Loi Travail : des opposants interdits de manifester à Paris

SOCIAL - Plusieurs personnes, parmi lesquelles des militants antifascistes, ont été interdites de manifester mardi contre la loi Travail. Une première depuis le début de la mobilisation.

Ordre leur a été donné de ne pas battre le pavé. Des opposants à la loi Travail se sont vu notifier des interdictions individuelles de manifester lors de la prochaine journée d’action, le mardi 17 mai à Paris. Une première depuis le début de la mobilisation contre le projet el Khomri. Parmi eux, "plusieurs militants antifascistes et anticapitalistes ont vu la police sonner à leur porte pour leur remettre une feuille signifiant leur interdiction administrative", indique le collectif antifasciste parisien AFA Paris/Banlieue. Dans ce document que l’organisation a publié sur son compte twitter, les intéressés se voient "interdits de séjour entre 11h00 et 20h00 dans les 6e, 7e, 14e et 15e arrondissements de Paris".

L’arrêté concerne également "le périmètre autour de la place de la République de 18h00 et jusqu'à 07h le lendemain", zone de rassemblement des membres de Nuit Debout. Pour justifier cette interdiction, le préfet de police Michel Cadot invoque la "menace terroriste"et "l’article 5 de la loi du 3 avril 1955", relative à l’état d’urgence, qui permet d’interdire "le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics". "Considérant que M. (X) a été remarqué, à de nombreuses reprises, lors de manifestations contre, notamment, les violences policières et le projet de réforme du code du travail (…) qu’il y a dès lors, tout lieu de penser que la présence de M. (X) aux rassemblements organisés contre le projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs vise à participer à des actions de violentes", peut-on lire dans le texte qui ne précise pas si les individus concernés ont commis des violences.

"Associées à des violences"

La préfecture de police, qui n’avait pu être jointe ce jour, a néanmoins assuré à Libération que les personnes concernées, sans en préciser leur nombre, "sont à l’origine ou associées à des violences qui se sont produites". On retrouve pourtant parmi elles un journaliste qui a couvert les derniers mouvements, révèle Buzzfeed France . De quoi s'interroger sur les critères qui ont permis d'établir la liste des manifestants interdits. "J’ai du mal à croire que c’est une erreur. Peut-être que le fait que je couvre régulièrement des rassemblements "antifascistes" ou que des militants reprennent mes photos montrant des violences policières, dérange", juge le photo-reporter auprès du site Internet. Pour le collectif antifasciste, ces arrêtés de paraître, selon la terminologie officielle, "sont la preuve que le gouvernement et ses forces de l’ordre n’arrivent plus à retenir la colère d’une jeunesse (et pas seulement) déter(minée) et motivée contre la loi travail". "Vous voulez nous faire sortir par la porte ? On rentrera par la fenêtre.. A bientôt dans les rues", assène-t-il.

Depuis deux mois, les manifestations contre le projet de loi ont été émaillées de violences de plus en plus visibles. De la part de casseurs surarmés ou de certains policiers, selon que l'on tend le micro ou l’appareil d’un côté ou de l’autre du cortège. Avec au final, à Paris, un nombre d'interpellations qui restent assez faibles. Plusieurs syndicats de policiers avaient même dénoncé en début de mois les consignes de non-intervention reçues par les forces de l'ordre sur le terrain face aux casseurs, laissant entendre en filigrane que le gouvernement voulait jeter le discrédit sur la mobilisation sociale.

"Il était temps"

"Jusque-là, les consignes semblaient molles", confirme Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale, interrogé par metronews. Pour le syndicat qui a appelé à manifester mercredi à Paris sur la très symbolique place de la République contre la "haine anti-flic", cette première interdiction de manifester est donc "une mesure qui va dans le bon sens".

"Il était temps ! Nous réclamions cette interdiction depuis un moment car les individus qui ne sont là que pour casser et ne respectent pas l’état républicain, nous les connaissons", fait valoir Frédéric Lagache. "Au fur et à mesure des événements et de la dureté du maintien de l’ordre par rapport à des individus formés à la guérilla urbaine, je crois qu’il y a une prise de conscience du gouvernement, estime-t-il. Le ministre a fait preuve de fermeté dans son discours hier à Rennes. Cette mesure symbolique prononcée par le préfet est également une bonne chose. Nous espérons désormais que ces arrêtés seront renouvelés". Réponse jeudi 19 mai, date à laquelle les sept syndicats ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation contre la loi Travail.

EN SAVOIR +

>> Pour empêcher les violences, Alliance propose d'"assigner les casseurs à résidence"

>>  Pourquoi, manif après manif, les violences continuent-elles ?

 
 

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