Lutte contre les violences faites aux femmes : le Haut Conseil déplore le manque d'investissement de l'Etat

Lutte contre les violences faites aux femmes : le Haut Conseil déplore le manque d'investissement de l'Etat
SOCIÉTÉ

LE COÛT DES COUPS - Quelques jours avant l'annonce du nouveau plan de lutte du gouvernement contre les violences faites aux femmes, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes donne ce mardi une évaluation des précédentes actions menées en la matière. Et demande la création d'un fonds interministériel spécifique de 100 millions d'euros.

Il avait été annoncé en grandes pompes. Le quatrième plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes, élaboré en 2013, prévoyait de nombreuses mesures pour "protéger les victimes" et "mobiliser l'ensemble de la société". Parmi elles : un numéro d'urgence, une intervention d'acteurs sociaux dans les commissariats... et une enveloppe de 66 millions d'euros allouée à la cause, soit un "doublement du budget" initial.

Seulement voilà. A l'heure du bilan, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) se permet d'émettre quelques réserves. Et d'exprimer, notamment, "des inquiétudes persistantes en matière de financements". Dans le rapport d'évaluation que LCI a pu consulter en exclusivité, l'institution indépendante estime ainsi : "Malgré des demandes réitérées, le Haut Conseil n'a pas pu disposer du plan de financement faisant apparaître, ministère par ministère, les crédits alloués. Seules des informations parcellaires (...) nous ont été transmises." Et de conclure : "En tout état de cause, et même dans l'hypothèse probable d'un effort substantiel de doublement des crédits, il semble que le budget consacré par l'Etat soit encore significativement insuffisant eu égard aux besoins."

"Des moyens à la hauteur des besoins"

Concrétement, qu'est-ce que cela signifie ? Margaux Collet, responsable des études au sein du HCEfh, poursuit pour LCI : " Ce constat d'un budget insuffisant et d'un manque de suivi, c'est en fait assez récurrent. Aujourd'hui, les violences faites aux femmes ne relèvent plus seulement de l'intime : les politiques s'en saisissent, des études sur le sujet existent depuis dix ans. Des lois, des plans et des dispositifs ont vu le jour, comme le numéro d'urgence 3919... Mais ce qui nous manque pour les appliquer efficacement, ce sont des moyens à la hauteur des besoins."

C'est pourquoi, en vue du prochain plan de lutte contre les violences sexistes présenté par Laurence Rossignol le 25 novembre, le HCEfh a plusieurs recommandations. Il demande notamment désormais la création d'un fonds interministériel à hauteur de 100 millions d'euros. "Cela paraît énorme" admet Margaux Collet. "Mais rapporté à l'échelle d'un Etat, cela représente la construction de quinze kilomètres d'autoroute. Alors quand on sait que les violences faites aux femmes représentent pour la société un coût de 3,6 milliards d'euros par an en termes de frais hospitaliers, de justice et congés maladie, on se dit que le déblocage de 100 millions d'euros sur la période 2017-2019 serait un bon investissement."

Bientôt des testing dans les commissariats ?

Une somme qui, si elle existait, pourrait permettre l'approfondissement de nouveaux outils. Là encore, le HCEfh a des idées à revendre. Et propose également, parmi 25 recommandations officielles, la création d'un document unique à destination des professionnels et des victimes recensant les informations et les droits en cas de violences, ainsi qu'une période de testing dans les commissariats afin d'étudier la prise en charge des victimes auprès des autorités. 

Lire aussi

    En vidéo

    Flavie Flament et son viol oublié

    Sur le même sujet

    Et aussi

    Lire et commenter

    Alertes

    Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent