Que pourrait ramener l'accord avec le Mercosur dans nos assiettes ?

Que pourrait ramener l'accord avec le Mercosur dans nos assiettes ?
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DEAL - Les négociations en vue d'un accord de libre-échange avec plusieurs pays de l'Amérique du Sud vont bon train. En jeu : la réduction de nos droits de douane sur certains produits, comme le bœuf ou encore le poulet, contre la facilitation des exports de vins ou encore de fromage. LCI vous dit ce que ce traité pourrait apporter dans nos assiettes.

Après le Canada, l’Amérique du Sud. Alors qu’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada – le Ceta - a été signé en octobre 2016, des négociations sont en ce moment en cours pour signer le même type de contrat avec Mercosur, le marché commun d'Amérique du Sud. L’accord commercial permettrait aux quatre pays en négociation, qui sont le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et l’Argentine, d’exporter vers l'Europe des produits à droits de douane réduits voire inexistants. En échange de quoi l’Union européenne demande un allègement réglementaire à ses partenaires pour faciliter l’export de vin, de fromage et de lait vers l’Amérique du Sud.


Inquiets pour leurs emplois, les agriculteurs ont cette semaine battu le pavé pour s’opposer à cette future entente. Elle prévoit entre autres une importation massive de viande de bœuf sud-américaine. Alors que risque-t-on de retrouver dans nos assiettes en cas d’entente ?

Du poulet aux antibiotiques

Fanas de blancs de poulet, les Français ne se contentent plus de la production hexagonale, trop peu importante. De plus en plus de volaille est donc importée du Brésil, très compétitif au niveau des prix. Si le traité de libre-échange avec Mercosur était aujourd’hui signé en l’état, trois millions de poulets supplémentaires seraient importés tous les ans en France. Des animaux qui ne sont pas soumis aux mêmes règlements que ceux élevés sur notre territoire. "[Les Brésiliens] ont le droit d’utiliser des farines animales dans l’alimentation des poulets, pas nous. Ils peuvent les traiter par antibiotiques avec des médicaments interdits chez nous et à des doses, là encore, qui sont bien au-delà des limites européennes", s’inquiète Paul Lopez, président de la Fédération des industries avicoles auprès du JDD.

Du bœuf "bodybuildé"

"Il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, ou sanitaires à travers cette négociation", a promis Emmanuel Macron aux agriculteurs qui redoutent l’arrivée massive de viande bovine en France. Alors que déjà trois quarts des importations de viande de bœuf de l’Union européenne proviennent du Mercosur, celle-ci pourrait encore davantage inonder nos marchés avec la réduction ou la suppression des droits de douanes, actuellement fixés à 85% environ. D’autant plus que selon les informations du Monde, la Commission européenne serait prête à relever son offre, initialement fixée à 70.000 tonnes de viande de bœuf importées par an, à 100.000 tonnes.


Autre source d’inquiétude : la qualité de la viande. Tout comme pour les poulets, le Brésil dope ses bœufs aux antibiotiques et autorise l’utilisation d’hormones de croissance, interdites en Europe. En avril 2017, les Etats-Unis avaient d’autre part suspendu les importations de viande bovine fraîche venant du Brésil en raison de problèmes sanitaires récurrents. Un mois plus tôt, la police brésilienne avait révélé que d’importants exportateurs de viande avaient corrompu des inspecteurs des services d’hygiène pour autoriser l’exportation de marchandise avariée.

Du sucre pas vert du tout

Le troisième produit alimentaire susceptible d'être importé par les pays d'Amérique latine, c'est le sucre. À lui seul, le Brésil, parmi les quatre pays concernés par le futur accord avec Mercosur, est capable d’exporter en un an plus de deux fois la consommation européenne (environ 18 millions de tonnes). Et cet énorme producteur, qui vend son sucre à bas coût, est prêt à tout pour augmenter son rendement. Ainsi, l'Amazonie est de plus en plus grignotée par la culture de canne à sucre (et de soja), chassant par la même occasion des peuples autochtones de leurs terres. La conclusion de traité de libre-échange risquerait donc d'une part d'augmenter la déforestation, et d'autre part d'affaiblir tous les producteurs de sucre de l'U.E., dont ceux de la Réunion et des Antilles.

Les négociations pour un accord entre le Mercosur et l'UE ont débuté il y a presque vingt ans, en 1999. Après avoir été mises en pause pendant plusieurs années, les discussions ont pris un tour agité ces derniers mois car les deux parties souhaitent s'entendre d'ici à la fin mars. Cela coïncide avec le début de la campagne pour l'élection présidentielle au Brésil. Si aucun consensus n'est trouvé, la possibilité d'un accord sera reportée au mieux à mi-2019.

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