Liquidation judiciaire et désamour des villes : le cirque, bientôt le baisser du rideau ?

Liquidation judiciaire et désamour des villes : le cirque, bientôt le baisser du rideau ?

CLOWN TRISTE - Le cirque Pinder, depuis le 2 mai dernier, est placé en liquidation judiciaire. Une situation compliquée due à un chiffre d'affaires en berne, dans laquelle se reconnaissent d'autres grands cirques traditionnels. Alors le cirque est-il mort en France ? Pas si simple...

Quatre spectacles annulés en mai. C'est la conséquence directe du placement en liquidation judiciaire du cirque Pinder, le 2 mai dernier. Une décision prise par le propriétaire lui-même - Gilbert Edelstein - qui se justifie ainsi selon Ouest France : "En mars et en avril, notre chiffre d'affaires a baissé de plus de 60%". 

Mythiques eux aussi, les cirques Gruss, Bouglione et Medrano indiquent également être dans une situation périlleuse. Les établissements Gruss et Medrano confirment d'ailleurs à LCI avoir signé un courrier commun adressé au président de la République, avec Pinder et Bouglione, pour "faire part de [leurs] difficultés". "Quand Pinder trébuche, le cirque tousse" : cette petite phrase qui circule dans le milieu circassien est-elle avérée ?  Même s'il "n'est pas mort", la déroute du cirque Pinder incarne-t-elle une crise profonde du cirque en France ? 

Un cheval par-ci, des oies par-là...

En réalité, ce n'est pas aussi simple. D'abord, il n'y a pas en France un cirque... mais des cirques. Il faut en effet distinguer le cirque classique - type Bouglione, Gruss, avec son chapiteau et ses animaux sauvages - du cirque nouveau, ou contemporain. Diffusé entre autres dans des salles ou des théâtres, celui-ci a en outre fait sortir les animaux dits exotiques de ses numéros pour ne garder, de temps à autres, que des chevaux ou quelques oies, par exemple.

Deux sortes d'entreprises, bien différentes, qui, selon Emilie Salamero, enseignante-chercheuse à l'université de Poitiers et spécialiste du cirque contemporain, n'ont pas du tout les mêmes difficultés, ni la même situation. Alors que le cirque classique est une entreprise privée qui doit faire des représentations pour vivre, les compagnies de cirque contemporain peuvent s'illustrer dans des scènes subventionnées ou grâce au label des pôles nationaux cirques (PNC) explique-t-elle encore à LCI. 

Un plan de sauvetage du cirque

Trop tôt, donc, pour parler d'une crise du cirque en général. En revanche, pour la chercheuse, il est bien question d'un modèle circassien qui en concurrence un autre, et ce depuis un petit moment. Le changement de décor remonte aux années 1970 et à la création des premières écoles professionnelles. Dès lors, les difficultés reviennent en boucle : La situation pour les cirques dits traditionnels semble cyclique depuis les années 1960-1970" reprend Emilie Salamero. "Ils sont longtemps restés en marge des politiques publiques en matière de culture". Dans les années 1970, Valery Giscard d'Estaing a bien mis en place un plan de sauvetage du cirque, mais aujourd'hui, le ministère de la Culture se tourne davantage vers les créations contemporaines.  Il accompagne le renouveau de la profession." Par exemple, le syndicat des cirques et compagnies de création indique sur son site que les structures en pôle nationaux cirques ont obtenu en 2016 près de 3,5 millions d'euros  d'aides de l'Etat.

À une économie fragile qui dure depuis plus de quarante ans, s'ajoute aussi parfois quelques coups de vents ponctuels. Des problèmes conjoncturels qui viennent faire trembler l'équilibre fragile du paysage du cirque en France. Depuis peu, l'opinion publique semble s'être saisie du débat sur la présence d'animaux dits exotiques dans les cirques. Une question qui a une influence directe sur les lieux d'accueil pour les chapiteaux. À Paris, par exemple, la municipalité a choisi d'interdire les cirques avec animaux. Et même si la France n'a pas encore emboîté le pas, la tendance est claire dans le reste de l'Europe, où 18 pays rejettent désormais les représentations d'animaux sauvages.

Désengagement des communes

Dans le portefeuille des directeurs de cirques, la différence est visible. Raoult Gibault, directeur du cirque Medrano, constate effectivement une augmentation des frais d'itinérance : "Certaines communes se désengagent", explique-t-il à LCI. "Résultat, on se retrouve à devoir louer très chers des emplacements dans les parcs expo. Moi par exemple, je paie autant pour un emplacement de plusieurs semaines à Lyon, que pour deux jours dans un parc expo..." Selon Raoult Gibault et Gilbert Edelstein, patron de Pinder, les frais de sécurité liés aux attentats, le prix du gazole en augmentation ou encore le passage à la semaine de 4,5 jours ont fait le reste... 

Toutefois, pas question pour le directeur de Medrano de construire des chapelles dans le monde du cirque. "Il ne faut pas opposer le cirque traditionnel et le cirque contemporain", indique-t-il. Optimiste, il ajoute : "On rebondira, depuis 2016, une mission interministérielle est ouverte, on sait qu'une prise de conscience de l'Etat est en cours."

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