On peut désormais se dire "oui" la nuit : le mariage nocturne, vraiment innovant ou complètement inutile ?

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INSOLITE - Vendredi, la cité des ducs de Bretagne a célébré le premier "mariage de nuit". Camille et Frédéric se sont dit "oui" à Nantes, à une heure où la mairie aurait normalement dû être fermée depuis longtemps... L'idée, en phase de test, fait débat.

Ils s’appellent Camille et Frédéric. Ils se sont dit « oui » vendredi. Ils étaient avec leurs amis, tout sourire, ont fait des petites blagues pour détendre l’atmosphère, dans le bureau de la maire de Nantes, ont eu des pétales et du riz à la sortie.  Du très classique, en apparence. Sauf que pas du tout : ces mariés sont parmi les premiers "mariés de nuit".

Ces mariages nocturnes sont une nouveauté que teste la ville de Nantes. Une première dans la cité de ducs de Bretagne, mais aussi au niveau national. Alors, pour l’occasion, les journalistes locaux étaient invités. Car l’occasion est aussi belle, pour la ville, de montrer par là son "dynamisme", voire son originalité, sur laquelle elle aime jouer. "Nantes est la 6e métropole française, une ville qui bouge, qui innove", insiste Johanna Rolland, la maire PS, interrogée par les journaliste. "Ici, on aime lancer des idées nouvelles et créatives".

D’après elle, l’initiative répond à une attente des Nantais : "Dans notre grande ville, les horaires des habitants évoluent, les attentes et les usages évoluent." Il y a plusieurs mois, la maire avait donc lancé une "démarche de concertation" autour de cette idée de la ville la nuit : "Nous avons abordé plein de sujets, la santé, les transports, la sécurité, mais aussi l’ouverture d’un certain nombre de moments particulier", dit Johanna Rolland. De là est sortie l’idée du mariage de nuit.  "On propose une atmosphère personnalisée tout en gardant la dimension républicaine et solennelle d’un mariage", explique la maire. 

"Ambiance personnalisée musicale et lumineuse"

Sur le papier, l’Hôtel de ville ne sera pas ouvert aux unions en nocturne tous les soirs. Les cérémonies, qui s’achèvent d’habitude à 16h40, pourront être célébrées de 19 h à 23 h à certaines dates. Les deux prochaines ouvertes aux prétendants sont fixées au 22 septembre et au 15 décembre. Chaque mariage durera trente minutes, contre vingt en journée, et la Ville promet sur son site internet "une ambiance personnalisée musicale et lumineuse". La procédure à suivre est la même que pour un mariage classique. 

Quoiqu’il en soit, les premiers mariés de nuit ont l’air ravis. "On est enchanté, excités. On a le sentiment d’être des privilégiés, que la mairie n’a ouvert rien que pour nous", raconte Camille, la mariée, au quotidien Presse Océan. Pourquoi choisi de se marier de nuit ? – même si, en cette saison, le jour est encore bien présent à 21 h en Loire-Atlantique : "D’abord, on n’aime pas faire les choses comme les autres, on aime sortir des sentiers battus", explique Camille. Mais une autre raison a joué pour le jeune couple : Frédéric travaille en boutique et il était contraignant pour lui de fermer en journée. Il a donc pu tenir son commerce le vendredi, et aller à son mariage le soir. Parfait, au point qu’ils ont même hâté de six mois leurs noces. Juste la famille, qui, au début , n’a pas tout compris : "Ils nous ont demandé plusieurs fois si c’était la bonne heure, ils pensaient que c’était un gag."

"Macronisation" du mariage ?

Cette innovation ne séduit pourtant pas tout le monde. "Quel intérêt ?" pointe un internaute. "Absolument pas nécessaire ! Facile et innovant pour qui ?" dénonce une autre, tandis qu'un troisième rigole bien de cette "innovation" dont se targue la Ville. 

Sur la page Facebook de la Ville, les félicitations se mêlent aussi aux critiques...

Un enterrement entre 3 heures et 4 heures du matin aurait le mérite de la discrétion- Un journaliste du "Dauphiné Libéré"

Dans une chronique  "Le mariage de nuit, et puis quoi encore ?", un journaliste du Dauphiné Libéré qui a entendu parler de cette nouveauté n’est pas non plus raccord, y voyant un "mariage en libre-service", sorte de libéralisation à la Macron, du même acabit que le travail le dimanche, mais sans grand intérêt à part celui de faire travailler tout le monde sur des horaires plus extensibles.  

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"La maire de Nantes justifie son initiative par la volonté de 'renforcer l’agilité du service public'. Ce n’est plus de l’agilité, c’est de l’acrobatie", dit-il. "Tant pis si dans la journée les Nantais font la queue au guichet, pourvu qu’ils puissent s’unir à point d’heure. Les témoins et invités de ces unions crépusculaires sont priés d’éviter de bailler. Et d’être insomniaques." Et pourquoi pas, prophétise-t-il, étendre cette initiative à d’autres évènements de la vie ordinaire ? "Un enterrement entre 3 heures et 4 heures du matin aurait le mérite de la discrétion. Et permettrait au défunt de compter ses vrais amis d’un simple coup d’œil sur le cortège", écrit ironiquement le chroniqueur. Mais, veut-il croire, "il se trouvera bien quelques fiancés facétieux pour demander à être unis un samedi en début d’après-midi. Histoire de faire comme dans le temps et surtout de priver de sieste l’officier d’état-civil."

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