"Maman met la table, papa regarde le foot" : les manuels scolaires du CP accusés de sexisme

"Maman met la table, papa regarde le foot" : les manuels scolaires du CP accusés de sexisme

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LES STÉRÉOTYPES AU PIQUET– Les manuels scolaires des enfants du CP sont-ils sexistes ? C'est la question que s'est posé le centre Hubertine Auclert. L'étude qu'il publie aujourd'hui dissèque 22 manuels d'apprentissage de la lecture du CP. Et le résultat est édifiant.

Milo "part à la chasse au phoque avec son harpon" pendant que sa sœur reste garder son petit frère au chaud dans l’igloo. "Ce soir-là, comme d’habitude, la maman de Tanguy met la table, pendant que son père et son frère regardent le foot à la télé"... Les manuels d'apprentissage de la lecture regorgent toujours de tels stéréotypes sexistes, épingle la nouvelle étude sur les livres scolaires publiée mardi par le centre Hubertine Auclert. Après ceux des lycées l'an dernier, cet organisme dont le but est de promouvoir l'égalité hommes-femmes s'est attaché à disséquer 22 manuels de Cours préparatoire, tous édités depuis la dernière révision des programmes en 2008. Les résultats sont sans appel : dès le CP, à l'âge où les identités se construisent, les enfants se voient offrir une vision de la société très éloignée de la parité.

"On est vraiment dans la pub Ricoré !"

L'étude , autant quantitative que qualitative, montre d'abord que les femmes restent à la marge dans les manuels scolaires : elles ne représentent que 39,1% des 13.025 personnages sexués recensés. Mais surtout, lorsqu'elles sont présentes dans les textes ou dans les illustrations, c'est dans des rôles bien particuliers.  "Les femmes sont cantonnées à la sphère privée, on se croirait dans les années 1940, nous résume Amandine Berton-Schmitt, co-auteure de l'étude. Elles dominent toutes les activités domestiques, des courses au ménage, mais on a l'impression qu'elles ont complètement déserté le monde professionnel, y compris des secteurs féminisés comme l'enseignement : elles apparaissent à 45% dans cette catégorie, alors qu'on sait que dans le primaire, on compte plus de 80% d'institutrices". A l'inverse par exemple, 96,6% des personnages exerçant des métiers scientifiques sont des hommes. Des hommes qualifiés de leur côté par le rapport d'"invisibles" dans la sphère privée.

Les auteurs de l'étude relèvent d'autre part que les manuels scolaires résistent encore à la féminisation des mots, en particulier des noms de métiers. "Vous en avez encore notamment où la consigne c'est : 'Je lis avec le maître, je fais ceci avec le maître'...", explique Amandine Berton-Schmitt. Qui souligne qu'en questionnant ainsi la représentation des hommes et des femmes, l'étude met également en évidence "d'autres rapports de domination" traversant les manuels. "Pour schématiser, quand une petite fille est noire, elle va nécessairement être pauvre, tous les personnages sont minces, très peu en situation de handicap... Toutes les familles sont hétérosexuelles, avec deux enfants de sexe différent. On est vraiment dans la pub Ricoré !"

"Les enseignants manquent de formation"

Contacté par metronews pour réagir à cette étude, Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris, le premier syndicat d'instituteurs, n'est pas étonné par ses résultats. "Il est évident que les manuels doivent être refondus, notamment en prenant davantage le contre-pied des stéréotypes à l'œuvre, par exemple avec des histoires de petites filles jouant au chevalier". Mais, souligne-t-il, ces manuels doivent également être vus comme "un reflet de la société : les dernières études sur la répartition des tâches ménagères entre les femmes et les hommes ne sont pas brillantes, et quand on regarde par exemple la répartition des conseils d'administration des grandes entreprises françaises, on peut dire que l 'égalité hommes-femmes est loin d'être assurée".

Pour ce syndicaliste enseignant, les instituteurs continueront toujours à étudier en classe les contes traditionnels mettant en scène des bûcherons, des chevaliers où des princesses dans l'attente de leur prince charmant, car ils font partie de notre "culture commune". "Mais il faut en même temps questionner les élèves sur les représentations que cela peut véhiculer en terme de répartition des rôles hommes-femmes". Or, regrette-t-il en déplorant que le gouvernement ait renoncé l'an dernier aux "ABCD de l'égalité" , qui devaient lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l'école, "l'Etat n'accompagne pas la profession dans cette démarche, et les enseignants manquent de formation et d'outils pour s'approprier ces questionnements". Le constat est là. On verra à partir de l'an prochain, lorsque les programmes scolaires du primaire seront à nouveau révisés, si les nouveaux manuels scolaires commencent à le prendre en considération.

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