M. Wang, discret seigneur d’Aubervilliers

SOCIÉTÉ
DirectLCI
ECONOMIE - Inconnu du grand public, Hsueh Sheng Wang, le PDG d’Eurasia, règne sur les entrepôts de confection d’Aubervilliers. Celui qui a aussi investi dans le port du Havre s’adresse aujourd’hui à un parterre de décideurs français pour vanter les bienfaits du commerce franco-chinois.

Sous les lustres de cristal et les dorures du Bristol à Paris, le très discret monsieur Wang va aujourd’hui s’adresser à des dizaines de chefs d’entreprise, ambassadeurs et hommes politiques, tous membres du Chinese Business Club ou invités par celui-ci. Le président d’Eurasia, son discours, il n’a pas l’intention de l’écrire à l’avance, son message il le connaît par cœur : la France a besoin d’investisseurs chinois, nous dit-il, installé dans son bureau, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où les fioritures d’un palace parisien n’ont pas leur place.

Cette ville aux portes de Paris est presque devenu son fief. Ici, il est à la tête de plus de 400 000 mètres carrés (soit la superficie de 70 terrains de football) de locaux loués à 1 200 sociétés, cumulant 30 millions d’euros de loyers chaque année. Un métier très éloigné de la restauration et du textile où il a fait ses premières armes il y a trente-cinq ans, "car il n’y avait pas assez de business". Le business, il l’a trouvé dans l’importation de produits chinois, ajoutée à l’immobilier.

700 emplois promis

Et outre Aubervilliers, Hsueh Sheng Wang a aussi les yeux rivés sur le Havre. Dans le premier port français, il a acheté en 2011 à la mairie 80 000 mètres carrés d’entrepôts, au nez et à la barbe d’investisseurs bien plus prestigieux. "Notre offre était la meilleure et nous avions l’intention de nous installer dans la durée, à l’inverse d’un précédent repreneur qui n’a rien fait pendant deux ans." De patience, il va falloir faire preuve. Ainsi, nous sommes encore très loin de la création des 700 emplois promis il y a quatre ans. "Nous n’avons pas trop mal avancé mais, vu la conjoncture, moins vite que prévu. Nous en sommes à une vingtaine d’emplois."

Au point de regretter cet investissement de 22 millions d’euros ? "Non, cela fait partie des affaires. Il faut laisser les choses se développer doucement. Nous sommes patients, il faut laisser du temps au temps", répond l’entrepreneur, qui travaille six ou sept jours sur sept et seize heures par jour. "Nous sommes au Havre pour longtemps", ajoute-t-il, se souvenant encore des titres alarmistes sur le rachat du port du Havre par un Chinois. Des commentaires qui le laissent de marbre. « On ne peut pas empêcher les gens d’écrire ce qu’ils veulent, notamment les journaux pour être plus lus. Nous n’avons fait que racheter des entrepôts abandonnés pour faciliter les liaisons à l’import-export entre la Chine et la France."

"On ne peut pas empêcher les gens d’avoir peur"

De quoi faire penser à la participation à la hauteur de 49 % par un investisseur chinois à l’aéroport de Toulouse-Blagnac la semaine dernière. Et aux craintes suscitées. "On ne peut rien faire contre ceux qui craignent, on ne peut pas empêcher les gens d’avoir peur. Ensuite, un aéroport, ça n’est qu’une plateforme pour faire passer des avions." Et de voir un avantage en France, par rapport à la Chine. "La France est un pays ou l’on peut dire ce qu’on veut, faire ce qu’on a envie. En Chine, on sait des choses mais on ne doit pas les dire." Sauf que, selon lui, "il faut être content de voir des étrangers investir en France, c’est bon pour le dynamisme, pour le développement économique".

Pragmatique, toujours, il concentre désormais ses investissements à 30 kilomètres autour de Paris. Avec pour prochain chantier la création d’une plateforme au port de la Villette. Et un vignoble dans le Bordelais par exemple ? "Ah non, jamais, c’est en pure perte, ça ne mène à rien. C’est intéressant en Chine pour l’image, pour la publicité." Mais en France, Hsueh Sheng Wang a fait le choix de la discrétion. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter