Logement insalubre : harcelée par son propriétaire, une habitante de Puteaux va être relogée

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LOGEMENT INDIGNE - Janine, 51 ans, vit depuis des années avec sa fille handicapée dans un logement insalubre à Puteaux. Elle n'a pas les moyens de quitter les lieux, et son propriétaire multiplie les pressions pour la faire déguerpir. Contactée par "metronews", la préfecture des Hauts-de-Seine vient enfin de s'engager à lui "proposer rapidement" un logement digne de ce nom.

"On n'est pas en Syrie ici, c'est une honte !" Pour rentrer chez elle, Janine Sancé, 51 ans, doit se frayer un chemin à travers les détritus que son propriétaire entasse depuis des années dans l'arrière-cour. Récemment, il a même envoyé une escouade d'ouvriers, pour sceller l'entrée principale de l'immeuble. Mais grâce à l'aide de ses voisins, Janine a réussi à détruire le muret.

Ce conflit entre Janine et son propriétaire dure depuis des années. En avril 2011, cet immeuble de Puteaux (Hauts-de-Seine) a été déclaré insalubre. Mais le propriétaire n'a jamais voulu engager les travaux de remise aux normes. Le nouvel acquéreur, un promoteur immobilier qui a pignon sur rue, ne souhaite qu'une chose : que Janine quitte les lieux au plus vite, pour détruire l'immeuble et reconstruire des résidences flambant neuves.

Janine n'a même plus l'eau courante

Mais la quinquagénaire, qui vivote de petits ménages, n'a pas les moyens de partir. Alors, elle croupit dans ce logement indigne, avec sa fille handicapée âgée de 28 ans. Pour faire la faire déguerpir, le propriétaire a même fini par couper l'eau. C'est donc le fils de Janine qui la ravitaille régulièrement en eau, puisée à la fontaine du coin, qu'elle stocke dans sa baignoire.

A metronews, Janine raconte son calvaire quotidien. "Même le médecin ne veut plus mettre les pieds chez moi", se désespère-t-elle, les bras boursouflés de psoriasis. "C'est le stress qui me donne plein de problèmes de santé. Je suis en train de mourir, et personne ne fait rien pour moi", fulmine-t-elle, en ravalant ses larmes.

La mairie récemment épinglée pour sa gestion du logement social

C'est Christophe Grébert, élu MoDem au conseil municipal de Puteaux, qui a le premier attiré l'attention sur les conditions de vie dégradantes de Janine. "Que fait la mairie ? Si elle avait la volonté de résoudre ce dossier, elle lui trouverait un logement dans les deux jours", s'indigne-t-il, contacté par metronews.

Pour cet opposant à la maire LR de la ville des Hauts-de-Seine, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, le cas de Janine "illustre parfaitement la situation à Puteaux, telle que décrite par l'Ancols [l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), chargée d’inspecter les bailleurs sociaux, ndlr]".

Dans un rapport publié le 12 juillet dernier, l'établissement public épingle la "gouvernance défaillante", les "irrégularités" et les "manquements graves dans le processus d'attribution des logements" de la maire de la ville des Hauts-de-Seine. Alors que 20.000 demandeurs attendent un logement social à Puteaux, la ville, via son office HLM, préfère attribuer les logements à un public plutôt favorisé. Seuls 2,15% des 1400 logements attribués entre 2009 et 2013 sont allés aux bénéficiaires du droit au logement opposable (Dalo), bien loin des 15 % assignés par l’Etat.

En 2011, la justice avait enjoint à la préfecture de reloger Janine

Janine, pourtant, a été reconnue éligible au Dalo dès le mois de février 2010. Du côté de la mairie de Puteaux, on affirme qu'elle n'en serait plus bénéficiaire. "Cette dame n'est plus Dalo, elle n'apparaît plus comme telle dans nos fichiers. La préfecture ne nous a pas soumis son dossier", assure le cabinet de la maire, joint par metronews. "La préfecture avait d'ailleurs une obligation de la reloger depuis 2011. Que répond-elle?" 

Dans un jugement rendu le 4 février 2011, consulté par metronews, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a bien enjoint à la préfecture des Hauts-de-Seine de reloger Janine Sancé, sous peine d'astreinte de 20 euros par jour. Contactée, l'administration n'a pas souhaité répondre à nos questions, mais a promis, dans un communiqué laconique, que "la préfecture, en lien avec la ville de Puteaux, [allait] veiller à proposer très rapidement à cette personne un logement adapté à sa situation". En revanche, il n'est pas précisé si Janine sera bien relogée à Puteaux même.

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