Mesures anti-attentats dans les écoles: est-ce vraiment si judicieux?

SOCIÉTÉ
INTERROGATION - Le projet annoncé récemment par le gouvernement de mettre en place des exercices de simulation dans les collèges, au motif de sensibiliser les élèves au risque terroriste, pourrait aussi s'avérer émotionnellement et psychologiquement moins productif qu'espéré.

Pendant que les élèves sont docilement assis sur une chaise à écouter – ou non, sans encourager quoi que ce soit – les cours dispensés par l’enseignant, une sonnerie aiguë vient perturber la classe. Chacun se regarde, presque en chiens de faïence, ne sachant vraiment comment réagir. Un feu s’est-il déclaré au sein même de l’établissement ? Ou est-ce un simple exercice de simulation, comme on en a l’habitude au bout de quelques années,  pour tester la capacité de réaction et de coordination des élèves face à un événement en cours ? Fort heureusement, dans la majorité des cas, c’est la deuxième solution qui fait office de règle.

Mais l'exercice est en passe d'évoluer. L'amplification de la menace terroriste sur notre territoire a atteint les écoles, devenues de potentielles cibles du groupe Etat islamique. Et chaque écolier doit pouvoir être en mesure d’anticiper le danger. C’est donc sur ce principe, suite aux attentats de Nice, que le gouvernement a annoncé le mardi 9 août la mise en place d’exercices "attentat-intrusion" à raison de trois fois par an dans chaque collège. "Les récents attentats et le contexte de menace terroriste imposent une vigilance renforcée, et la sécurité des établissements scolaires est une priorité absolue", indique le gouvernement sur son site .

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Insouciance mis à mal

L’idée est la suivante : former les élèves de troisième aux gestes "qui sauvent", sans plus de précisions. Mention spéciale pour ce que l’Etat nomme "les délégués", qui auront le privilège de pouvoir suivre une formation au brevet de secouriste. Et pourquoi pas les autres ? Pourquoi ne pas en faire aussi profiter les enseignants ? Nul ne peut le dire pour le moment. Les dernières modalités seront précisées le 24 août prochain, précise-t-on du côté du gouvernement.

Mais voilà. Si sensibiliser les élèves contre les risques terroristes n’est pas une mauvaise idée en soit, et qui s’inscrit dans la continuité d’une batterie de mesures lancées après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, il ne faut pas occulter le revers de la médaille.

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Expérimentation

En effet, certains établissements n'ont pas attendu la directive gouvernementale pour "préparer" leurs élèves à ce genre de situation... avec des résultats mitigés. Dans un article de Ouest-France , en date du 26 avril 2016, le procureur de la République, accompagnée du préfet de Vendée, se livre à un drôle d’exercice. A 14h30 précisément, raconte le journal, 70 étudiants perçoivent par les vitrages intérieurs, un individu tirant à l’arme lourde dans le couloir. Les balles sont à blanc, mais, hormis trois responsables de l’école, personne ne le sait. Profs et élèves se réfugient aussitôt sous les tables, d’autres se plaquent le long des murs.

Suivra un silence de plomb, "durant cinq longues minutes", souffle une étudiante au journal."Aucun élève ne s’est dit choqué durant le debriefing, très détendu, qui a duré 45 minutes",  assure toutefois Gwenaëlle Chapuis, directeur de cabinet du préfet de la Vendée. C’est ensuite que le contre-coup aurait frappé. Certains élèves choqués sont allés se confier à la responsable du site, puis durant le week-end à une enseignante qui s’est sentie  "démunie face à la détresse de certains". Un pur cas d’école, comme on dit.

"On ne sait jamais ce qu'il peut arriver"

Autre exemple burlesque – dont chacun est libre d’apprécier l’humour- en Savoie cette fois-ci. Deux semaines avant Noel, France Bleu rapporte que le maire d’un petit village à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, a eu l’idée saugrenue de se grimer en terroriste, un bonnet enfoncé sur la tête, avant de débouler au milieu des écoliers âgés de trois à huit ans (les enfants de maternelle faisaient leur sieste…).

Ici encore, les autorités académiques se félicitent du bon déroulement de l’opération et de la participation active des personnels. "C'est un bon exercice, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver, même en Combe de Savoie". Et côté parents ? Si les enfants ont pleuré, juge le président de l’association des parents d’élèves, "c’est sans doute parce qu’ils sont trop sensibles"...

Des expériences aux effets potentiellement traumatisants pour les élèves, mais que relativise le secrétaire général de la Fédération des parents d'élèves Rodrigo Arenas Muñoz auprès de 20 minutes  : "Ce n'est pas le fait de se préparer à une éventuelle attaque ni d'en parler qui est anxiogène, c'est le terrorisme qui l'est."

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