Malgré des avancées, il est toujours difficile de dire son homosexualité au travail

Malgré des avancées, il est toujours difficile de dire son homosexualité au travail

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DISCRIMINATIONS - Si la majorité des personnes LGBT se disent bien intégrées dans leur entreprise, elles sont encore nombreuses à ne pas parler de leur homosexualité au travail, bien souvent par crainte des discriminations, révèle une une enquête de l'Ifop dévoilée ce jeudi.

Les chiffres sont encourageants, mais il y a encore du travail. L'institut de sondage Ifop et l'association Autre Cercle viennent de dévoiler les résultats d'une enquête sur l'inclusion des personnes LGBT dans le monde du travail (uniquement dans les entreprises signataires de la Charte d'engagement LGBT "Autre Cercle" lancée en 2012).


Selon l'étude, 89% des LGBT se sentent "bien intégrées" dans leurs entreprises (72% pour les personnes transgenres) et 77% iraient même jusqu'à recommander à l'un de leurs proches de venir travailler dans la même entreprise. En outre, 59% des LGBT interrogées se disent satisfaites de leurs possibilités d'évolution professionnelle. 

Le fait qu'une entreprise s'engage donne une assurance aux personnes LGBCatherine Tripon, porte-parole de l'Autre Cercle

Pour un employé LGBT (lesbienne, gay, bisexuel ou transgenre), une question peut se poser lorsqu'on arrive dans une entreprise : dois-je être "visible" ou rester "invisible" ? C'est à dire dois-je parler ou non de mon homosexualité ou de ma bisexualité ? Et sur ce point, les résultats de cette enquête sont plutôt encourageants. 71% des des lesbiennes, gays et bisexuels (LGB) disent être "visibles" au sein de leur entreprise, dont 75% d'hommes et 64% de femmes. 


Parmi eux, 39% affirment l'avoir dit à certains collègues et 30% à l'ensemble de leurs collègues. En revanche, seuls 16% en ont parlé à un de leurs supérieurs et 9% à un membre du service des ressources humaines.


"C'est un fait très marquant", se réjouit toutefois Catherine Tripon, porte-parole de l'Autre Cercle. Car si les dernières études ont montré que seulement un tiers en moyenne des LGBT se rendaient "visibles" au travail, ce pourcentage grimpe à deux tiers au sein des entreprises signataires de la charte. "Le fait qu'une entreprise s'engage donne une assurance à ces personnes, assure-t-elle. On peut en parler plus librement au travail, jouir de droits auxquels on aurait pas forcément eu le droit". L'évolution des mentalités, notamment depuis le mariage pour tous, n'est pas étrangère à cette évolution positive.

14% des "invisibles" font croire à leurs collègues et à leur hiérarchie qu'ils sont hétérosexuels

Mais tout n'est pas rose pour autant. On note notamment que les femmes sont nettement moins "out" que les hommes en entreprise. "C'est le signe de l'existence d'un double plafond de verre", analyse Catherine Tripon qui reconnaît que "la question de la visibilité des lesbiennes  et des transgenres pose encore question".


Autre problème : 29% des personnes interrogées - les "invisibles" - ne parlent pas de leur homosexualité au travail, près de la moitié considérant en que c’est encore une difficulté. Et pour s'assurer qu'ils resteront "invisibles", 73% d'entre eux décident de ne pas évoquer leur vie privée et 14% font croire à leurs collègues et à leur hiérarchie qu'ils sont hétérosexuels.

Crainte des discriminations

En revanche, seuls 5% des "invisibles" le sont auprès de leurs amis et 13% auprès de leur famille. La réponse est simple pour Catherine Tripon : "La société a davantage évolué que le monde de l’emploi. Dès qu’on rentre dans l’entreprise, qu’on monte dans la hiérarchie, c’est un sujet dont on ne doit pas parler". En cause selon elle : la frilosité des patrons d'entreprise à prendre la parole sur le sujet. "Une frilosité spécifique à la France", précise-t-elle. 


Autre élément d'explication : la crainte des discriminations. En effet, seuls 9% des hétérosexuels disent avoir déjà constaté des discriminations à l'égard d'homosexuels dans leur entreprise contre 30% de personnes LGBT. Parmi les discriminations subies, on retrouve en première place les moqueries de la part des collègues (60%), suivies des mises à l’écart de la part des collègues (31%) et enfin des inégalités dans le déroulement de carrière (29%).

C'est aussi une façon de dire y a une ligne jaune à ne pas franchirCatherine Tripon

Selon l'enquête, la signature de la charte LGBT a donc eu un impact positif. 60% des répondants savent que leur organisation a signé la charte et 85% l’approuvent. "C'est la première fois que vous avez un document en entreprise qui parle d'homosexualité, d'identité de genre... Des mots normalement bannis du discours y compris pour les entreprises qui ont une forte politique de diversité", se réjouit Catherine Tripon.


Pour elle, c'est aussi une façon de dire à ceux que ça dérange "qu'il y a une ligne jaune à ne pas franchir" et que "l'homophobie ou la transphobie ne seront pas tolérés au travail".

Enquête menée par l’IFOP pour le compte de l’Observatoire de l’Autre Cercle. Consultation ouverte, réalisée du 16 octobre au 12 novembre 2017, auprès de 6 698 collaborateur.rice.s, hétérosexuel.le.s comme LGBT*, travaillant au sein des organisations du secteur public comme privé, signataires de la Charte d’Engagement LGBT Autre Cercle. 


* Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, Transgenres

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