Loi immigration : les avocats du droit d'asile, en grève depuis deux mois, demandent au gouvernement de "revoir sa copie"

Loi immigration : les avocats du droit d'asile, en grève depuis deux mois, demandent au gouvernement de "revoir sa copie"

DirectLCI
INTERVIEW - Les avocats du droit d'asile sont en grève depuis près de deux mois pour dire leur opposition au projet de loi Asile et Immigration porté par Gérard Collomb. Un texte qui, selon eux, "porte atteinte au droit d'accéder à la justice et au respect de la personne humaine". Elodie Journeau, avocate au barreau de Paris qui participe au mouvement, répond aux questions de LCI.

Ils ne décolèrent pas. Les avocats du droit d'asile, membres de l'association Elena qui intervient devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), ont annoncé ce vendredi la poursuite de leur grève, mouvement qui dure depuis près de deux mois. "Les avocats du droit d'asile ont reconduit leur grève jusqu'au 16 avril pour le moment et des amendements rédigés par notre association seront bientôt discuté par la Commission des Lois", nous indique-t-on.


L'association Elena dénonce le projet de loi du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, déplorant entre autres la diminution des délais pour les recours, la multiplication des décisions rendues par ordonnance et l'utilisation de la visio-conférence. Pour mieux comprendre leurs revendications, nous avons interrogé Elodie Journeau, avocate au barreau de Paris et membre de l'association.

En vidéo

Les mesures qui fâchent dans le projet de loi asile et immigration

LCI.fr : Vous faites partie de l’association Elena-France, qui réunit les avocats plaidant à la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Depuis combien de temps faites-vous grève et pourquoi ?

Elodie Journeau : Les membres d’Elena France et des avocats non affiliés, soutenus par de nombreux barreaux, syndicats et associations impliqués dans la défense des étrangers, sont en grève depuis le 12 février dernier. Nous avons également manifesté le 21 février et le 7 mars contre certaines mesures du projet de loi asile et immigration.

LCI.fr : Que reprochez-vous à cette loi ?

Elodie Journeau : Nous lui reprochons de porter atteinte aux droits des demandeurs d’asile. Ses auteurs prétendent qu’avec les nouvelles mesures proposées, nous parviendrions à protéger plus vite "ceux qui le méritent" et à expulser plus efficacement "ceux qui ne le méritent pas". Dans le détail, nous refusons la réduction des délais procéduraux qui visent à diviser par deux environ la durée moyenne d’une demande d’asile. Nous refusons les modalités prévues de notifier à l'étranger la décision de rejet "par tout moyen, y compris électronique, garantissant la confidentialité. Nous sommes également opposés à la limitation du droit au séjour pendant la procédure après notification du rejet de l'Ofpra, ainsi qu'à la généralisation des systèmes de visioconférence. Enfin, nous refusons l’augmentation du délai maximum de rétention. Toutes ces mesures portent atteinte au droit d'accéder à la justice et au respect de la personne humaine.

Nous souhaitons qu’il revoit sa copie et prenne en compte la réalité du terrain, l'opinion des professionnels de la matière, avant de se précipiter dans une nouvelle loi au nom de 'l'efficacité'Elodie Journeau, avocate à la CNDA

LCI.fr : Concrètement, que demandez-vous au gouvernement ?

Elodie Journeau : Nous souhaitons qu’il revoit sa copie et prenne en compte la réalité du terrain, l'opinion des professionnels, avant de se précipiter dans une nouvelle loi au nom de "l'efficacité".

LCI.fr : Les agents de la CNDA ont mis fin à leur grève le 12 mars dernier après 28 jours de mobilisation. Vous avez décider de continuer. Avez-vous les mêmes revendications ?

Elodie Journeau : Non. Les agents de la CNDA ont des revendications statutaires qui leurs sont propres et nous rejoignent en essence sur les mesures que nous contestons. Nos revendications portent uniquement sur le contenu de la loi.

LCI.fr : Irez-vous jusqu'au bout ?

Elodie Journeau : Nous tiendrons aussi longtemps que possible et recommencerons s'il le faut, afin que ce projet de loi n'aboutisse pas en l’état. Nous souhaitons ouvrir les yeux des élus et de l’opinion sur la manière dont on entend traiter des personnes vulnérables, au motif qu'il faudrait les trier plus vite pour accorder moins de droits à ceux qui "ne le mériteraient pas". Nous voulons ouvrir une voie de dialogue, que chacun puisse s'interroger sur la situation du monde. Nous voulons faire comprendre que nous parlons de personnes qui fuient leur pays et qui ne doivent plus d'être instrumentalisés pour faire peur aux électeurs ou pour servir de variable d'ajustement lorsqu'un représentant politique est en manque de popularité.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter