Manif anti-loi Travail : un syndicaliste perd l'usage d'un oeil, l'IGPN saisie

MANIFESTATIONS - Les marches contre la loi Travail ont été ponctuées d'affrontements parfois très violents entre forces de l'ordre et manifestants, occasionnant de graves blessures de part et d'autre. Un syndicaliste a perdu l'usage de son oeil, ce pour quoi l'IGPN a été saisie, vendredi 16 septembre.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé jeudi pour l'abrogation de la loi Travail, sans doute pour la dernière fois, avec, à nouveau, de violentes échauffourées à Paris, et des blessés et gardes à vue dans toute la France. Au total, "15 policiers et gendarmes ont été blessés à Paris et en province, dont deux grièvement", selon Bernard Cazeneuve. Côté manifestants, à ce stade, quatre blessés ont été recensés. De nombreuses vidéos, parfois impressionnantes, ont circulé sur les réseaux sociaux. 


A Paris, huit policiers et gendarmes ont été blessés, essentiellement victimes de brûlures après des jets de cocktails Molotov. L'un d'entre eux a été touché à la tête, et transporté en hélicoptère vers l'hôpital. Un journaliste de l'AFP a posté un cliché, saisissant, d'un policier qui a été brûlé à la jambe.

Côté opposants à la loi Travail, blessés, photos et vidéos sanguinolentes ont aussi beaucoup circulé. Notamment celle d'un manifestant parisien,  grièvement blessé à l’œil droit, après avoir reçu, selon ses dires, un projectile des forces de l’ordre. Le 16 septembre, le syndicat Solidaires/SUD Santé Sociaux publiait un communiqué indiquant que cet homme, "Laurent Theron, père de deux enfants, 46 ans, secrétaire médical à l’Hospitalisation A Domicile (HAD) de l’unité Albert Chennevier de Créteil (94), syndiqué au syndicat SUD Santé Sociaux de l’AP/HP, a vraisemblablement reçu au visage un morceau d’une grenade lancée par les forces de l’ordre. Malheureusement, malgré les soins prodigués cette nuit à l’Hôpital Cochin, Laurent Theron a perdu l’usage de son œil." 


Une information qu'a confirmée la préfecture, vendredi 16 septembre dans l'après-midi. Dans la soirée, la préfecture de Paris a annoncé que le Préfet avait "immédiatement saisi l'Inspection générale de la police nationale afin de diligenter une enquête permettant de déterminer les circonstances exactes dans lesquelles se sont déroulés ces faits".

"J’ai vu un lancer d’une grenade de désencerclement vers cet homme et son groupe. Puis il s’est effondré au sol", témoigne, auprès de BuzzFeed News, le journaliste Nnoman, qui n'exclut pas l'hypothèse d'un "impact de Flash-Ball", même s'il précise ne pas avoir "vu de policiers utiliser cette arme sur le moment". En outre, plusieurs journalistes assurent avoir été violentés par les forces de l'ordre. Une vidéo, qui a beaucoup circulé sur Twitter, montre, notamment, un journaliste se faire abondamment matraquer par un CRS, sous les cris de protestation d'autres manifestants. "Il est journaliste", entend-on notamment hurler dans la foule. 

Du côté des forces de maintien de l'ordre, on se dit épuisé par des mois de manifestations souvent violentes, dans un contexte d'état d'urgence. "Aujourd'hui, on ne dispose pas des effectifs nécessaires pour lutter à la fois contre le terrorisme et ce type de phénomène", a déploré ce vendredi 16 septembre matin Luc Poignant, du syndicat Unité police SGP-FO, sur LCI. "D'autre part, sur un parcours aussi long, on ne dispose pas non plus des forces à mettre sur le terrain en très grand nombre", a-t-il regretté. "Il n'y a pas de lisibilité dans les décisions qui sont prises. Nous avons des questions à poser à la préfecture de police de Paris", a renchéri le secrétaire général adjoint du syndicat, Nicolas Compte, invité de la matinale de LCI.


Johann Cavallero, délégué national CRS d'alliance police, lui, fulmine. "Les collègues sont une cible. On les voit recevoir des cocktails Molotov, des boules de peinture. On voit bien que [certains manifestants] ne sont pas là pour manifester, mais pour casser du flic", a-t-il déploré sur notre antenne. Selon le ministre de l'Intérieur, qui a salué "le professionnalisme et le sang-froid des forces de l'ordre", soixante-deux personnes ont été interpellées en tout ce jeudi en France et 32 d'entre elles ont été placées en garde à vue. 

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