Lutte contre les discriminations à l’embauche : ce qui marche, ce qui ne marche pas

TESTING – Le gouvernement a lancé ce lundi une grande campagne de sensibilisation pour lutter contre les discriminations à l’embauche. Parmi les mesures mises en place, les entreprises seront testées discrètement par les pouvoirs publics. Metronews a fait appel à un spécialiste des relations sociales au travail pour passer au crible les vraies et fausses solutions contre les discriminations à l'embauche.

Un demandeur d’emploi sur trois en fait les frais. Lutter contre les discriminations à l’embauche, tel est l’objectif du gouvernement qui a présenté ce lundi de nouvelles mesures pour mettre fin à ce phénomène .

L’âge, la maternité, l’apparence physique, l’origine géographique ou la couleur de peau, les facteurs discriminants sont bien connus. Selon le baromètre du Défenseur des droits et de l’Organisation international du travail, quatre personnes sur dix ont abandonné leurs recherches après en avoir été victimes. Face à ce constat, le gouvernement a décidé d’agir. Outre la campagne d’affichage, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a confirmé le lancement d’une opération de testing, ce lundi au micro de France Info. Metronews fait réagir le sociologue Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations, à cette mesure ainsi qu'aux autres méthodes pour lutter contre le phénomène des discriminations à l'embauche. 

 

La méthode du testing
Le gouvernement a lancé récemment deux campagnes de testing auprès de grandes entreprises et dans la fonction publique, dont les résultats sont attendus en septembre. Dans le détail, "nous envoyons des CV identiques en changeant le nom, en ciblant une dizaine d’entreprises", a expliqué Myriam El Khomri lundi. Mais pour le directeur de l’Observatoire des discriminations, "cette campagne est de la pure communication".

"A chaque nouvelle opération, le ministère rappelle que des testings sont diligentés", souligne Jean-François Amadieu auprès de metronews. "On est dans une technique ancienne qui n’est pas suffisante et qui ne résout pas les problèmes". Selon le spécialiste des discriminations à l’embauche, le testing n'est pas satisfaisant car il ne porte que sur une seule variable : l’origine géographique. Or, les seniors sont aujourd’hui les plus discriminés d'après lui. "Si on regarde les chiffres du chômage sur cette tranche-là, c’est une catastrophe", explique le sociologue.

Le CV anonyme
Si le gouvernement souhaite convaincre les entreprises de lutter contre les stéréotypes, certaines n’ont pas attendu pour s’engager dans cette voie avec l'utilisation du CV anonyme. En la matière, celle qui fait office de bonne élève est une SSII, une société de services informatiques, basée à Lille. La société Norsys s’est notamment vue décerner l’ISO 26000, une certification rarissime. Depuis plus de 10 ans, cette PME ne recrute que sur la base du CV anonyme. Et cela semble fonctionner : Norsys a enregistré 15% de croissance, là où le secteur ne fait que 1,5%.

Seul hic, regrette Jean-François Amadieu : le gouvernement a finalement renoncé à la généralisation du CV anonyme l'an dernier, contre l'avis d'associations comme la Maison des Potes. Il s'était alors engagé à promouvoir de nouvelles méthodes de recrutements comme l'utilisation du CV vidéo (CVV) : en 60 secondes, les candidats doivent convaincre les recruteurs. "Une farce de plus puisque le deuxième facteur de discrimination à l'embauche reste l’apparence physique", souligne le directeur de l’Observatoire des discriminations. 

► Les tests par simulation  
Selon Jean-François Amadieu, la meilleure façon de lutter contre les discriminations est de recourir "aux bonnes vieilles techniques de recrutement". A savoir les tests par simulation et par aptitude. "C’est ce qu’il y a de mieux car non seulement, on ne discrimine pas, mais en plus le recrutement se fait sur les compétences", avance le sociologue. Pôle Emploi a notamment testé cette méthode de recrutement. En clair, plusieurs candidats passent un test professionnel, puis le résultat de ce travail est évalué de manière anonyme. Seul problème : "Ces tests coûtent chers et restent hors de portée pour la plupart des PME", regrette le directeur de l’Observatoire des discriminations. 

Les tests de compétences 
Autre mesure avancée par Jean-François Amadieu, le développement de tests de compétences dans l’enseignement supérieur. "Le coût serait moindre, et surtout le fait de faire passer des tests aux jeunes dès l'université permettrait d'éviter toute forme de discrimination, explique le spécialiste qui souhaite proposer cette mesure au gouvernement. Les recruteurs verraient en effet ainsi les vraies compétences des candidats".

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