Crèches Montessori : la méthode pédagogique est-elle vraiment adaptée aux tout-petits ?

Crèches Montessori : la méthode pédagogique est-elle vraiment adaptée aux tout-petits ?

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ZOOM - S'éveiller à son rythme, choisir ses activités et son emploi du temps... Voilà le quotidien des enfants qui suivent une scolarité Montessori. Alors que la méthode a déjà fait ses preuves pour les enfants à partir de la maternelle, de plus en plus de crèches se développent sur ce modèle. Mais est-ce vraiment adapté ?

Depuis quelques années, les crèches Montessori émergent en France. Ces structures s’inspirent de la méthode du même nom, inventée par la psychiatre italienne Maria Montessori au début du XXe siècle. L’apprentissage par l’expérience, la liberté de choisir, l’autonomie ou encore le respect du rythme de chacun font partie des préceptes de cette pédagogie. Une pédagogie dont bénéficie, entre autres, le petit George, fils de Kate Middleton et du prince William. La méthode éducative s'est depuis longtemps imposée comme une véritable alternative pour l'apprentissage des enfants à partir de 4 ans. Mais est-elle vraiment adaptée aux tout-petits ? LCI fait le point.

Ici, on laisse l’enfant faire ce qu’il veutNicolas Costa

A Ivry-sur-Seine, en région parisienne, la crèche Montessori des Mininous s’apprête à ouvrir ses portes. Les trente berceaux accueilleront des enfants âgés de deux mois et demi à 4 ans environ. "Il n’y aura que deux sections, l’une de 2,5 à 14 mois et l’autre de 14 mois à 4 ans, nous explique Nicolas Costa, le gérant et cofondateur. Ce large écart d’âge va permettre aux enfants de s'entraider et de coopérer." Pour superviser les petits occupants de la crèche, une équipe de sept personnes, dont deux sont formées de longue date à la méthode Montessori.


Loin de la "garde d’enfants" que pratiquent certaines crèches, l’établissement dit souhaiter favoriser l’éveil et l'apprentissage de l’autonomie grâce à divers aménagements éducatifs. "Nous avons prévu une salle d’éveil sensoriel de 30 m2, où les enfants pourront s’essayer à toutes sortes activités", détaille-t-il. Pas question, en revanche, de forcer les petits occupants à faire quoi que ce soit dont ils n'auraient pas envie. "Ici, on laisse l’enfant faire ce qu’il veut, quand il veut. Toujours sous la surveillance d’un adulte, évidemment." Ainsi, un bambin jouera lorsqu’il en aura envie, mangera lorsqu’il en aura envie et dormira lorsqu’il en aura envie. Le but : s'adapter à l'enfant.

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Ces écoles qui ont choisi la méthode Montessori

Autre manière d'appliquer la méthode : dans les six crèches bilingues du réseau Baby Montessori, les libertés accordées à l'enfant sont un peu plus mesurées. "On essaye de donner petit à petit un rythme aux enfants", explique à LCI Delphine Roubieu, la cofondatrice des établissements. Ainsi, l'heure du repas comme celle de la sieste sont définies. Mais si un enfant n'a pas envie de dormir au moment voulu, il ne sera pas forcé. Si un autre a besoin de dormir deux heures de plus que ce qui est prévu, cela lui sera accordé.

Il y a un risque de désocialisationAngélique Kosinski Cimelière

Appliquée dans sa manière la plus souple, cette pédagogie est tout de même susceptible, selon la psychologue clinicienne pour enfants et adolescents Angélique Kosinski-Cimelière, de déstabiliser le rythme d'un bambin. "Ils sont très jeunes, il y a quand même un cycle jour/nuit à respecter. Depuis la naissance, les parents fournissent d’énormes efforts pour que leur bébé fasse ses nuits. S’il peut dormir autant qu’il le veut à la crèche, tout est mis à l’échec", nous fait-elle remarquer. Dans le cas contraire, un enfant peut ne pas vouloir faire la sieste, alors qu’à cet âge, "c’est presque une obligation". Mais pour le cofondateur des Mininous, même sans rythme imposé, l'enfant se régule tout seul, notamment grâce au mimétisme et à son horloge interne.

Pour celle qui est aussi l'auteure du blog Psypourenfant.com, la question d’adaptabilité d’une telle méthode à la vie courante se pose également. "Comment va faire l’enfant s’il va au restaurant avec ses parents ?, questionne-t-elle encore. Il risque de ne pas vouloir manger au moment venu et d’avoir faim une heure après. Pareil pour les goûters d’anniversaire." 


L'entrée, par la suite, dans une maternelle qui n'applique pas la méthode Montessori pourrait par ailleurs être difficile à supporter pour un enfant qui, jusque-là, n'avait pas de cadre à respecter. "A moins de ne fréquenter que des personnes qui suivent la même méthode que vous, il y a un risque de désocialisation", estime Angélique Kosinski-Cimelière. Faux, pour Nicolas Costa : "Nous sommes là pour nous adapter aux enfants, mais pas pour tout casser et rendre des monstres aux parents."

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