Messages insistants et graveleux, harcèlement... : depuis 3 ans, Jeanne Ponté, assistante parlementaire, note tout

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TÉMOIGNAGE - A 27 ans, Jeanne Ponté est assistante parlementaire d’un député européen depuis plus de trois ans. Elle recense depuis ses débuts les cas de harcèlement ou agressions sexuelles dont elle a été victime, ainsi que ses collègues. Contactée par LCI, elle a évoqué quelques-uns de ces agissements, dont l’un concerne, affirme-t-elle, un ancien député écologiste français.

Jeanne Ponté, 27 ans, est assistante parlementaire au Parlement européen depuis le mois de juillet 2014. Deux semaines après son arrivée à Strasbourg, elle était victime de sa première (mauvaise) expérience de harcèlement sexuel. "Nous assistions à une table ronde. Alors que je sors de la salle, un député allemand me suit, me ceinture la taille et me propose de prendre un café." A partir de ce moment-là, la collaboratrice du député socialiste Edouard Martin décide de répertorier tous les cas de harcèlement ou agressions sexuelles dont elle est victime ou dont lui font part ses amies assistantes parlementaires. 

 

En trois ans, le carnet de Jeanne Ponté s’est étoffé. "Mes témoignages vont de l’agression à l’attouchement en passant par les commentaires sexistes" explique-t-elle. "Nous sommes souvent considérées comme des secrétaires plutôt que comme des assistantes parlementaires", explique la jeune femme. "Lorsque vous mettez des collants un peu originaux, on vous demande si c’est du Chantal Thomas ou du Le Bourget ", continue-t-elle. 

Mails déplacés, SMS explicites

Surtout, l’assistante parlementaire regorge d’exemples de mails ou SMS déplacés, envoyés par des députés mais aussi des représentants des Etats ou des représentants de fédérations industrielles. "Certains signent leurs mails ‘Hot regards’ plutôt que ‘Best regards’, d’autres disent espérer que leur collaboration avec nous ira plus loin. On comprend facilement le sous-entendu."  Jeanne Ponté nous a également transmis le SMS envoyé à l’une de ses collègues par un ancien député européen français écologiste, qui siégeait encore lors de la précédente législature. "Félicitations pour l’élégance de ton refus de dîner. Néanmoins – l’intuites-tu ? - la conversation que nous pourrions tenir à table ce soir aurait peu à voir avec le Parlement européen ou la politique", écrit-il. "Il s’agirait plutôt de parler de toi, de tes passions, tes rêves, tes fantasmes. Certes, le cliché existe du vieux mâle qui invite la jeune et jolie. As-tu peur du qu’en-dira-t-on ? Ou bien peur de moi ? Anyway, un tremblement inquiet et délicieux te traverse peut-être ? Là est le signe d’une soirée qui nous changerait du train-train. Je te propose, sans insistance lourdingue, de réfléchir encore et de me dire, avant 19h30, si oui (j’y aspire) ou si non (bah !)." 

 

La jeune femme estime que ces comportements, au Parlement européen, découlent de la relation de pouvoir qu’il existe entre les hommes et femmes politiques élus et ceux qui travaillent autour et pour eux. "Je pense aussi que le Parlement européen peut être plus propice à ce genre d’abus à cause de sa faible médiatisation. Les médias sont loin de Bruxelles ou de Strasbourg. Le fait aussi que 28 nationalités s’y côtoient peut permettre à certains de mettre ce genre de comportement sur le dos de la différence culturelle." "Ce qui me trouble aussi c’est que nous partageons notre temps entre deux villes. Les familles des députés sont dans leur pays d’origine ou à Bruxelles, très peu à Strasbourg. Cela explique peut-être les dérapages nocturnes."

Ce qui me chagrine c'est qu'aucune femme n'a porté plainte- Jeanne Ponté

" Ce qui me chagrine c’est qu’aujourd’hui aucune femme n’a porté plainte pour harcèlement sexuel au travail au Parlement européen", remarque Jeanne Ponté. "Elles ont peur d’en parler car elles peuvent être victime du député pour lequel elles travaillent et pourraient être licenciées, ou leur harceleur est un député de la même délégation ou du même parti politique." L’assistante parlementaire regrette aussi qu’aucune structure réelle n’existe au sein du Parlement pour régler les cas de harcèlement et agressions sexuelles. 

 

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Jeanne Ponté estime qu’avec le débat actuel autour du harcèlement sexuel, il y a une opportunité à saisir pour les femmes. "C’est d’ailleurs un débat qui est de plus en plus présent au sein du Parlement. La semaine prochaine a été ajouté à la session plénière un débat sur le harcèlement sexuel. Quant aux assistants parlementaires, ils vont devoir réfléchir entre eux à un nouveau moyen de défense pour libérer la parole de certaines femmes." Mais selon elle, les plus grandes avancées auront lieu si les députés eux-mêmes s’emparent du sujet, prennent position et font changer les choses. "Peut-être pourraient-ils commencer par actualiser leur code de bonne conduite", suggère-t-elle. 

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