"Mal-être", "perte de sens" : le Sénat s'alarme de la "crise" au sein des forces de l'ordre

"Mal-être", "perte de sens" : le Sénat s'alarme de la "crise" au sein des forces de l'ordre

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"MALAISE" - Deux sénateurs dressent dans un rapport un constat particulièrement sombre sur la crise des forces de sécurité intérieure. Ils appellent à des réformes profondes.

Après six mois d'enquête, les deux sénateurs François Grosdidier (LR) et Michel Boutant (PS) livrent un rapport choc sur la "véritable crise" traversée par les forces de sécurité intérieure, notamment la police. Les deux élus, membres d'une commission d'enquête parlementaire créée après une vague de suicides parmi les forces de l'ordre, dressent un constat particulièrement "sombre" et recommandent "une remise en cause énergique" et "des réformes profondes" pour "remettre l'institution sur les rails".


Les deux élus décrivent dans ce rapport, consulté mardi par l'AFP le "malaise", le "mal-être", la "perte de sens", la "démotivation et [le] découragement" éprouvé par les forces de sécurité. Une situation "qui met en péril le bon fonctionnement du service public de sécurité".

Sentiment de menace, déclassement, vétusté, épuisement, lourdeurs administratives

Pour les deux élus, cette crise à des causes diverses. Ils évoquent notamment l'exposition croissante à la violence dont font l'objet les forces de l'ordre. Le rapport évoque notamment un "syndrome Magnanville", du nom de la ville où deux policiers ont été victimes en juin 2016 d'un assassinat revendiqué par l'organisation État islamique. Ce sentiment de menace serait renforcé par la répétition des manifestations violentes, comme par exemple l'attaque de policiers aux cocktails Molotov à Viry-Châtillon (Essonne), en 2016.


Le rapport pointe aussi le "sentiment de déclassement" vécu par les forces de l'ordre, qui a pour origine le "grand dénuement matériel" des services, la "vétusté" du parc automobile et la "situation critique" du parc immobilier. Sur ce plan, les sénateurs pointent du doigt le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, pour ses plans immobiliers "totalement insuffisants" et "largement inférieurs de 450 millions d'euros aux besoins identifiés".


Autre source de la crise : la "pression opérationnelle constante" qui provient des besoins accrus pour gérer la menace terroriste, les mobilisations sociales ou les migrants. Une pression qui génère "une augmentation des situations d'épuisement professionnel", et qui se traduit par 21,8 millions d'heures supplémentaires non récupérées ou non indemnisées, recensées dans le rapport, comme l'indique Le Figaro

Management, formation et caméras-piétons

François Grosdidier et Michel Boutant suggèrent plusieurs mesures pour sortir de cette crise. Ils épinglent "la lourdeur de la procédure judiciaire", qui doit faire l'objet d'une prochaine réforme conduite par les ministères de la Justice et de l'Intérieur. La mission d'enquête formule au total une série de 32 propositions, comme la généralisation des caméras-piétons, mais aussi des pistes pour améliorer la gestion des ressources humaines, notamment en début de carrière, et rendre la formation et le management plus proches "du terrain". Ils recommandent de mieux prendre en compte les risques psycho-sociaux, d'élaborer un livre blanc de la sécurité intérieure, ou encore d'adopter des lois de programmation.

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