Les villes, pièges à chaleur : comment y remédier ?

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CLIMAT - Parce qu'elles retiennent plus la chaleur, les grandes villes affichent régulièrement quelques degrés de plus sur le thermomètre. Ce phénomène, qui devient problématique lors des pics de température, peut être réduit de plusieurs manières. Explications.

Lors de la canicule de 2003, qui a causé une surmortalité de 15.000 morts, on estime que la température des arrondissements centraux de Paris était  en fin de nuit de 4 à 7 degrés supérieure à celle des villes environnantes. Ce phénomène, connu depuis la fin du XIXe siècle et popularisé ces dernières années, à un nom : l’îlot de chaleur urbain (ICU). 


Cette différence de chaleur entre les centres urbains et les zones périurbaines ou rurales concerne avant tout les températures maximales et s'aggrave à mesure que ces températures maximales augmentent, notamment à cause du réchauffement climatique. Traduction : quand il fait chaud en France, il fait très chaud à Paris, et ça devrait s'empirer. Alors que les températures moyennes relevées à Paris par Météo France entre 1995 et 2004 étaient situées entre 13 et 13,5°C, celles des zones rurales d'Île-de-France n'étaient que de 11 à 11,5°C, soit 2,5°C de différence, indiquait en 2012 un rapport de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur).

Ces îlots de chaleur dépendent de plusieurs facteurs liés aux activités humaines, comme le chauffage, la climatisation, l'industrie ou les moteurs de véhicules. Mais ils dépendent aussi de l'urbanisation et de l'occupation du sol. Immeubles, arbres, eau ne réfléchissent pas l'énergie venue du soleil de la même manière. Les surfaces noires comme le goudron absorbent ainsi la chaleur, comme le montre cette carte thermique de Paris réalisée par l'Apur lors de la canicule d'août 2016. En fin de journée, les zones les plus chaudes correspondent donc aux zones bitumées.

Arrosage des chaussées, bitume anti-chaleur : des expérimentations à Paris

Que faire contre ces îlots de chaleur ? Selon la revue Nature Climate Change, il pourrait faire 8°C de plus en 2100 dans les 5 % des mégalopoles les plus peuplées au monde, si rien n'est fait contre ce phénomène. Plusieurs villes, dont Paris, ont commencé à prendre des mesures contre ce problème. Dernier exemple en date : l'application "Extrema Paris", lancée en juillet par la mairie de la capitale et Météo-France, qui permet de repérer les zones plus fraîches en cas de canicule.


À l'été 2017, Paris a également annoncé la pose "d’enrobés phoniques rafraîchissants", censés diminuer le bruit de la circulation automobile tout en rafraîchissant l’air. Ce bitume anti-chaleur et anti-bruit, qui piège l'eau avant qu'elle ne s'évapore, devait être posé en 2018 sur 3 tronçons-témoins de 400 mètres. Contactée par LCI, la mairie de Paris n'a cependant pas indiqué pour l'heure si ce test avait débuté. Autre initiative essayée en 2017 : l'arrosage des rues. Expérimenté dans le 1er et dans le 20e arrondissement, l'arrosage a permis de faire baisser de 15 degrés la température de la chaussée pendant les fortes chaleurs estivales. Un phénomène illustré dans le dossier de l'Apur.

Une différence de plusieurs degrés suivant la couleur du revêtement

Si l'arrosage fait partie des solutions préconisées par les experts de l'Apur, il existe des mesures plus pérennes. L'Apur préconise ainsi de "diminuer la pollution thermique", notamment en réduisant la circulation automobile, mais aussi l'usage des climatiseurs, qui créent de la chaleur dans certaines zones et perturbent les courants d'air.


Autre recommandation : utiliser des revêtements plus "frais", comme la pelouse, les pavés ou le stabilisé. Les couleurs claires permettent également d'éviter que le sol n'accumule trop de chaleur, car elles réfléchissent beaucoup plus la lumière. Comme l'illustre l'Apur, la différence de température entre une pelouse et un trottoir en granit peut atteindre plus de 10 degrés. Entre une même matière claire ou sombre, la différence est de 3 degrés. 

À plus long terme, c'est tout l'agencement urbain qui permet de répondre au défi des îlots de chaleur. La liste des innovations possibles est longue : végétalisation des surfaces (ce qui permet d'avoir une surface plus fraîche et de faire évaporer de l'eau), systèmes de climatisation passive, comme le puit canadien ou le mur-trombe (qui permettent des échanges de chaleur), isolation des bâtiments... 


Mais pour compliquer encore un peu plus le sujet, toutes les villes n'ont pas les mêmes problèmes, ni les mêmes besoins de chaleur ou de fraîcheur suivant les saisons. Ainsi, une rue étroite peut piéger la chaleur quand il fait froid, ou piéger le froid quand il fait chaud. Une grande place provoque l'effet inverse : elle se réchauffe très vite quand le mercure monte, mais se refroidit aussitôt le soleil couché.

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