation.

Avoir une économie mondiale neutre en carbone d'ici le milieu du siècle, ça signifie ne plus émettre dans l'atmosphère plus que ce que nous sommes capables d'en retirer. Le rapport du Giec ajoute qu'il faudrait également les autres GES, notamment le méthane, qui a des propriétés très réchauffantes. Les chances de succès pour stabiliser le réchauffement à 1,5°C sont accrues si la neutralité carbone est atteinte d'ici 2030.

   

Comment atteindre le plus rapidement cette neutralité carbone ? Le Giec souligne qu'il n'y a "pas de réponse simple" à la question de la faisabilité, mais les scientifiques expliquent que la transition doit être "rapide et vaste", dans les dix ou vingt ans à venir. La méthode la plus sûre consiste à réduire très rapidement les émissions de GES, estiment les experts. Ces derniers ont en effet intégré des procédures d'absorption du CO2 (par les sols et forêts notamment) dans leurs scénarios pour rester à +1,5°C. Mais en l'état actuel des connaissances, le captage et le stockage de CO2 à très grande échelle n'est pas maîtrisé par les industriels.

Quelle est la suite ?

À partir de ce lundi et jusqu'à vendredi, les représentants des États de l'ONU sont réunis à Incheon, en Corée du Sud, et sont appelés à approuver par consensus le "résumé à destination des décideurs", rédigé par les experts et qui leur sera présenté ligne par ligne. Les Etats ne sont pas censés toucher au fond du résumé, mais des échanges serrés peuvent avoir lieu sur les formulations, anticipent les habitués du processus selon l'AFP. Cet été, une soixantaine de gouvernements ont émis 3.600 commentaires sur la version préliminaire, selon la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui co-présidera la session coréenne du Giec. "Pour le moment ça reste constructif", ajoute-t-elle.

En décembre 2018, un autre rendez-vous d'importance va avoir lieu : les négociations climat de la COP24, prévue en Pologne. Les pays de l'ONU doivent y entamer un processus de révision de leurs engagements pris lors de la COP21 de 2015, car ces engagements - s'ils sont tenus - mèneraient le monde à un réchauffement de +3°C.

Au fait, comment fonctionne le Giec ?

Depuis trente ans, le Giec dresse une synthèse régulière des connaissances scientifiques et a notamment établi le rôle des activités humaines dans les dérèglements climatiques. Son rôle-clé dans la prise de conscience de l'ampleur du changement climatique a été récompensé par un prix Nobel de la paix en 2007.

Le Giec dispose d'une équipe permanente d'une dizaine de personnes à Genève, mais son fonctionnement repose sur les contributions bénévoles de milliers de scientifiques de nombreuses disciplines : climatologues, spécialistes de l'atmosphère, océanographes, économistes, etc. Les rapports du Giec sont basés sur les études existantes et rédigés par plusieurs équipes d'auteurs. Elles font l'objet de versions préliminaires successives, soumises à examen et commentaires des chercheurs ou des experts des gouvernements. "Nous n'avons pas un parti pris, on n'essaie pas de parlementer dans une direction ou une autre", affirme son porte-parole Jonathan Lynn.

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