Lutter contre la déprime, c'est possible : "La bonne humeur, c'est comme la bonne santé, ça se travaille !"

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ON A LU - "Tout déprimé est un bien-portant qui s’ignore", du professeur Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpital Bichat à Paris, professeur à l'Université Denis-Diderot, est en librairies. Il propose des explications et expériences faciles à mettre en œuvre et validées scientifiquement pour cultiver un style de vie sans déprime.

Aller bien, ça se choisit. Et ça se travaille, ça se muscle, ça s'entretient. C’est l’idée principale de "Tout déprimé est un bien-portant qui s’ignore", un livre du Pr Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris 7, qui sort jeudi aux éditions JC Lattès. Cultiver la bonne humeur et la faire fructifier ? En voilà une idée séduisante. Alors metronews est allé lui demander d’expliquer sa démarche.

En clair, vous nous dites que la bonne humeur, ça se travaille…

L’idée de ce livre est très simple : j’ai très souvent dans mes consultations des gens qui viennent me voir parce qu’ils dépriment. Dans la moitié des cas, je les traite avec des conseils de vie, de nouvelles manières de penser et de petites choses très simples qui vont permettre de retrouver le moral. On a complètement intégré l’idée aujourd’hui qu’il faut entretenir son corps. Mais pas encore le fait qu’il faut défendre aussi sa bonne forme psychique. Dans le fond, il y a une sorte de fatalisme en matière de psychologie : on a l'impression qu’on ne peut rien y faire. Pourtant, en me basant sur des études scientifiques très précises, et sur ma pratique, je veux montrer qu’on peut agir sur sa bonne humeur.

Vous partez quand même du fait que nous avons tout un "nuage de déprime" au-dessus de nous. Le tout est de savoir ce qu’on en fait…
Le philosophe Allain a dit : "Le pessimisme est de nature, l’optimisme est de combat". Moi je rajoute : "La bonne humeur est un travail !" L’actualité n’est pas très marrante, la nature est pessimiste. Je veux que les gens commencent à découvrir que le sujet de la bonne humeur est important et se travaille. 

D’emblée, vous nous rassurez : c’est normal d’avoir des accès de déprime de temps en temps.
C'est complètement normal. Si votre vie n’était faite que de moments agréables, c’est que vous êtes un robot, que vous n’avez pas de sentiments. D’ailleurs, si vous me dites que vous avez passé une très bonne soirée, le soir des attentats du 13 novembre dernier, je me préoccuperai un peu pour vous. Ce sont d’ailleurs les gens qui affirment aller toujours bien qui m’inquiètent le plus : car ceux qui vont mal de temps en temps et qui en parlent, ne gardent pas en eux leurs émotions négatives. On a le droit d’être mal sans être malade. Après, il faut aussi faire en parallèle des expériences de bonne humeur !

Attention cependant, vous faites la nuance entre dépression et la déprime.
Ce livre n’est pas un médicament pour les formes graves de maladies psychiatriques. La déprime est un oubli de ses qualités, de ses désirs, de son énergie. Il va falloir qu’on se les rappelle, ou qu’on vous les rappelle. La dépression est une perte de ses désirs, le sentiment d’être incapable de rien, de ne pas être digne d’être aimé ou d’aimer… Là, il faut un traitement adapté. Mais pour soigner la déprime, je fais le pari qu’il vaut mieux abattre les cartes qu’on a, plutôt que se plaindre de ne pas en avoir d’assez bonnes.

La bonne humeur, ce serait donc juste une manière différente de voir les choses ?
Notre cerveau est notre meilleure arme anti-déprime. Il y a donc des petits exercices mentaux pour le stimuler et repousser nos coups de blues. Une de mes manières d’aider les mécontents est de les faire passer du "pourquoi", au "comment". Rechercher sans cesse les causes de la déprime, peut être éminemment déprimant. Il faut plutôt se demander : comment en sortir ? 

Une autre idée mentale, est le pousse-pousse des souvenirs. Quand on veut oublier quelque chose de désagréable, il ne suffira pas de vouloir l’oublier pour que ça marche. En fait, la seule manière de l’oublier est de cultiver volontairement des choses agréables. Notre cerveau est comme une machine à mémoriser qui ne peut retenir qu’un certain nombre de souvenirs. Alors rentrer des souvenirs positifs fait sortir les souvenirs négatifs.

L’effet grelot est un autre travail mental : des volontaires ont regardé des images tristes ou émouvantes, par exemple des hommes et des femmes en pleurs. Cela les a rendus tristes. Mais si dans le même temps, on leur demande de compter le nombre de personne sur les images présentées, ils sont moins tristes. En fait, notre cerveau a deux parties : le cortex qui sert à réfléchir, à penser et raisonner, et la partie centrale ou grelot, qui gère les émotions. Et les deux ne peuvent pas travailler en même temps. Alors, quand on commence à réfléchir, on lance l’activité du cortex, et cela calme le grelot. 

Vous présentez aussi des gestes très concrets qui agissent sur la bonne humeur. Comme marcher en faisant de grands gestes, porter du vert ou du bleu…
Il y a une multitude de petits gestes qui peuvent favoriser, de manière très concrète, la bonne humeur. C’est prouvé scientifiquement. 

L’histoire du sourire m’intéresse beaucoup. On a tendance à penser qu’on sourit quand on va bien. Mais c’est bien plus que ça : quand on sourit, on étire les pointes de ses lèvres, cela envoie un message au cerveau qui va forcer la bonne humeur. En résumé, plus on sourit, plus le cerveau a envie d’être de bonne humeur, et donc… plus on sourit.

De la même manière, écouter de la musique. Par exemple la sonate 448 pour deux pianos de Mozart, c’est un rêve. Si on l’écoute 30 minutes par jour pendant une ou deux semaines, on va mieux. Je crois aussi beaucoup aux bienfaits de la méditation en amateur : cela peut juste être d’aller dans un musée passer 15 minutes devant un tableau qui nous inspire. On ressent des émotions, ça aide à aller mieux. 

Un autre exercice que je propose est "I owe you", un exercice de gratitude. Au lieu, le soir, de faire des reproches à son conjoint, notez trois choses qu’il a faites pour vous, et donnez-lui le papier. Donner gratuitement, au lieu de chercher ce que l’autre ne vous fait pas… C’est bon pour la bonne humeur. 


La bonne humeur, cela passe même par le régime alimentaire…

Il y a des régimes bons pour le cœur, il y a des régimes bons pour la bonne humeur. Car nous avons une hormone de la déprime, l’adrénaline, qui est complètement sous la dépendance de ce que nous vivons. L’ hormone de la bonne humeur, à l’inverse, est la sérotonine. Sur un plan microbiotique, la fabrique de la sérotonine est produite par le tube digestif. Ainsi, ceux qui mangent des cornichons trois fois par semaines, ou des pickles, du poisson, sont naturellement moins déprimés. Cette sérotonine remonte au cerveau. C’est scientifique !

D’autant que la bonne humeur a des effets bénéfiques sur la santé…
Une étude étonnante a proposé à des déprimés et des non-déprimés de tester le virus du rhume. Il a été montré que les non-déprimés résistent mieux. Agir sur la déprime, cela augmente l’espérance de vie, fait baisser la tension, et diminuer le taux de sucre.

Un petit mot de la fin ?
Ce sera pour parler de l’effet vodka ou anisette : par exemple, quand on met une goutte d’anisette dans l’eau, elle trouble tout le verre. C’est l’effet tout ou rien. Alors que si on met une goutte de vodka dans le verre, elle donnera juste un petit goût d’amertume, qu’on peut apprendre à apprécier. C’est exactement cela : il faut essayer de ne pas voir la journée comme totalement réussie, ni totalement ratée. Il faut trouver un équilibre.

> "Tout déprimé est un bien-portant qui s'ignore", du professeur Michel Lejoyeux, aux éditions JC Lattès. 19 euros TTC.

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