Médine au Bataclan : une avocate des victimes du 13-Novembre saisit le préfet pour demander l'annulation

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POLÉMIQUE - De Wauquiez à Le Pen, plusieurs élus LR et RN appellent à l'annulation des concerts du rappeur Médine au Bataclan, citant notamment un morceau dans lequel il appelle à "crucifier les laïcards". Une avocate de familles de victimes a saisi le préfet de police pour demander l'interdiction du concert. A plusieurs reprises, le rappeur s'était exprimé sur ces polémiques.

"Incitation au fondamentalisme islamiste", "déshonneur pour la France"... : plusieurs voix du Rassemblement national mais aussi des Républicains s'élèvent depuis quelques jours pour réclamer l'annulation des deux concerts au Bataclan du rappeur Médine prévus en octobre prochain. Une pétition a été mise en ligne et un événement Facebook appelle au boycott de ses prestations.


Dans un tweet publié ce dimanche, la présidente du RN (ex-FN) Marine Le Pen estime "qu'aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan". "Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France", juge le président des Républicains Laurent Wauquiez. "C’est insupportable, a de son côté commenté Jean-François Copé sur Europe 1. Je suis attentif à la liberté de création, mais à un moment il faut arrêter ça. Il y a un directeur dans ce théâtre, il y a des pouvoirs publics, il faut que ça s’arrête".

Pour étayer leurs critiques, les détracteurs du rappeur de 35 ans, originaire du Havre, citent notamment les paroles de sa chanson "Don't Laïk" sortie en 2015, quelques jours avant les attentats de janvier. "Crucifions les laïcards comme à Golgotha / Le polygame vaut bien mieux que l'ami Strauss-Kahn", rappe-t-il. 


Des propos assumés par le rappeur qui dit vouloir "provoquer pour ensuite se poser les bonnes questions". "Il faut le juger comme un morceau de rap et non pas comme un pamphlet islamiste, disait-il à LCI en février 2015. Il s'agit non pas d'une critique de la laïcité, mais plutôt de ce qu'on en fait, et de ce qui devient de plus en plus de la propagande anti-religieuse". "J'ai eu la sensation d'être allé trop loin", avait-il toutefois admis devant des étudiants de l'ENS deux ans plus tard.

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Polémique "Don't Laïk" : Médine met les choses au clair

Mon message à ce moment-là s’adressait à ceux qui seraient tenté de partir combattre et à ceux qui ont une définition de ce terme complètement galvaudéMédine

Deuxième point sur lequel se base ses détracteurs pour réclamer l'annulation de ses concerts du Bataclan : le nom d'un de ses albums : Jihad. La députée LR Valérie Boyer, qui s'est également emparée du sujet, a aussi tweeté une image montrant Médine porter un t-shirt du nom de son opus. Un sujet sur lequel s'était déjà justifié le rappeur dans une interview à Clique TV en février 2017.


"J’ai intitulé mon album Jihad, d’abord avec un sous-titre 'Le plus grand combat est contre soi-même', et ensuite c’était en 2005, dans un autre contexte (...) Mon message à ce moment-là s’adressait à ceux qui seraient tenté de partir combattre et à ceux qui ont une définition de ce terme complètement galvaudé".

Indignation de familles de victimes mais pas de demande d'interdiction

Ce visuel -  où l'on voit Médine porter un t-shirt où il est écrit Jihad - a aussi choqué Samia Maktouf, avocate d'une vingtaine de familles de victimes des attentats du 13 novembre. Ces dernières "refusent que le rappeur Médine piétine les cadavres dans une provocation, a-t-elle écrit sur Twitter. 


"On est pas pour l’interdiction de quoi que ce soit, tempère-t-elle à LCI. Mais il ne faut pas que le visuel - [daté de 2005 et qui n'est pas l'affiche du concert, ndlr] - soit utilisé. Il s’apparente à ce que Daech publie au moment des revendications des attentats. L'épée du J est celle avec laquelle on décapite les victimes".  Lundi, Samia Maktouf a fait savoir qu'elle avait saisi le préfet de police de Paris pour réclamer  finalement,l'interdiction du concert "en raisons de risques de troubles à l’ordre public et d’atteintes à la mémoire de victimes."

#FaisGafatwa

Marine Le Pen, Valérie Boyer ou Robert Ménard, visiblement très au fait des productions musicales de Medine, n'évoquent pas, en revanche, le morceau "#Faisgafatwa", sorti en mai 2015. Médine y pousse un coup de gueule contre les radicaux et le fanatisme religieux. "J'crois que tu t'es pris les deux Nike Air dans le tapis d'prière / Viens pas recruter dans mon quartier c'est pas ta pépinière / T'as jamais mis le pied dans une classe et tu veux suivre les quatre écoles".


Ils n'évoquent pas non plus la chanson "Bataclan", sortie en 2018 et dans laquelle le rappeur déclare sa flamme à la salle de concert : "Quand j'connaissais pas le statut d'intermittent / Que ma pauvreté, c'était mon taff à plein temps / Y'avait qu'une seule chose qui changeait le mal en patience / Tout ce que je voulais faire, c'était le Bataclan." Ni les attentats, ni le sort des victimes ne sont pour autant évoqués dans cette chanson. 


A Libération, Médine disait en 2015 revendiquer le droit à la "caricature, la satire et l'irrévérence". Et d'assurer : "J’use de symboles provocants pour mieux les déconstruire. Je ne vais pas marcher sur des œufs, ce serait de l’autocensure."

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