Manif pour Tous : moi, journaliste, frappé par la police

Manif pour Tous : moi, journaliste, frappé par la police

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TEMOIGNAGE – Dimanche, la Manif pour Tous parisienne avait bien verrouillé sa sécurité. La veille, le gouvernement avait prévenu qu'il ne tolèrerait "aucun débordement". Pourtant, malgré un défilé calme et serein, les ultras ont fini par pointer le bout de leur nez en fin de cortège. Les policiers ne se sont pas fait prier pour rétorquer. Votre rédacteur en a fait les frais.

"Par pitié ne donnez pas raison au ministre de l'Intérieur !". Il est 17h30, place Denfert-Rochereau à Paris, quand le speaker de La Manif pour Tous (LMPT) exhorte les opposants au mariage gay ( et à la GPA, et à la PMA, et à la politique fiscale de Hollande ) à évacuer les lieux dans le calme. Pari presque réussi. Soudain, des chants s'élèvent à l'entrée du boulevard Raspail. Des voix (trop) viriles et colériques. "La France aux Français ! Nous sommes tous des enfants d'hétéros !" Foulards remontés sur le nez, propos racistes et homophobes, drapeaux identitaires, quenelles et autres bras tendus portés bien haut... Pas de doute : les groupuscules extrémistes sont de sortie, et comptent bien monter au front.

Les forces de l'ordre, jusque-là très discrètes, ont certainement encore en tête les propos de Manuel Valls, la veille : "Nous ne tolérerons aucun débordement", avait prévenu le ministre de l'Intérieur. Ce fut le cas. Dans une cohue amalgamant des journalistes photographiant une interpellation et une vingtaine d'agités armés de bouteilles en verre, la police n'a pas hésité : "Vas-y, gaze !". Sitôt dit, sitôt fait : obéissant à l'ordre, l'officier asperge d'une puissante traînée de gaz poivre les personnes à proximité. Peu méfiant, j'ai ainsi fait mon baptême du feu en me prenant une belle giclée d'aérosol dans les yeux.

Un coup de poing dans l'estomac

Estourbi, mais pas encore K.O, je commence à m'éloigner de l'attroupement quand trois policiers en civil, arborant un brassard orange, me tombent dessus à bras raccourcis : "On t'a vu, tu nous balançais des canettes !", accusent-ils. Leur poigne est puissante, leurs regards menaçants. Je me défends comme je peux : "Non je suis journaliste, je suis journaliste !" Las, un quatrième fonctionnaire se jette alors sur moi et m'assène un violent coup de poing dans l'estomac, persuadé que je m'oppose violemment à ce qui semble être un début d'interpellation. Dans toute cette bruyante et violente agitation, il n'avait vraisemblablement pas entendu mes propos.

Finalement convaincus de mon innocence, les quatre policiers me libèrent et tournent les talons, sans un mot, survoltés par une ambiance électrique. Une prise de conscience tardive : les militants extrémistes avaient déjà pris le large vers la place Denfert-Rochereau, et les cordons sécuritaires mis en place par la Manif pour Tous tentaient de reprendre tant bien que mal le contrôle de la situation.

Les journalistes, eux, ont continué de faire leur travail. Sans cet incident provoqué par des ultras homophobes et identitaires, il faut bien l'écrire, cette énième manif un peu fourre-tout (il faut bien l'admettre aussi) se serait déroulée dans une ambiance bon enfant.

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