"Marche pour la vie", la manif fourre-tout

SOCIÉTÉ

REPORTAGE – Entre 10.500 (préfecture) et 50.000 personnes (organisateurs) hostiles à l’avortement ont battu le pavé dimanche après-midi à Paris. Mais entre certains demandant l’abrogation de la loi Veil et les autres réclamant le retrait de la loi Taubira, les revendications étaient loin d'être unanimes.

"Garder son bébé, c'est la vraie liberté", "IVG tous concernés"... Voici quelques uns des slogans qu’on pouvait lire et entendre à la "Marche pour la vie" ce dimanche après-midi. En tout, entre 10.000 et 15.000 opposants à l'avortement selon la police, 50.000 selon les organisateurs, ont défilé derrière ces slogans à Paris dimanche. 

Les participants, dont de nombreuses familles, marchaient entre la place Denfert-Rochereau et la place Vauban, près des Invalides, au milieu de ballons multicolores et munis d'affichettes aux couleurs vives, volontairement criardes, à la demande des organisateurs. A trois mois des élections présidentielles, cette marche se voulait particulièrement "politique" mais les revendications étaient floues.

Lorsque l’on interroge les manifestants sur leurs motivations à se déplacer aujourd’hui, personne ne semble d’accord. "Je veux qu’on abroge la loi Veil", réclame Pascal, 67 ans. Héloise, 23 ans, veut, elle, dénoncer la "banalisation de l’avortement" et la "désinformation du gouvernement sur la question de l’Intervention volontaire de grossesse" (IVG). Quant à Annie, drapeau rose et blanc à la main, elle est venue pour dénoncer la politique sociale de Hollande, notamment sur le mariage pour tous. Mais que réclamait exactement cette manifestation ?

Abrogation de la loi Veil ?

Officiellement, il n’est pas question d’abroger la loi Veil, qui a autorisé l’IVG en France, mais le discours n’est pas le même selon les interlocuteurs. "La Loi Veil a fait plus de morts en France que les deux dernières guerres mondiales, n'hésite pas Virginie Coda Nunziante, présidente du mouvement Famiglia Domani. Avec Dieu, on va pouvoir abolir cette loi". 

Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, affirme, lui, sous les applaudissements de la foule qu’il faudrait "revenir sur la loi Veil" avant d'affirmer qu'il fallait également "abroger le mariage pour tous". Côté organisateurs, le dossier de presse n'évoque ni l'abrogation, ni la modification de cette loi.

Initiée par le collectif d'associations En marche pour la vie, qui réunit notamment Choisir la vie, la fondation Lejeune, Renaissance catholique ou les Survivants, la Marche pour la vie dénonce la "banalisation" de l'IVG et la proposition de loi prévoyant de pénaliser les sites de désinformation sur l'interruption volontaire de grossesse.

Un peu plus de 200.000 IVG par an

Cette marche intervient au lendemain d'un autre défilé, qui a rassemblé 7.000 personnes dans la capitale (selon la police) pour défendre les droits des femmes, l'IVG et dénoncer le mépris du nouveau président des Etats-Unis Donald Trump à l'égard des femmes. 

Le nombre d'IVG en France est d'un peu plus de 200.000 par an. Le taux de recours est quasiment stable depuis 2006, à 14,4 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans dans la métropole, atteignant 26,5 outre-mer, selon une étude de juin 2016.

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