Loi "Sécurité globale" : trois questions sur la photo d'un policier visé par un engin explosif à Paris

Loi "Sécurité globale" : trois questions sur la photo d'un policier visé par un engin explosif à Paris

DÉBORDEMENTS - Lors des manifestations contre la loi "Sécurité globale" ce samedi à Paris, une cinquantaine de policiers a été blessée, a annoncé la préfecture de police. Une photo de l'AFP laisse imaginer que l'un d'entre eux aurait même pris feu, entraînant de nombreuses réactions hâtives.

C'est une photo de l'Agence France Presse (AFP) prise et publiée samedi 5 décembre, et largement relayée sur les réseaux sociaux. Elle donne l'impression qu'un policier encadrant la manifestation a été transformé en torche humaine après avoir reçu un projectile enflammé. Une image symbolisant les violences qui se sont déroulées pendant la mobilisation parisienne et qui a suscité une grande émotion chez ses observateurs.

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L'épineuse question des violences policières

Où et quand cette photo a-t-elle été prise ?

La scène se déroule à Paris, sur l'avenue Gambetta, dans le 20e arrondissement, à proximité du cortège contestant la loi "Sécurité globale", samedi 5 décembre. Dans un contexte où les éléments violents de la manifestation s'en sont rapidement pris aux forces de l'ordre, présentes en masse sur un parcours inhabituellement étroit. Très peu de temps après le début de la manifestation, des violences ont éclaté, les forces de l'ordre répondant aux projectiles qui leur étaient lancés par des charges et le tir de grenades lacrymogène afin de scinder le cortège en deux. C'est à ce moment qu'est capturée la photo. Sur un trottoir, au sein d'une unité d'une quinzaine de policiers, un membre de la BRAVM, une unité créée pour réprimer les violences en manifestation est photographié avec une boule de flammes à hauteur du corps. Une fois publiée par l'AFP, autour de 16h, la photo de la légende évoque "des membres des brigades de répression de l'action violente", repliés contre un mur sur un trottoir et "encerclés par un feu".

Pourquoi a-t-elle provoqué tant de réactions ?

La diffusion de ce cliché a suscité des réactions particulièrement fortes chez celles et ceux qui soutiennent l'article 24 et, de manière générale, les policiers. Le député LR Eric Ciotti l'a ainsi qualifié d'"image de la honte", tandis que le sénateur Bruno Retailleau accuse les manifestants violents de vouloir "tuer des flics". Sur LCI, le député européen (RN) Gilbert Collard évoquait ainsi "un gendarme enflammé, des pompiers agressés et des policiers attaqués à coups de marteau". Les syndicats de police, qui défendent l'article 24 au titre des violences dont ils sont victimes en manifestation, ne sont pas restés muets. Le syndicat des gradés de la police, Synergie, a ainsi dénoncé "une volonté de tuer et de mutiler les policiers"

Alors que la manifestation souhaite le retrait partiel d'une loi qui limiterait la capacité des journalistes à filmer le travail des forces de l'ordre, dans un contexte où la profession regrette de ne plus pouvoir couvrir correctement les mouvements sociaux, ce cliché a été l'occasion, pour ses partisans, de justifier l'article 24. Un dispositif dans lequel ses défenseurs voient la possibilité d'étendre les moyens de protection des policiers. Parmi eux, le syndicat des commissaires de la police nationale, qui a mis en cause "les responsables qui stimulent et protègent avec leurs discours" les auteurs de violence.

Que s'est-il vraiment passé ?

Pour impressionnante qu'elle soit, l'image de l'AFP capture un moment. Si la quinzaine de policiers a bien été visée par un projectile, ce dernier n'a pas enflammé le fonctionnaire comme le laisse entendre la photo. Ce dont atteste le journaliste indépendant Clément Lanot, qui a filmé la scène : vidéo à l'appui, ce vidéaste habitué des mouvements sociaux estime qu'"un déodorant accroché à un pétard serait probablement à l'origine de cette flamme. Aucun policier ne s'es transformé en torche humaine à ce moment-là".

L'AFP elle-même a réagi après que la polémique a pris de l'ampleur. L'autrice du cliché, Anne-Christine Poujoulat, apporte ainsi son commentaire dans une dépêche publiée par l'agence, dans l'après-midi, dimanche 6 décembre : "C'était extrêmement furtif. [...] Le policier n'était pas en feu, mais j'ai l'impression qu'on lui a lancé quelque chose dont il s'est protégé avec son bouclier".

Une remise en perspective qui n'enlève rien au danger encouru par les policiers ciblés par cet objet ni aux intentions de celui ou celle qui l'a lancé. Mais que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a immédiatement interprétée comme une "tentative funeste de relativiser les attaques contre les policiers". "Ces 'débats' suite à la publication de la photo de l'AFP révèle[nt] une insupportable inversion des valeurs. Elle justifie d'autant plus le soutien à nos forces de l'ordre", écrit-il sur son compte Twitter, accompagné de la fameuse photo. Samedi 5 décembre, selon le locataire de Beauvau, 67 membres des forces de l'ordre ont été blessés, partout en France.

Après cette controverse au sein d'un samedi de mobilisation particulièrement tendu, l'article 24 doit de nouveau être réécrit. De leur côté, les opposants au texte ont appelé à poursuivre la mobilisation jusqu'à son retrait.

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